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08/03/2017

La confession de Xavier Justo: «J’ai trahi»...Jho Low,Il aurait notamment utilisé les montants détournés pour financer la production du film Le Loup de Wall Street, avec Leonardo DiCaprio.


1. Pourquoi cette affaire est-elle importante?

L’affaire 1MDB, nom d’un fonds souverain malaisien pillé de plusieurs milliards de dollars par ses dirigeants, est l’un des plus grands scandales financiers du XXIe siècle.

Selon les justices suisse et américaine, quelque 3,5 milliards de dollars ou 4 milliards de francs ont été détournés pour enrichir les directeurs du fonds, des hommes d’affaires proches du pouvoir malaisien, des officiels émiratis, voire le premier ministre malaisien lui-même, Najib Razak. Ce dernier a rejeté les accusations et s'est maintenu au pouvoir jusqu'à aujourd'hui.

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Plus encore que les milliards disparus, la personnalité des acteurs du scandale rend l’affaire exceptionnelle. En mars 2013, Najib Razak a reçu 681 millions de dollars provenant des Emirats arabes Unis sur son compte personnel. Mais en janvier 2016, le procureur général malaisien l’a officiellement blanchi, affirmant que les 681 millions étaient une «donation de la famille royale saoudienne», sans aucune faveur en retour, dont 620 millions ont ensuite été rendus parce que «la somme n’avait pas été utilisée».

Autre personnage central, le milliardaire malaisien Jho Low, un proche du premier ministre friand de mondanités people. Il aurait notamment utilisé les montants détournés pour financer la production du film Le Loup de Wall Street, avec Leonardo DiCaprio.

Tak Jho Low avec la mannequin Gigi Hadid lors d'une soirée de gala à New York, en octobre 2014.  Dimitrios Kambouris

C’est la première fois que l’on assiste au pillage d’un fonds souverain par ses dirigeants, avec l’apparente implication d’autorités politiques. Le dossier éclaire les failles de la finance internationale face à la corruption au plus haut niveau.

Plusieurs banques ayant accueilli des fonds issus de 1MDB ont d'ailleurs été sanctionnées par le gendarme financier suisse, la Finma. La banque BSI a été dissoute au printemps dernier, tandis que Falcon Bank et Coutts ont été mises à l'amende. Chacune avait vu transiter des centaines de millions de francs au profit de Jho Low, des dirigeants du fonds émirati IPIC ou de dirigeants de 1MDB. Le Ministère public de la Confédération a ouvert des enquêtes contre BSI et contre Falcon Bank.

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 2. Quel est le rôle de Genève?

L’affaire a éclaté suite aux révélations d’un Genevois, Xavier Justo, directeur administratif de la firme pétrolière Petrosaudi jusqu’en 2011. Les transactions de Petrosaudi avec 1MDB sont un élément central du scandale.

Début 2015, insatisfait de son dédommagement, Xavier Justo remet des centaines de milliers d’e-mails et de documents soustraits à Petrosaudi à une journaliste britannique, Clare Rewcastle Brown. C’est elle et son blog Sarawak Report qui, sur la base de ces documents, révéleront le scandale 1MDB et l’implication du premier ministre malaisien.

Arrêté puis condamné en Thaïlande pour vol de données, sur plainte de Petrosaudi, Xavier Justo se décrit d’abord comme un «traître» qui a commis un acte «répugnant» en livrant des données confidentielles de son employeur pour «faire de l’argent».

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Mais plus récemment, lui et ses nouveaux avocats ont changé de ligne de défense. Sa femme Laura affirme qu’il a été manipulé par son employeur Petrosaudi, qui l’aurait enfoncé en le poussant à s’auto-accuser. Xavier Justo a été gracié après avoir purgé une partie de sa peine en Thaïlande et se trouve à nouveau en Suisse.

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Quant à Petrosaudi, qui possède encore une antenne à Cologny et dont le fondateur saoudien, Tarek Obaïd, résidait à Genève, son rôle est décrit dans la plainte civile déposée par le Ministère de la justice américain le 20 juillet dernier. Selon ce document, la création d’une coentreprise entre Petrosaudi et 1MDB en 2009 a permis le détournement de 1 milliard de dollars au profit de Jho Low et de dirigeants du fonds.

La société Petrosaudi s’est défendue en affirmant qu’aucun fonds de 1MDB n’a été soustrait du temps de son association avec le fonds souverain malaisien. L’argent investi par 1MDB aurait même été remboursé avec un profit. Selon l'avocat genevois de la famille Obaïd, Jean-François Ducrest, «il n’existe aucune procédure pénale dirigée contre les sociétés du groupe Petrosaudi, ses employés ou ayants droit économiques, ni contre aucun des membres de la famille Obaïd».

En Suisse, le Ministère public de la Confédération confirme que l’enquête ouverte en Suisse «n’a jamais concerné les sociétés du groupe PetroSaudi, leurs employés ou leurs ayants droit économiques». Elle vise uniquement «des investissements faits en relation avec PetroSaudi».

Enfin, à Genève toujours, aux Ports francs, se trouveraient plusieurs tableaux achetés par Jho Low grâce aux fonds détournés. A ce stade de la procédure, l’homme d’affaires n’a pas été inculpé dans les enquêtes ouvertes sur le scandale aux Etats-Unis, à Singapour ou en Suisse.

«Nymphéas Avec Reflets de Hautes Herbes», de Claude Monet, ahcetépar Jho Low pour quelque 57,5 millions de dollars en 2014, grâce aux fonds détournés. 

3. Quelles banques suisses sont concernées

En mai, le gendarme financier suisse, la Finma, a accusé la banque BSI de grossières négligences pour avoir transféré des centaines de millions de francs détournés de 1MDB. Rachetée par sa concurrente EFG, la BSI sera dissoute. Sa filiale à Singapour est l’une des principales entités impliquées dans le scandale. C’est elle qui a reçu le premier milliard de fonds détournés.

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Dans sa plainte civile, la justice américaine a aussi ciblé une petite banque privée active à Genève et Zurich, Falcon Bank, dont l’ancien président émirati est l’un des principaux suspects de l’affaire. En mai 2012, Falcon a transféré presque 600 millions de dollars vers une société offshore qui servait de plaque tournante aux détournements.

La banque privée Edmond de Rothschild et la banque Rothschild AG sont également citées par la justice américaine – la première pour avoir reçu 472 millions au Luxembourg sur le compte d’un officiel émirati accusé d’avoir participé aux détournements, la seconde pour avoir accueilli des fonds utilisés pour blanchir l'argent détourné dans l’immobilier américain.

UBS apparaît un peu plus en marge du scandale, dans le transfert de deux milliards de dollars issus de 1MDB.

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Enfin, RBS Coutts, à Zurich, abritait les comptes de sociétés de Jho Low qui ont reçu à peu près 1 milliard de fonds détournés. La banque a disparu après avoir été rachetée par la genevoise UBP.


 4. Qui enquête contre qui?

En Suisse, le Ministère public de la Confédération enquête contre deux dirigeants de 1MDB et deux officiels émiratis impliqués dans les détournements. La procédure est ouverte pour escroquerie, gestion déloyale, gestion déloyale des intérêts publics, faux dans les titres, corruption d’agents publics étrangers et blanchiment d’argent. Le MPC a aussi ouvert une enquête contre la banque BSI et la banque Falcon pour défaillance d’organisation (article 102 du Code pénal).

Aux Etats-Unis, le gouvernement a déposé une plainte civile demandant la confiscation de 1 milliard de dollars issus des détournements. Singapour a ouvert sa propre enquête pour blanchiment et a également sanctionné les filiales locales de la banque BSI et de Coutts.

En Malaisie, le procureur général a été démis de ses fonctions en 2015 et son successeur a refusé d’enquêter sur le premier ministre. Le chef de la Commission nationale anti-corruption, qui avait enquêté sur l’affaire, a démissionné prématurément à l’été 2016.


 5. Que va-t-il se passer désormais?

Le premier ministre malaisien, Najib Razak, s’accroche au pouvoir et a fait stopper les enquêtes concernant 1MDB dans son pays. Boudé par les Occidentaux et fragilisé à l’interne, son avenir politique est incertain. Il peut encore compter sur l'appui de la Chine et de l'Arabie saoudite.

En Suisse, aux Etats-Unis et à Singapour, une extension des enquêtes sur le scandale n’est pas exclue: elles pourraient toucher de nouvelles banques comme Coutts, que le MPC pourrait placer sous enquête à son tour.

Le chef de la section anti-blanchiment du Ministère de la justice américain a déjà averti dans le Financial Times que mener ces enquêtes à bien serait très difficile – en raison de leur complexité, de leur caractère international et du caractère intouchable de certains suspects dans leurs pays d’origine.

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