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07/04/2017

Dans la course à l’audience pour peser sur le marché publicitaire, peu de groupes de presse peuvent concurrencer Google et Facebook. Dorénavant, payer pour de l’information paraît inutile à certains lecteurs

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« Le modèle économique des médias s’effondre totalement »

Jean-Marie Charon Sociologue des médias à l'École des hautes études en sciences sociales

Reporters sans frontières (RSF) et le collectif « Informer n’est pas un délit » organisent ce mercredi 5 avril une journée pour protéger la liberté et l’indépendance de l’information. Les deux organisations interpellent notamment les candidats à l’élection présidentielle sur ce sujet et listent cinq recommandations : lutter contre la concentration des médias et assurer la transparence de leur propriété, adopter une nouvelle loi sur la protection du secret des sources, lutter contre les procédures abusives envers les journalistes, créer un délit de trafic d’influence appliqué au champ de l’information, faciliter et élargir l’accès aux documents pour tous. Sociologue des médias à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Jean-Marie Charon revient sur la problématique de la concentration des médias en France.


 

Jean-Marie Charon Sociologue des médias à l'École des hautes études en sciences sociales

Reporters sans frontières (RSF) et le collectif « Informer n’est pas un délit » organisent ce mercredi 5 avril une journée pour protéger la liberté et l’indépendance de l’information. Les deux organisations interpellent notamment les candidats à l’élection présidentielle sur ce sujet et listent cinq recommandations : lutter contre la concentration des médias et assurer la transparence de leur propriété, adopter une nouvelle loi sur la protection du secret des sources, lutter contre les procédures abusives envers les journalistes, créer un délit de trafic d’influence appliqué au champ de l’information, faciliter et élargir l’accès aux documents pour tous. Sociologue des médias à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Jean-Marie Charon revient sur la problématique de la concentration des médias en France.

La concentration des médias entre les mains de quelques industriels est-elle plus inquiétante aujourd’hui qu’hier ? 

La concentration des médias n’est pas nouvelle pour la presse écrite. Dans les années 1980-1990, il y avait déjà des grands groupes comme ceux de Robert Hersant ou de Jean-Luc Lagardère. Robert Hersant était député et possédait Le Figaro, France Soir, La Cinq et environ 30 % de la presse quotidienne régionale. Il utilisait son groupe pour fragiliser le gouvernement d’union de la gauche.

Dans la course à l’audience pour peser sur le marché publicitaire, peu de groupes de presse peuvent concurrencer Google et Facebook

En revanche, il y a aujourd’hui une plus forte concentration dans les médias audiovisuels, avec des groupes comme ceux de Bouygues, Bertelsmann ou Bolloré. Autre aspect qui a également changé : la rentabilité. Certains journaux dégageaient auparavant des marges de l’ordre de 10 % aux Etat-Unis ou en Espagne. Maintenant, c’est totalement fini.

De plus, le numérique a introduit une course à l’audience. Les groupes se concentrent pour réunir des audiences massives et ainsi peser sur le marché publicitaire. Cette course se fait à peu d’acteurs ; les petits et les moyens n’ont pas de place. Derrière les Google et Facebook, peu de groupes de presse peuvent faire le poids. A l’exception peut-être du groupe Dassault, propriétaire du Figaro. Celui-ci a racheté en 2015 CCM Benchmark, qui possède entre autres L’Internaute, Commentcamarche, Le Journal du Net, ou encore Copains d’avant. Avec cette acquisition, le groupe de l’avionneur revendique 24 millions de visiteurs uniques par mois, pas si loin de Microsoft (35 millions) ou de Facebook (26 millions)

En quoi l’indépendance économique d’un média est primordiale pour son indépendance éditoriale ?

Je dégage deux types de conséquences à la concentration. D’une part, la pression sur les rédactions, comme elle pouvait se faire chez Hersant. Aujourd’hui, ce serait davantage le groupe Bolloré qui fait passer ses intérêts en faisant pression sur les rédactions et en supprimant des programmes. D’autre part, il y a un risque d’autocensure ou de conflit d’intérêts, avec Les Echos possédé par LVMH par exemple. Comment traiter l’information économique quand on est la propriété d’un grand groupe de luxe ?

Derrière le rachat des médias par des grands groupes, n’y a-t-il pas une crise du modèle économique ?

Tout à fait, le modèle économique des médias s’effondre. On bascule d’un modèle qui reposait et s’équilibrait sur des revenus issus du lectorat et de la publicité à un modèle où les revenus de la publicité diminuent et ceux venant du public également. Les revenus publicitaires dans la presse chutent de 6 % à 8 % par an, tandis que ceux liés aux lecteurs baissent de 3 % à 4 %, une baisse consécutive à un recul de la diffusion de 3 % à 4 % par an. Ce qui n’est pas sans lien avec le modèle de la gratuité qui s’est imposé avec Internet. Dorénavant, payer pour de l’information paraît inutile à certains lecteurs.

Le marché de la publicité s’est quant à lui progressivement transformé. Tout d’abord, les petites annonces ont quasi totalement disparu des quotidiens, pour migrer vers des plates-formes comme Leboncoin. Ensuite, les annonceurs de petite taille ont migré rapidement vers le Web. Plus récemment, il y a la montée en puissance des Facebook, Google ou YouTube, qui mêlent deux atouts dans le marché de la publicité : des masses d’audiences très importantes et la captation des données personnelles des utilisateurs. Autrement dit, de la qualité dans le ciblage publicitaire pour les annonceurs.

L’enjeu, aujourd’hui, est de retrouver dans le numérique des revenus qui ont été perdus par le média d’origine, et de se diriger vers de meilleures rentabilités.

Propos recueillis par Justin Delepine
Commentaires (3)
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PH9406/04/2017
Monsieur CHARON, pourquoi ne posez vous pas plus systématiquement la question de la qualité des contenus proposés ? L'AFP s'est récemment fait l'écho de la reprise massive de ses dépêches en "copier/coller". Nous trouvons aujourd'hui d'excellents contenus "internet", de qualité, plus proches de nos centres d'intérêts et à des coûts compétitifs. Que les média traditionnels se remettent enfin en cause et qu'ils reviennent à l'essentiel : la satisfaction de l'intérêt du lecteur !
 
YVES06/04/2017
Un petit mot d'humour : l'état devrait relancer sa Pravda. C'est économique, efficace, il suffirait de vanter les mérites de la politique économique, des mesures sociales. Le bénéfice serait immédiat : les média privés seraient obligés de répondre et de consacrer plus de pages à de bons sujets. Pour France Télévision, je ferais pareil, plus de pub et une ou deux télévisions aux services de la formation, de l'action public, des méfaits de la financiarisation. Oeil pour oeil, dent pour dent ?
 
DANIEL05/04/2017
Séparons les médias de l'audio-visuel de ceux de la presse, car les problèmes ne sont pas les mêmes. Il est vrai qu'en ce qui concerne la Presse écrite, les grands acteurs ont des difficultés à appréhender le numérique. Gagner de l'argent en s'organisant au plus mal, c'est assez fréquent et nous ne pouvons pas intervenir, puisque le lecteur est laissé de côté. Pourtant, le Directeur d'un journal et le lecteur ont tous les deux avantage à maintenir le journal ! Non! La direction reste aveugle !

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