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06/05/2017

Il n'est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.Tribune, opinion, analyse..

Le Conseil de sécurité se fâche !

 Le président centrafricain Faustin Archange Touadéra doit avoir les oreilles qui sifflent. En effet, le vendredi 27 janvier 2017, le Conseil de sécurité des Nations Unies a décidé de prolonger d'une année les sanctions à l'encontre de la République Centrafricaine, jusqu'au 31 janvier 2018.


Le Conseil de sécurité se fâche !

 Le président centrafricain Faustin Archange Touadéra doit avoir les oreilles qui sifflent. En effet, le vendredi 27 janvier 2017, le Conseil de sécurité des Nations Unies a décidé de prolonger d'une année les sanctions à l'encontre de la République Centrafricaine, jusqu'au 31 janvier 2018.

 1 - Il n'est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

 La résolution n° 2339 (2017) précise que « les Etats membres doivent prendre des mesures nécessaires pour empêcher l'approvisionnement, la vente ou le transfert vers la RCA d'armement et de matériels connexes de tous types, y compris d'armes et de munitions, de véhicules et d'équipements militaires ».

Les attendus de cette décision sont explicites et sans appel : « toute solution durable de la crise en RCA doit relever de la responsabilité de la RCA ».

En d'autres termes, un an après le retour à la légalité constitutionnelle, rien n'a changé.

 Ce n'est pas faute, de notre côté, d'avoir soutenu, encouragé puis averti le président Touadéra que la politique de son gouvernement conduisait notre pays dans l'impasse. Malheureusement, comme dit le proverbe, il n'y a de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

En l'occurrence, portés en triomphe sur les ailes de leur victoire électorale, le président de la République et le « gouvernement de remerciement » ont cédé à l'extase du pouvoir et sombré, comme un seul corps, dans l'épectase de l'impuissance.

 Preuve de cette posture, l'audit de la transition comme préalable à toute action politique n'a pas eu lieu ; le pouvoir a reculé devant la menace « d'élections truquées » brandie par la présidente de la transition. L'engagement d'un désarmement forcé des groupes armés proposé par le Secrétaire général de la Ceeac a été repoussé avec dédain ; la présidence de la République, censée pilotée le comité de coordination du programme de désarmement concerté, n'a publié ni organigramme, ni chronogramme, ni stratégie, ni mécanisme de sortie de crise. Quant à la réforme des forces armées centrafricaines, elle demeure une incantation dépourvue de doctrine et d'une loi de programmation militaire.  Deux choses manquent en vérité : une méthode et une philosophie de l'action. C'est le fondement des reproches du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies.

 2 - Sur le terrain, rien n'a changé.

 Après 345 jours de présence à la tête de l'Etat centrafricain, le pouvoir n'a rien changé sur le terrain.

 Du nord au sud, et de l'est à l'ouest, les mouvements rebelles multiplient leurs exactions. Elles s'accompagnent de leur cortège de morts, de viols, de tortures, d'incendies de villages et autres vols de bétail, tous crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Les commanditaires et responsables de ces pyrrhiques sont connus. Ils vivent et circulent librement ; certains émargent comme membres influents des institutions du pays ! (1)

 Il ne faut cependant pas se méprendre. Ces escarmouches meurtrières sont le résultat d'une politique délibérée, qui consiste à laisser les groupes armés membres du Comité de coordination du DDR/RSS  neutraliser les bandes rivales récalcitrantes.

 C'est dans ce contexte que le gouvernement centrafricain vient de passer une convention de coopération décriée avec l'Angola, sous-traitant à ce pays la direction effective du DDR/RSS.

 La résolution 2339 (2017) du Conseil de sécurité des Nations Unies vient donc opportunément sanctionner le laisser-faire du premier-ministre et de son gouvernement, en résonnance avec l'avertissement du FMI. En effet, le discours de la directrice du FMI devant l'assemblée des représentants du peuple centrafricain sonne comme une mise en garde : « La RCA doit assurer sa part : la révision de la législation fiscale dont celle de la TVA, et le renforcement de l'administration des impôts (qui) améliorera le climat des affaires en garantissant une concurrence loyale ».

 Ces prescriptions ne seront pas suivies. Leur mise en oeuvre couperait le régime de ses sources de financements occultes.

 3 – La théologie du « mariage chrétien ».

 Il n'est sans doute pas encore trop tard pour bien faire, mais la tâche sera ardue. La raison est simple.

A Addis-Abeba, l'assemblée des chefs d'Etats africains vient de porter à la tête de la commission exécutive de l'Union l'actuel ministre des affaires étrangères du Tchad, M. Moussa Farki Mahamat.

Ce dernier accède donc à un poste stratégique pour le continent. Or, M. Mahamat est l'inspirateur et le principal artisan de la situation chaotique qui prévaut en République centrafricaine depuis 1998.

Pour faire court, c'est le Tchad qui a permis au général François Bozizé de renverser le président Ange-Félix Patassé en 2003, en fournissant à ce dernier les hommes de troupes nécessaires à son insurrection militaire, les « libérateurs tchadiens ». C'est encore le Tchad qui a précipité la chute de Bozizé en décembre 2012 au profit des ex-Séléka de Michel Djotodia.

 Les propos tenus par l'actuel ambassadeur de Ndjaména à Bangui, lors de la présentation de sa lettre de créances, viennent opportunément rappeler l'implication de ce pays dans les affaires centrafricaines. Le plénipotentiaire n'a pas craint de dire le droit canon. Il a affirmé au cours de son allocution que le Tchad et la RCA étaient liés par « un mariage chrétien », sous-entendu, c'est une union indissoluble ! (2)

En d'autres termes, la République centrafricaine ne serait que le prolongement du Tchad, et réciproquement, comme au temps des colonies.

 Voilà pourquoi le président tchadien Idriss Déby s'autorise à dire que « la Centrafrique a besoin d'une réconciliation nationale inclusive. Tant qu'on ne fera pas en sorte que le président Touadéra puisse organiser un vaste forum national en ce sens, incluant tous ceux qui, aujourd'hui, sont mis à l'écart par la communauté internationale, à savoir les anciens présidents Bozizé et Djotodia, les chefs de l'ex-Séléka et des anti-balaka, on n'y arrivera pas. Si parmi eux il y a des gens qui ont du sang sur les mains, laissons du temps au temps » (3). Admonestation ou injonction ?

Machiavel n'est pas loin.

 

A ce tarif, il est certain que la paix n'est pas pour demain en Centrafrique.

 Paris, le 01 février 2017

 Prosper INDO,

Economiste

Président du CNR

 -        1 : La liste non exhaustive de ces individus apparaît dans le dernier rapport d'Amnesty International sur la RCA.

-        2 : « Ainsi ils ne sont plus deux mais ils sont une seule chair. Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint », La Bible, Mathieu 19.6.

-        3 : Interview in « Grand angle », Jeune Afrique, n° 2925 du 29 janvier au 4 février 2017, pp 20 à 27.

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L’Afrique en 2017: la Centrafrique, de mal en pis (4)

Le début de l’année 2016 avait laissé quelques espoirs en Centrafrique. Aujourd'hui, on déchante à Bangui.

 Par Aza Boukhris - mondafrique.com 12 janvier 2017

 Voici douze mois, la Transition présidée par Catherine Samba-Panza, commencée le 10 janvier 2014, se terminait avec soulagement pour les Centrafricains, tant les mauvaises pratiques financières, le népotisme exacerbé et le clientélisme sans vergogne avaient totalement ruiné le crédit de «  Maman Cathy », bénéficiant d’un soutien inébranlable et inconsidéré du Quai d’Orsay.

« La mangeoire », encore et toujours

Dans un pays où l’Etat ne contrôle plus qu’une faible partie du territoire, où les registres de l’état-civil ont souvent été détruits, notamment pour les 30 % de citoyens devenus des réfugiés à l’étranger ou déplacés dans des camps à l’intérieur du pays, où l’Autorité nationale des élections a très peu de moyens humains et financiers pour mettre en œuvre le processus électoral, où la centaine de partis politiques sont des clubs de supporters à base ethnique, on était en droit d’attendre que les élections présidentielle et législatives soient très contestées.

Afin d’éviter le chaos, tous les acteurs politiques, la société civile et tous les partenaires techniques et financiers ont fermé pudiquement les yeux sur ces élections. Faustin-Archange Touadera, ancien premier ministre de François Bozizé (2008-2013), est donc devenu le nouveau président de la République, avec près de 63 % des voix, rattrapant miraculeusement son retard du premier tour sur son challenger Anicet-Georges Dologuélé. De même, les interminables élections des 140 députés, n’avaient que de lointains rapports avec les normes internationales des élections. Karim Meckassoua, ancien cacique de l’ère Bozizé et caution musulmane, est devenu président de l’Assemblée nationale et deuxième personnage du pays.

Evidement leurs anciens collaborateurs, de nombreux anciens ministres du général-président ont retrouvé leur place à la «  mangeoire » dans une certaine indifférence des Centrafricains désabusés et des partenaires étrangers, qui ont toujours pris le parti de soutenir, coûte que coûte, le locataire du Palais de la Renaissance.

L’impunité absolue

Depuis l’investiture du président Touadera, le 30 mars 2016, rien n’a été fait pour reconstituer une chaîne pénale. Les discours se succèdent aux discours. La Cour Pénale Spéciale devait être constituée en 2016, ses membres ne sont toujours pas nommés. Seules 8 prisons sur 35 fonctionnent et les évasions sont incessantes. Les tribunaux dans l’arrière-pays sont délabrés. A Bangui on ne juge que le menu fretin. Aucun chef anti balaka et aucun seigneur de la guerre de l’ex Séléka n’ont été arrêtés. Les criminels de sang et prédateurs économiques ont toujours pignons sur rue. Jean-Francis Bozizé, pourtant sous mandat d’arrêt international est revenu à Bangui en toute quiétude.

Les crimes économiques de la Transition de Catherine Samba-Panza ne sont même pas à l’agenda d’une Cour des Comptes moribonde. Les trafics de drogues, d’armes et d’êtres humains sont florissants. Les « diamants du sang » alimentent les places d’Anvers et de Dubaï, avec des Centrafricains, bien connus, à la tête de ces réseaux mafieux qui passent respectivement par le Cameroun et le Soudan. Les sites miniers sont contrôlés par les rébellions bénéficiant de complicités politiques. Pendant ce temps-là, la population souffre d’un déficit alimentaire croissant et ne survit que grâce aux ONG et aux structures humanitaires onusiennes qui estiment que 70 % de la population vit en insécurité alimentaire.

Un quasi protectorat

N’ayant pas la masse critique pour être un Etat souverain, la Centrafrique est devenu un quasi protectorat. Elle est liée à la CEMAC pour les questions monétaires et à la Minusca pour la sécurisation du territoire et notamment la protection des convois sur les principales pistes du pays. La fin de l’Opération Sangaris, qui aura duré 3 ans au lieu de plusieurs mois, ne signifie pour autant la fin de l’action tutélaire de la France. Avec l’évaporation des faibles recettes fiscales, souvent détournées, seuls les financements du FMI, de l’Union européenne et de quelques pays amis permettent de payer les fonctionnaires et de faire vivre le petit millier de « cherche à manger » de Bangui, composés des innombrables conseillers du gouvernement et de la présidence et peuplant les Hauts conseils, Comités et comités ad hoc, créés dès qu’un problème surgit. Les services sociaux tels que ceux de l’éducation ou de la santé sont confiés aux Ong nationales et internationales. Ce statut de quasi protectorat a été confirmé avec les espoirs mis dans la Table ronde de Bruxelles de décembre 2016 et l’enthousiasme qui a suivi les annonces qui vont creuser un peu plus la dette abyssale du pays. Il ne reste que les apparences d’un Etat, avec un président de la république qui multiplie les voyages à l’étranger et des ministres utilisant avec gourmandise les attributs du pouvoir.

L’Eglise, ultime recours

Avec cette situation dégradée marquée par l’immobilisme coupable des pouvoirs publics, exécutif et législatif confondus, il est à craindre que la Centrafrique ne devienne le hub des rébellions d’Afrique centrale et alimente davantage les flux migratoires notamment vers le Cameroun et le Tchad. La seule lueur d’espoir est la nomination du cardinal Dieudonné Nzapalainga, qui est l’une des rares autorités morales à écouter la détresse des Centrafricains et à leur donner une espérance dans l’avenir.

http://mondafrique.com/lafrique-2017-centrafrique-de-mal-pis-4/

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