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10/01/2019

Les capitalistes ne se vivent pas comme des pilleurs.Leur mouvement social propre a pour les échangistes la forme d'un mouvement de choses qu'ils ne contrôlent pas,mais dont ils subissent au contraire le contrôle [sentiment que nous partageons globalement

Le Secret de la bourse, c’est le temps de travail

Cet article fait suite à la Vulgate marxiste - c'est-à-dire antimarxiste et Les capitalistes ne se vivent pas comme des pilleurs.)

Karl Marx n'avait pas encore de mot pour la nommer, mais il parle des fluctuations de la bourse, dans l'extrait qui vient. C'est au sujet de la détermination de la valeur marchande par le temps de travail, encore difficle à voir, à l'époque. Concentration.

Karl Marx, le Capital 1, pp.85-86, Messidor, éd. sociales, trad. Jean-Pierre Lefebvre, a écrit :

En fait, le caractère valeur des produits du travail [leur échangeabilité, leur valorisation marchande au-delà de leurs qualités intrinsèques d'usage] ne s'établit fermement qu'une fois que ceux-ci sont pratiqués comme grandeurs de valeur [quand ils sont comparés sur les marchés]. Or ces grandeurs changent constamment, indépendamment de la volonté, des prévisons et des actes des gens qui échangent [puisque la valeur découle du temps de travail moyen pour une zone d'échange marchand, temps de travail nécessaire à sa production, relatif aux technologies, compétences et autres organisations du travail]. Leur mouvement social propre a pour les échangistes la forme d'un mouvement de choses qu'ils ne contrôlent pas, mais dont ils subissent au contraire le contrôle [sentiment que nous partageons globalement tous, devant la mondialisation marchande]. Il faut attendre un développement complet de la production marchande scientifique de la chose : on comprend alors que ces travaux privés, menés indépendamment les uns des autres, mais mutuellement interdépendants par tous les côtés en tant que branches naturelles de la division sociale du travail, sont réduits en permanence à leur mesure sociale proportionnelle, parce que dans la contingence des oscillations constantes des rapports dans lesquels s'échangent leurs produits le temps de travail socialement nécessaire à leur production s'impose par la force comme loi naturelle régulatrice, au même titre que la loi de la pesanteur s'impose quand quelqu'un prend sa maison sur le coin de la figure. La détermination de la grandeur de la valeur par le temps de travail [moyen pour une zone d'échange marchand, temps de travail nécessaire à sa production, relatif aux technologies, compétences et autres organisations du travail] est donc un secret caché sous la phénoménalité [l'apparence manifeste] des mouvements des valeurs relatives [les unes aux autres] des marchandises. En découvrant ce secret, on lève l'apparence d'une détermination purement aléatoire des grandeurs de valeur des produits du travail, mais on ne supprime nullement leur forme de choses [par quoi elles sont échangeables indifféremment].

Évidemment, à l'heure du capitalisme financier, où 75% de la valeur supplémentaire (plus-value) est produit par des transactions virtuelles, on a l'impression que ce marxisme (qui nous explique là, que la fluctuation boursière semble nous contrôler, parce qu'en fait nous ne saurions tout savoir des diversités technologiques, compétentes et organisationnelles du travail productif ... ) n'est plus si pratique. Et, ce, d'autant plus que les banques s'appliquent par le crédit à la création monétaire, etc. de telle sorte que leurs prêts et leurs remboursements avec intérêt, participent en fin de comptes à la spéculation générale dans laquelle nous sommes - désindexée de l'or.

Néanmoins voyez : ce qui permet de produire de l'argent avec de l'argent seul, et virtuellement, de nos jours, qu'est-ce ? sinon des algorithmes produits du travail humain, et autres free trades humains, sur la base d'organisations sociétaires-logistiques humaines, rendant possible la technostructure qui, elle-même, n'est pas peuplée par autre chose que des humains "technostructeurs" dont nous sommes d'ailleurs parties (vous savez, ce sentiment "globalisé" d'être comme "enveloppé, pétri" par la finance) ?

Soit donc une ruche, humaine ruche, ayant mis en place des procédures désincarnées, déshumanisant des dynamiques proprement humaines pourtant ... sinon que nous nous sommes rendus moins capables de le comprendre a priori, quand on est un quidam. Et néanmoins,

Leur mouvement social propre [aux marchandises, dont l'argent est la forme-équivalente universelle, marchandise-des-marchandises, marchandise au carré] a pour les échangistes la forme d'un mouvement de choses qu'ils ne contrôlent pas, mais dont ils subissent au contraire le contrôle.

Bref : Marx, ou comment se saisir du monde tel qu'il va, sans s'y sentir leurré. Mais d'ailleurs, n'importe quel puissant de ce monde jouant de ces leviers économiques, pressent comme l'ivresse du contrôle.

Au passage, ce "mouvement de choses qu'ils ne contrôlent pas, mais dont ils subissent au contraire le contrôle", a été obscurément décrit par Adam Smith - Adam Smith qui s'y rendait comme en "sentiment océanique" (Romain Rolland) - en tant que main invisible ... Main invisible ! On comprend maintenant pourquoi : elle échappe certes aux différents acteurs, encore qu'elle n'ait rien de manipulatrice ni d'invisible. (Cela dit, au hasard d'un Alternative économique avec Macron en une, on apprend qu'Adam Smith n'a jamais parlé de main invisible comme fantôme régulateur des marchés. Hélas, ce sont deux-trois malheureuses expressions de cet acabit chez lui, par lesquelles d'autres économistes faussaires & fallacieux inventèrent telle improbable égrégore. Pauvre Adam Smith ! Lui, il ne voulait pas que l'économie devienne capitaliste, c'est-à-dire conforme à sa description marxiste !)

Ainsi, la différence entre le prétendu réalisme de notre capitalisme libéral, et le prétendu irréalisme de l'analyse marxienne, tient en ceci, que le capitaliste libéral plonge aveuglément "dans les choses", et que l'analyste marxien en observe scrupuleusement le réel social. Ou encore, dit autrement : le capitaliste libéral s'en moque (il croit que "plus de capitalisme libéral" est le mieux), l'analyste marxien le prend en compte (et ajuste les conditions sociales). L'un dédaigne la politique, l'autre est conscient qu'il n'y a de politique que dans la responsabilisation sociale.

Soit donc qu'un travailleur bradant l'ajustement social au nom du "réalisme capitaliste libéral", se tire une balle dans le pied "irréaliste analyste marxien". C'est-à-dire que, le véritable idéologue, ça n'est pas le marxiste, mais celui qui (se) leurre quant au réel social - quant à la praxis. Le raisonnement à l'intérieur du capitalisme.

Et voyez Karl Marx, le Capital 1, p.803, même édition :

Nous avons vu comment l'argent est transformé en capital, comment, avec le capital, on fait de la survaleur [plus-value], et à partir de la survaleur davantage de capital. Cependant, l'accumulation du capital présuppose la survaleur, la survaleur la production capitaliste, laquelle présuppose à son tour la présence de masses importantes de capital et de force de travail entre les mains de producteurs de marchandises. Tout ce mouvement semble donc tourner dans un cercle [et Marx ajoute] vicieux [c'est moi qui souligne] dont nous ne sortons qu'en supposant une "accumulation initiale" [ce qui est le propos] antérieure à l'accumulation capitaliste ("previous accumulation" chez Adam Smith), une accumulation qui n'est pas le résultat du mode de production capitaliste, mais son point de départ.
 
Cette accumulation initiale joue dans l’économie politique à peu près le même rôle que le péché originel dans la théologie. Adam mordit la pomme, et voilà le péché qui fait son entrée dans le monde. On nous en explique l’origine par une aventure qui se serait passée quelques jours après la création du monde.

De même, il y avait autrefois, mais il y a bien longtemps de cela, un temps où la société se divisait en deux camps : là des gens d’élite, laborieux, intelligents, et surtout doués d’habitudes ménagère [vision d'Ayn Rand, auteure la plus lue aux USA après la Bible] ; ici, un tas de coquins faisant gogaille du matin au soir et du soir au matin. Il va sans dire que les uns entassèrent trésor sur trésor, tandis que les autres se trouvèrent bientôt dénués de tout. De là la pauvreté de la grande masse qui, en dépit d’un travail sans fin ni trêve, doit toujours payer de sa propre personne, et la richesse du petit nombre, qui récolte tous les fruits du travail sans avoir à faire œuvre de ses dix doigts.

L’histoire du péché théologal nous fait bien voir, il est vrai, comme quoi l’homme a été condamné par le Seigneur à gagner son pain à la sueur de son front ; mais celle du péché économique comble une lacune regrettable en nous révélant comme quoi il y a des hommes qui échappent à cette ordonnance du Seigneur.

Et ces insipides enfantillages, on ne se lasse pas de les ressasser. M. Thiers, par exemple, en ose encore régaler les Français, autrefois si spirituels, et cela dans un volume où, avec un aplomb d’homme d’État, il prétend avoir réduit à néant les attaques sacrilèges du socialisme contre la propriété. Il est vrai que, la question de la propriété une fois mise sur le tapis, chacun se doit faire un devoir sacré de s’en tenir à la sagesse de l’abécédaire, la seule à l’usage et à la portée des écoliers de tout âge.

Dans les annales de l’histoire réelle, c’est la conquête, l’asservissement, la rapine à main armée, le règne de la force brutale, qui l’a toujours emporté. Dans les manuels béats de l’économie politique, c’est l’idylle au contraire qui a de tout temps régné. À leur dire il n’y eut jamais, l’année courante exceptée, d’autres moyens d’enrichissement que le travail et le droit. En fait, les méthodes de l’accumulation initiale sont tout ce qu’on voudra, hormis matière à idylle.

Le rapport officiel entre le capitaliste et le salarié est d’un caractère purement mercantile. Si le premier joue le rôle de maître et le dernier le rôle de serviteur, c’est grâce à un contrat par lequel celui-ci s’est non seulement mis au service, et partant sous la dépendance de celui-là, mais par lequel il a renoncé à tout titre de propriété sur son propre produit. Mais pourquoi le salarié fait-il ce marché ? Parce qu’il ne possède rien que sa force personnelle, le travail à l’état de puissance, tandis que toutes les conditions extérieures requises pour donner corps à cette puissance, la matière et les instruments nécessaires à l’exercice utile du travail, le pouvoir de disposer des subsistances indispensables au maintien de la force ouvrière et à sa conversion en mouvement productif, tout cela se trouve de l’autre côté.

Au fond du système capitaliste il y a donc la séparation radicale du producteur d’avec les moyens de production. Cette séparation se reproduit sur une échelle progressive dès que le système capitaliste s’est une fois établi ; mais comme celle-là forme la base de celui-ci, il ne saurait s’établir sans elle. Pour qu’il vienne au monde, il faut donc que, partiellement au moins, les moyens de production aient déjà été arrachés sans phrase aux producteurs, qui les employaient à réaliser leur propre travail, et qu’ils se trouvent déjà détenus par des producteurs marchands, qui eux les emploient à spéculer sur le travail d’autrui. Le mouvement historique qui fait divorcer le travail d’avec ses conditions extérieures, voilà donc le fin mot de l’accumulation appelée "initiale" parce qu’elle appartient à l’âge préhistorique du monde bourgeois.

L’ordre économique capitaliste est sorti des entrailles de l’ordre économique féodal. La dissolution de l’un a dégagé les éléments constitutifs de l’autre.

Quant au travailleur, au producteur immédiat, pour pouvoir disposer de sa propre personne, il lui fallait d’abord cesser d’être attaché à la glèbe ou d’être inféodé à une autre personne ; il ne pouvait non plus devenir libre vendeur de travail, apportant sa marchandise partout où elle trouve un marché, sans avoir échappé au régime des corporations, avec leurs maîtrises, leurs jurandes, leurs lois d’apprentissage, etc. Le mouvement historique qui convertit les producteurs en salariés se présente donc comme leur affranchissement du servage et de la hiérarchie industrielle. De l’autre côté, ces affranchis ne deviennent vendeurs d’eux-mêmes qu’après avoir été dépouillés de tous leurs moyens de production et de toutes les garanties d’existence offertes par l’ancien ordre des choses. L’histoire de leur expropriation n’est pas matière à conjecture : elle est écrite dans les annales de l’humanité en lettres de sang et de feu indélébiles.

Il y a des accents hugoliens, chez Marx, c'est sûr.

« Oser inventer l’avenir » pour y exprimer des revendications, des insatisfactions, des frustrations,... j’espère qu’on y trouvera aussi des propositions..dans une société bureaucratique à consommation dirigée comme la nôtre.Qu'ajouter ?Sur le même thème.

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L’insoutenable stupidité des plateaux de télévision

Qu’un philosophe soit obligé d’expliquer quelque chose d’aussi basique, à savoir que les GJ ne sont pas en colère pour le plaisir de râler mais par exaspération légitime, parce que le gouv et le Président les menacent, les gazent et qu’à un moment donné, oui, il est possible que des plombs sautent, est sidérant mais j’ajouterais que l’on entend aussi ailleurs cette stupidité, cette déconnexion des réalités qui s’expriment aussi chez nombre de Français qui estiment que "maintenant ça suffit". Evidemment quand on fait tourner ces images de violence en boucle, une partie de l’opinion commence à changer de bord. Il suffit ensuite de mettre en avant les 20-30% de mécontents et alliés à la merdiatocratie qui est composée exclusivement de bobos bien-pensant, cela suffit pour laisser croire qu’il y aurait un effritement plus important de la côte de sympathie auprès de la pop qu’elle n’est en réalité.

Mais ce qui est intéressant malgré tout c’est qu’à la mi-décembre, un sondage a révélé que 65% des patrons français soutenaient les GJ (réalisé par OpinionWay avec La Tribune et les Chambres de commerce), ce qui est révélateur de la structure du petit patronat français. Plus spectaculaire encore il y a eu une bascule qui est hélas aussi révélatrice du manque de conscience politique : "Au moment de son élection (en mai 2017), Emmanuel Macron était soutenu par les trois quarts (75%) des patrons, selon les chiffres d’OpinionWay. Dix-huit mois plus tard, la courbe s’est inversée selon cette enquête Europe 1 : 72% des patrons s’estiment mécontents de l’action menée par le président.".

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