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20/01/2019

Le regard de la presse Suisse sur le sujet est très sévère mais très intéressant.Les analyses des médias français passent malheureusement à côté de l’essentiel. La crise de la France est celle de la paresse.Nouveau regard sur le développement

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 Sa devise « Pour Vous et avec Vous» est un projet de développement durable conçu à l’échelle des territoires ou des régions, chaque membre mettant son expérience, ses connaissances au profit de l’ensemble, afin d’augmenter la richesse de chacun. SocSav21 portera sur les moyens mobilisés par les acteurs de la société civile pour participer au débat et à la décision publics, ainsi que sur les dispositifs de concertation mis en œuvre par les pouvoirs publics.

Seront ainsi successivement abordées les causes environnementales, familiales, consuméristes, humanitaires, générationnelles, scolaires, sanitaires, féministes et la défense des libertés. 

Enrichir les compétences de chacun, susciter le goût d'entreprendre. Préparer le capital humain dans l'économie de la connaissance est primordial au siècle des réseaux.

Stimuler le plein emploi de l'intelligence générale des individus faisant appel à la connaissance du monde. L'engagement de chacun, condition d'une stratégie pour tous.

Le développement durable FRANCE WEB est avant tout un apprentissage du partage des savoirs et des pouvoirs. Les TIC permettent de faire communiquer entre elles des disciplines, des associations, des organismes qui ont du mal à connecter, dans une même toile de sens "développement durable", des initiatives qui nous semblent naturellement devoir se rencontrer dans une même vision d’interdépendance

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Chaque choix que nous faisons correspond à la satisfaction d’un besoin à l’instant T. Nous prenons des décisions en fonction de ce qui nous semble être le mieux pour nous au moment où nous les prenons. Mais la vie est un mouvement, une évolution constante. Ce qui était valable hier ne l’est peut-être déjà plus aujourd’hui, alors demain ?Tous, entrepreneurs de la connaissance

Le concept s’appuie sur trois axes en interactions

AGILITE, INNOVATION, EMPOWERMENT

Knowledge Sharing for a more agile, innovative and engaged organisation.

Les inégalités économiques, des grands singes à nos jours

Le succès de l’ouvrage de Thomas Piketty, sorti en 2013 a contribué à faire des inégalités économiques une des questions brulantes de ce début de XXIe siècle, à l’aune de laquelle sont commentés les événements du monde, comme, récemment, l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche ou le vote du Brexit par le Royaume-Uni. Les nombreux travaux sur le sujet mettent en évidence l’accroissement des inégalités durant les dernières décennies sans toutefois offrir beaucoup de remèdes. Ce livre se propose de chercher dans l’histoire les solutions à l’augmentation des inégalités ou, plus précisément, de situer les moments où elles ont diminué. Pour cela, Walter Scheidel, historien de l’antiquité à l’université de Stanford, n’a aucun mal à remonter très loin dans le temps aussi bien en amont de son domaine de spécialité – l’histoire de l’Empire romain – qu’au-delà pour écrire une histoire des inégalités de la préhistoire à l’Europe du XXIe siècle en passant par la Chine des Tang ou la Russie de la révolution d’Octobre.

Comme l’affirme immédiatement le titre, la thèse principale de l’auteur est que seule la violence a permis, historiquement, de réduire les inégalités. L’argument central de l’ouvrage peut ainsi être aisément résumé : les inégalités économiques sont toujours – c’est-à-dire de tout temps et en tout lieu – considérables et seuls des bouleversements massifs et violents de l’ordre établi (« massive and violent disruptions of the established order  », p. 443) peuvent les faire diminuer, le plus souvent temporairement. L’ouvrage détaille ces chocs classés en quatre groupes – la guerre de masse, la révolution, l’effondrement d’un État ou les pandémies meurtrières – par analogie avec les quatre cavaliers de l’apocalypse, qui deviennent, sous la plume de Scheidel, les quatre cavaliers du nivellement (« the Four Horsemen of Leveling »).

Les cavaliers de l’apocalypse

Le Japon, aujourd’hui symbole d’une société riche mais égalitaire, sert à illustrer le premier cavalier, la guerre, moteur du spectaculaire retournement des inégalités japonaises à partir de la fin des années 1930 : une des sociétés les plus inégalitaires du monde devient l’une des plus égalitaires, par suite des destructions, de l’étatisation de l’économie de guerre et de l’inflation. Surtout, le faible niveau d’inégalité se maintient dans les décennies qui suivent la fin de la guerre, en grande partie à la suite des réformes, financières et agraires, mises en œuvre par l’occupant américain : la nouvelle structure institutionnelle, conçue pour briser toute renaissance impériale, a comme effet secondaire de limiter l’accumulation de la richesse. Ce pays constitue l’exemple parfait du nivellement opéré dans les pays développés après les deux guerres mondiales. Comme d’autres l’ont déjà montré, la période de trente ans qui les entoure constitue un point de basculement vers des inégalités plus réduites, dans les pays développés du moins. La mobilisation, en hommes comme en matériel, exigé par ces conflits hors normes crée à la fois la nécessité de mesures d’exception (par exemple des impôts progressifs et très élevés) et le consensus nécessaire pour les adopter. Ainsi, la Suède – qui connait la mobilisation de masse sans souffrir directement des conséquences du conflit – constitue un exemple intéressant, selon Scheidel, de la façon dont la conscription universelle contribue à souder la population et appuie la demande d’une société plus équitable [2].

Le second cavalier, la révolution, est en partie fils du premier et la raison pour laquelle les deux sont distingués n’est pas immédiatement claire – si ce n’est peut-être pour les besoins de la métaphore équestre. Là encore il s’agit essentiellement du XXe siècle où l’expropriation, la redistribution et la collectivisation (de la terre principalement) réduisent les inégalités dans de nombreux pays. À nouveau, le moteur de ces changements est la violence, plus ou moins élevée et plus ou moins latente. Sans la menace de violence ou sa mise en pratique directe, de telles réformes n’auraient jamais pu être menées à bien.

Le troisième cavalier est l’effondrement pur et simple des structures sociales, illustré par exemple par la fin de l’empire romain. Le mécanisme central ici est que les plus riches souffrent relativement plus de la crise, notamment parce qu’ils ont plus à perdre. Il s’agit d’un nivellement par le bas qui, proportionnellement, affecte plus les couches les plus élevés de la société.

Knowledge Sharing for a more agile, innovative and engaged organisation.

Le regard de la presse Suisse sur le sujet est très sévère mais très intéressant.

Toute vérité n’est pas bonne à entendre, mais ce texte vaut une lecture attentive ! Attention, ça déménage !

Gilets jaunes : 6 causes d’un désastre annoncé 

Il n’existe pas de société sereine sans discipline et respect. Le contrat social a volé en éclats avec les Gilets jaunes, mais la tradition de la casse n’est pas nouvelle en France !

Le père Noël risque cette année de s’habiller en jaune. Si l’insurrection populaire est   une tradition française , le mouvement des Gilets jaunes est inquiétant.

Les analyses des médias français passent malheureusement à côté de l’essentiel.

 La crise actuelle est avant tout celle d’un système et d’un mode de pensée périmés. C’est la raison pour laquelle elle risque de se prolonger.

LA BAISSE DU POUVOIR D’ACHAT VIENT D’UN DÉFICIT DE TRAVAIL

Quel politique aura le courage de le dire ? On ne crée pas de la richesse — et donc du pouvoir d’achat — en regardant le foot à la télé. La crise de la France est celle de la paresse. 64 % de la population âgée de 15 à 64 ans travaille dans notre pays, contre 79 % en Suisse, 75 % au Royaume-Uni ou en Allemagne. Nous travaillons également 15 % d’heures en moins par an par rapport à la moyenne de l’OCDE et notre fonction publique, largement sous productive, occupe près de 20 % de la population active. Soyons concrets : l’essence et les produits alimentaires coûtent plus cher car nous nous disputons ces biens avec des pays qui travaillent davantage que nous. Leur pouvoir d’achat s’accroît et le nôtre diminue.

L’IGNORANCE DES RÉALITÉS ÉCONOMIQUES CRÉE DE LA VIOLENCE

Nous sommes le bonnet d’âne en matière de connaissance économique selon l’OCDE. Les Gilets jaunes reflètent cette inculture, leur programme étant une somme d’aberrations, un concours Lépine de l’ignorance. Les insurgés veulent tout et son contraire. Moins de taxes et plus de dépenses publiques avec par exemple le maintien de lignes de chemin de fer non rentables. Plus d’écologie et du diesel moins cher. Davantage de jobs mais le droit de casser l’appareil productif. Un smic à 1 300 euros et des emplois pour tout le monde .

L’équation économique de la France est malheureusement simple à comprendre : peu de gens travaillent car le travail est lourdement taxé. Les taxes sont lourdes car il faut financer beaucoup d’assistés et de transferts sociaux parmi les plus généreux au monde.

Le plus effarant est qu’une majorité de la population soutient les Gilets jaunes. Si l’école enferme les esprits dans l’ignorance, les médias ne joue pas leur rôle d’information. À quelques rares exceptions, les chroniqueurs ne posent jamais les bonnes questions et ne fournissent aucune donnée de contexte. Personne ne recadre les inepties économiques d’un Mélenchon. Le peuple français s’est enterré dans ignorance. Son absence de perspective est avant tout intellectuelle.

L’EFFICACITÉ DES SERVICES PUBLICS DÉCROÎT ET NE VA PAS S’AMÉLIORER

Une lettre met presque une semaine pour arriver d’un point à un autre en France, contre 2 jours dans les années 1980. Les performances de la SNCF sont en chute libre malgré des coûts exorbitants. Les causes de cet enlisement sont multiples. Les fonctionnaires ont vieilli. Les organisations se sont empâtées et elles sont centrées sur leur propre finalité plutôt que sur les clients-citoyens.

Quelle entreprise survivrait sans se réformer ? Sans licencier des salariés sous- performants ? Sans réallouer les effectifs d’un service à l’autre quand la technologie permet des gains de productivité ? Aucune, mais c’est le chemin que l’administration française a choisi depuis 30 ans. L’État français, contrairement à ses concurrents anglais ou allemands a raté la transformation digitale. Le service aux administrés a encore empiré avec les tentatives de digitalisation.

De par son poids, l’administration entraîne l’économie française vers le bas, et avec elle le pouvoir d’achat.

MACRON FONCTIONNE AVEC UN LOGICIEL ÉCONOMIQUE DU PASSÉ

Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Macron est un super Hollande, un Hollande en version numérique et holographique, mais un Hollande traditionnel dans sa pensée. Le jeune disciple fonctionne à l’instar de son maître, avec un système d’exploitation étatiste conçu au XXe siècle. Le service militaire nouvelle formule, la réforme des 80 km/h, le prélèvement à la source sont des exemples de réformes technocratiques, frustrantes et inutiles.

En juillet 2017, j’avais dans ces colonnes émis des doutes sur l’action de Macron. Le nouveau Président a réformé un peu le travail dans le secteur privé. Il a laissé de côté la réforme de l’État et de l’assistanat, ces 2 points concentrant les blocages de la France. Pour le moment, l’action du Président a visé à côté de la cible.

LES FRANÇAIS VIVENT DANS UN MONDE VIRTUEL

Le temps passé devant les écrans augmentent en permanence. Les Français vivent dans un monde virtuel fait de rêves, d’argent facile, de jolies filles et de fake news. Le capitalisme n’est pas exempt de critiques dans ce divorce avec la réalité. La publicité traditionnelle et numérique est d’une efficacité redoutable pour créer des frustrations et susciter l’acte d’achat. Avec l’extinction des idéaux, qu’ils soient religieux ou politiques, le consumérisme n’a plus de contrepouvoir. Symptomatiquement, les casseurs ont pillé des boutiques de luxe. Même les casseurs d’extrême gauche rêvent de s’habiller en Chanel et en Vuitton.

 Une autre promesse mensongère existe, celle que l’État promeut depuis des années. Avec plus de 50 chaînes de télévision, des millions investis dans les campagnes de publicités diverses et variées, des écoles républicaines fortement politisées, l’État est le premier émetteur d’idéologie dans ce pays. Il faut ajouter à cela la presse écrite largement subventionnée et les artistes qui vivent payés par l’État grâce au régime des intermittents . Ce fantastique dispositif de propagande nous décrit un État ultra protecteur, tout-puissant, garantissant la paix et le bonheur du citoyen, de la naissance à la mort. Une vision imaginaire qui ne peut que décevoir cruellement.

L’ABSENCE DE SANCTION MÈNE À LA VIOLENCE

Il n’existe pas de société sereine sans discipline et respect. Le contrat social a volé en éclats avec les Gilets jaunes, mais la tradition de la casse n’est pas nouvelle. Depuis longtemps, on a supprimé les sanctions à l’école, on ne punit plus les délits mineurs. L’absence de discipline est la résultante directe de l’effondrement des services publics, que ce soit l’éducation et la justice.

Il s’est développé une idéologie permissive, notamment vis-à-vis de l’extrême gauche . Les syndicats ont légitimé des pratiques ultra-violentes, en toute impunité et dans le silence médiatique. Les Gilets jaunes constituent une version low cost et 3.0 du syndicalisme, ils ont été formés à leur école. En plus stupides et en plus violents.

L’exacerbation des frustrations nourries dans la virtualité allume un incendie majeur mais les pompiers n’ont pas le droit d’agir, par crainte, par inefficacité et par choix politique.

Macron a dû lire Machiavel pour entrer à l’ENA. Il semble avoir oublié l’essentiel. Un prince doit prendre les bonnes décisions, celles qui créent de la richesse en minimisant les mécontentements du peuple. Il doit aussi savoir imposer le respect grâce à la force. Macron ne sait faire ni l’un, ni l’autre, pour le malheur de ce pays.

Le succès de l’ouvrage de Thomas Piketty, sorti en 2013 a contribué à faire des inégalités économiques une des questions brulantes de ce début de XXIe siècle, à l’aune de laquelle sont commentés les événements du monde, comme, récemment, l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche ou le vote du Brexit par le Royaume-Uni. Les nombreux travaux sur le sujet mettent en évidence l’accroissement des inégalités durant les dernières décennies sans toutefois offrir beaucoup de remèdes. Ce livre se propose de chercher dans l’histoire les solutions à l’augmentation des inégalités ou, plus précisément, de situer les moments où elles ont diminué. Pour cela, Walter Scheidel, historien de l’antiquité à l’université de Stanford, n’a aucun mal à remonter très loin dans le temps aussi bien en amont de son domaine de spécialité – l’histoire de l’Empire romain – qu’au-delà pour écrire une histoire des inégalités de la préhistoire à l’Europe du XXIe siècle en passant par la Chine des Tang ou la Russie de la révolution d’Octobre.

Comme l’affirme immédiatement le titre, la thèse principale de l’auteur est que seule la violence a permis, historiquement, de réduire les inégalités. L’argument central de l’ouvrage peut ainsi être aisément résumé : les inégalités économiques sont toujours – c’est-à-dire de tout temps et en tout lieu – considérables et seuls des bouleversements massifs et violents de l’ordre établi (« massive and violent disruptions of the established order  », p. 443) peuvent les faire diminuer, le plus souvent temporairement. L’ouvrage détaille ces chocs classés en quatre groupes – la guerre de masse, la révolution, l’effondrement d’un État ou les pandémies meurtrières – par analogie avec les quatre cavaliers de l’apocalypse, qui deviennent, sous la plume de Scheidel, les quatre cavaliers du nivellement (« the Four Horsemen of Leveling »).

Les grandes épidémies dans les sociétés pré-modernes sont le quatrième et dernier cavalier dont l’efficacité se situe dans un temps plus long que les autres à travers un changement des prix relatifs des facteurs de production : en diminuant la quantité de main d’œuvre relativement à l’actif principal (la terre), elles augmentent sa valeur (relativement à celle de la terre) et donc tendent à abaisser les inégalités de revenu. Cet effet, cependant, dépend des capacités de négociation des travailleurs et donc des institutions et des mécanismes d’ajustement des prix existants (« Microbes and markets had to operate in tandem to compress inequality », p. 292).

Dans les quatre cas, il faut bien noter que toutes les violences – ou plus exactement, toutes les formes de violence – ne permettent pas de réduire les inégalités : les guerres avant l’époque modernes ne mobilisent pas suffisamment les sociétés, les révoltes pré-modernes se terminent dans un bain de sang non pour les riches mais pour les révoltés, la conquête d’un empire peut souvent conduire à un simple remplacement, voire une superposition, des anciennes élites par de nouvelles, etc. Dans de nombreux cas, la violence est un moyen d’accroître, plutôt que de diminuer, les inégalités. C’est un point important mais qui tend à brouiller un peu le propos général du livre.
Dans une dernière partie, Walter Scheidel se tourne, brièvement (une cinquantaine de pages sur les près de 450 de l’ouvrage), vers les formes plus pacifiques de réduction des inégalités pour les écarter les unes après les autres à l’aune de leurs effets trop modestes : réformes agraires (sans l’usage ou la menace de violence), crises économiques ou arrivée au pouvoir de la gauche (sans révolution) ne réduisent que très peu, voire pas du tout, les inégalités. Le même argument est d’ailleurs utilisé contre les préconisations actuelles, notamment celles qui passent par une réforme fiscale [3]. Simultanément, le livre met en avant un autre argument – plus important mais in fine trop peu étayé ou discuté – à savoir l’idée que les transformations sociales qui contribuent à réduire les inégalités (imposition, redistribution, etc.) ne parviennent à être mises en œuvre avec efficacité que sous la menace de la violence ou, ce qui revient au même, dans le prolongement d’une période de violence extrême. Pour prendre l’exemple du syndicalisme, Scheidel concède la capacité de travailleurs fortement syndiqués à réduire ou, au moins, limiter les inégalités de revenus mais affirme aussitôt que le développement du syndicalisme n’est qu’une conséquence des deux conflits mondiaux ; les taux de syndicalisation au XXe siècle n’étant élevé que juste après les guerres (p. 167).

Mesurer et réduire les inégalités

Au bout du compte, il est difficile de ne pas admirer la masse de travail et d’érudition mobilisée dans cet ouvrage. Le nombre de travaux documentés comme la multitude des pistes évoquées pour répondre à une question sont impressionnants. On reste toutefois quelque peu déçu, ou perplexe, par le caractère limité, et simpliste, de la question elle-même. Résumer les inégalités de l’âge de pierre au XXIe siècle, comme l’annonce fièrement le sous-titre, par quelques indicateurs synthétiques (le « coefficient de Gini » et la part de richesses détenue par les 1% les plus aisés) soulève plus de problèmes qu’elle n’apporte de réponses.

La difficulté n’est pas tant –ou pas seulement– celle de la mesure ou de la dissymétrie des preuves entre différentes périodes historiques que celle de rendre commensurables des périodes et des épisodes historiques qui, par essence, ne le sont pas. L’histoire totale, dans le temps et l’espace, nécessite évidemment un peu de « souplesse » dans les concepts et les méthodes [4] mais, ainsi étirée à l’extrême, elle court le risque de ne plus dire grand-chose. À mettre sur le même plan toutes les périodes historiques, l’ouvrage réduit sans doute beaucoup trop la complexité des sociétés humaines, les rapports de pouvoir qui les sous-tendent, les processus historiques et sociaux qui les façonnent : que les riches sénateurs de l’Empire romain (début du premier millénaire de l’ère chrétienne), les fonctionnaires Tang (VIIe siècle) ou les nobles européens à l’aube de la grande peste noire (XIIe siècle) s’accaparent une part du revenu de leur pays respectif comparable à celle des plus riches banquiers de Wall Street ou investisseurs de la Silicon Valley aujourd’hui en dit peu sur ce que cette richesse permet de faire (que l’on songe par exemple aux connaissances médicales dans ces différents époques et contextes), sur sa composition (de la terre, des esclaves ou des portefeuilles d’action) et donc, in fine, masque les pratiques et structures sociales qui l’encadrent, la modèlent ou en contraignent l’usage.

La seconde difficulté que pose cette grande compression de l’histoire tient à la faiblesse du modèle explicatif et des mécanismes présentés. L’auteur prend soin de ne pas simplifier les différents cas et présente avec finesse les mécanismes particuliers à chaque situation ; c’est là, redisons-le, l’une des grandes qualités de l’ouvrage. Mais, simultanément, la diversité de ces mécanismes disparait dans le récit complet, centré et concentré sur la seule idée de la violence comme explication à la baisse des inégalités. C’est particulièrement net pour le XXe siècle qui, pour des raisons évidentes (notamment de qualité et d’abondance des sources), occupe une place centrale dans la démonstration : une lecture possible de l’histoire des inégalités au XXe siècle est que des chocs violents et massifs – des guerres mondiales – sont nécessaires pour faire accepter par les élites des changements sociaux susceptibles de réduire (durablement) les inégalités. Mais ce n’est qu’une lecture possible et la question de la causalité entre la première guerre mondiale, l’essor de l’État providence ou le développement du mouvement ouvrier, pour ne citer que quelques-uns des bouleversements de cette période, reste ouverte [5].

Dans les deux cas, on touche aux limites de l’idée, exploitée à l’extrême ici, de l’histoire comme un vaste réservoir d’expériences (« naturelles » disent aujourd’hui les économistes [6]) interchangeables et comparables dans lequel il n’y aurait qu’à se servir pour comprendre le monde et les sociétés humaines.

Walter Scheidel, The great leveler : violence and the history of inequality from the Stone Age to the twenty-first century. The Princeton economic history of the Western world. Princeton, New Jersey : Princeton University Press, 2017.

Pour citer cet article :

Lionel Kesztenbaum, « Origine et fondements de l’égalité », La Vie des idées , 7 janvier 2019. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Origine-et-fondements-de-l-egalite.html

Nota bene :

Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article, vous êtes invité à proposer un texte au comité de rédaction (redaction@laviedesidees.fr). Nous vous répondrons dans les meilleurs délais.

par Lionel Kesztenbaum , le 7 janvier

Nouveau regard sur le développement

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