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04/04/2019

Agence de l’innovation industrielle: une mauvaise solution à un vrai problème?Images correspondant à "Pourquoi les experts se trompent-ils plus .Restituer les "biens mal acquis" aux populations concernées : une occasion manquée au Sénat

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L’innovation en France: un système en échec? Une autre logique est possible

L’institut Terra Nova vient de produire une note très intéressante sur le système d’innovation français. Ecrite par Nicolas von Bülow, associé fondateur du fond d’investissement Clipperton  Finance, la note dresse un triste constat de l’état de l’innovation en France en égrenant les statistiques déprimantes. Notre pays est en retard, et continue de perdre du terrain. Entre autres choses, la note souligne que les résultats de la politique industrielle française menée depuis de nombreuses années sont particulièrement pauvres. Elle observe que l’écosystème d’innovation est au cœur du déficit français mais conclut que toute intervention directe et brutale de l’Etat en la matière serait peine perdue, voire destructrice. Il faudrait sans doute passer le message à Arnaud Montebourg.

Sur la base de ce constat que tout le monde partagera hélas sans difficulté, la note fait plusieurs propositions intéressantes: renforcement de la recherche, développement du financement, stabilité juridique, suppression de droit, sinon de fait, des pôles de compétitivité, et enfin création d’un véritable « small business act » à la française, forçant l’ouverture de marché publics aux petites entreprises, peut-être plus controversée.

Ce qu’il y a de déprimant, c’est que cette note vient à la suite de nombreuses autres. Au fil des années, notes et rapports se succèdent, dressent grosso-modo le même constat alarmant, font des recommandations parfois intéressantes et rien ne change. La vraie question est donc la suivante: Pourquoi le système d’innovation français reste un échec malgré l’attention continue dont il est l’objet de la part de l’administration française? Une partie de la réponse se trouve peut-être dans la question-même: Plutôt que de se demander ce que peut faire l’Etat, ou comment il peut agir mieux, peut-être la note aurait-elle pu poser la question-même du rôle de ce dernier en se demandant en quoi l’Etat français est-il un obstacle à l’innovation. La note se révèle en effet frustrante au sens où son auteur ne semble pas tirer la conclusion logique de son diagnostic: Et si, au final, le problème de l’innovation française, c’était précisément l’Etat colbertiste et ses ambitions industrielles?

La note reste en effet complètement dans le paradigme économique français au sens où, malgré un constat sans appel d’échec de quarante années de politique industrielle française, elle continue à raisonner en termes de politique publique. Ainsi, l’un des principes retenus dans la note, celui de « concentrer autant de ressources que possible sur quelques régions, réseaux, institutions et plus généralement ‘systèmes’ de pointe. » est une scorie pompidolienne dont l’auteur a pourtant souligné l’échec au début de sa note. Certes, il reconnait avec raison que les interventions directes de l’Etat sont à éviter – il n’y a pas d’appel à une économie dirigée, c’est déjà ça-, mais comme ses prédécesseurs, il persiste à voir en l’Etat la solution au problème de l’innovation française – l’économie doit être guidée par un acteur supposé sage, l’Etat. Ainsi, la logique de base de la note consiste en une réflexion sur le rôle de l’Etat et de ses modes d’action. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il y a fort à parier, dès lors, que nous nous retrouvions au même point dans cinq ans.

On aurait au contraire souhaité, si la question de l’innovation française doit être posée, que soit plus évoqué le rôle de l’entrepreneuriat. Car s’il est une chose que montrent les exemples américain et allemand, cités à loisir par la note, c’est que le dynamisme économique d’un pays repose en grande partie sur une forte capacité entrepreneuriale, celle qui fait cruellement défaut à notre pays. Il y a 7 ans, j’écrivais: « La solution au manque d’innovation ne réside probablement pas dans une nouvelle approche technocratique, mais bien plutôt dans le développement d’une culture entrepreneuriale. » (ici) Je pense que c’est toujours vrai.

Un écosystème d’innovation ne se décrète pas, et il ne se construit pas par l’Etat, c’est même la leçon des échecs français dans le domaine, depuis le plan calcul aux pôles de compétitivité en passant par la pathétique agence française de l’innovation industrielle créée par Jacques Chirac et Jean-Louis Beffa, dont l’expérience a peut-être un peu vite été oubliée. En conséquence, la création d’un centre national de l’innovation recommandée par la note, même si l’auteur se défend de vouloir ajouter une nouvelle entité bureaucratique, est étonnante. Elle serait une erreur fondamentale. Elle ne servirait une nouvelle fois qu’à payer des chargés de mission qui multiplieraient les études inutiles, ajoutant au parasitisme étatique qui caractérise le système français d’innovation. Il existe suffisamment d’observatoires et de laboratoires de recherche pour tout savoir sur l’état de l’innovation en France. Ce n’est ni observer ni étudier ni guider ni diriger ni concentrer ni choisir qu’il faut faire. C’est laisser faire; c’est créer les conditions de marché pour inciter et permettre; c’est enlever les obstacles à l’éclosion et à la croissance.

La question n’est donc pas colbertiste – « Que peut faire l’Etat? » – mais schumpeterienne: Comment recréer une dynamique entrepreneuriale? Et dans cette logique schumpeterienne, c’est à encourager le neuf, quitte à faire mourir l’ancien, qu’il faut s’attacher. Ainsi, si l’Etat doit faire quelque chose, c’est libérer la voie aux petites entreprises. Par exemple, cesser de soutenir les grands groupes. Les grands groupes français par leur approche malthusienne et leur hostilité aux petites entreprises sont un des principaux obstacles à l’innovation française. Les ressources considérables consacrées à leur aide sont improductives et défavorisent les petites entreprises. Ils vont mal? Qu’ils meurent et laissent la place aux autres! L’Etat doit aussi supprimer les oligopoles et favoriser l’entrée de nouveaux concurrents sur les différents marchés. L’ouverture à une concurrence plus grande forcera les acteurs en place à innover plus et ouvrira la voie à de nouveaux « champions » prêt à affronter la concurrence internationale. L’exemple de Free, dans le domaine des télécoms, est significatif à cet égard. En somme, l’Etat doit lutter contre le capitalisme de copinage et encourager un vrai capitalisme entrepreneurial.

Mais ne nous y trompons pas: une grande partie du problème français est culturel. Peur de l’avenir, peur de l’étranger, obsession de la protection, recherche de la rente, nos compatriotes semblent pétrifiés par le monde qui vient, incapable d’essayer de la construire. Nous sommes un pays qui respecte plus un sous-préfet qu’un chef d’entreprise, qui trouve normal qu’un footballeur analphabète gagne 800.000 euros par mois pour taper droit dans un ballon mais crache sur un entrepreneur de province qui a réussi, et qui se gausse lorsqu’un ministre fraîchement nommé livre un industriel en difficulté à la vindicte publique. Nous sommes un pays qui a inscrit le principe de précaution dans sa constitution, décourageant explicitement la prise de risque. Et nous avons un problème d’innovation?

La note de Nicolas von Bülow le montre bien: Il n’y a pas de solution simple à l’échec du système français d’innovation. Mais un premier pas utile serait de cesser de poursuivre des chimères. Le colbertisme, y compris sous une forme modernisée, est l’une des principales.

Voir la note sur le site de Terra Nova ici. Voir également l’article de Nicolas von Bülow sur le Huffington Post.

Pour mémoire, voir mon billet sur la défunte Agence Française de l’Innovation Industrielle (AFII): Agence de l’innovation industrielle: une mauvaise solution à un vrai problème?

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