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23/11/2016

Inégalités : pourquoi le modèle social français marche mal, Analyse Les inégalités sont un mythe et l’égalitarisme est une injustice, L’étatisme partout ?

Denis Kessler, ancien vice-président du MEDEF, écrit dans l'éditorial du magazine Challenges en octobre 2007 :

« Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s'y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d'importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme... A y regarder de plus près, on constate qu'il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance10 ! »

Les inégalités sont un mythe et l’égalitarisme est une injustice

Publié le dans Économie générale

Inégalités : pourquoi le modèle social français marche mal

26 avril 2016 - Ecartelé entre le modèle libéral anglo-saxon et le modèle social-démocrate scandinave, le modèle social français fonctionne mal. Une situation qui mécontente tout le monde, mais n’est pas prête de changer. Le point de vue de Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives économiques.

Selon les chiffres de l’OCDE, la France se caractérise par un niveau d’inégalités de revenus relativement limité et stable dans un contexte où celles-ci s’accroissent rapidement ailleurs. Pourtant, loin de considérer cet état de fait comme un atout, la plupart des Français sont mécontents du système de redistribution qui permet d’atteindre ce résultat. Pourquoi en est-il ainsi ?

Il existe deux types de modèles sociaux qui, bien que très différents, possèdent une cohérence interne suffisante pour permettre aux sociétés qui les ont adoptés de trouver leur place dans une mondialisation et une Europe mal régulées : d’une part le modèle anglo-saxon et d’autre part le modèle scandinave.

Dans le modèle anglo-saxon, les revenus dits primaires, ceux qui résultent directement de l’activité économique, sont caractérisés par des inégalités élevées. Là-dessus se branche un Etat qui fait la police sans hésiter, consacre aussi des efforts non négligeables pour la défense nationale et n’hésite pas non plus à intervenir activement sur le plan budgétaire pour soutenir l’activité quand celle-ci flanche. Mais il n’essaie pas vraiment de corriger les inégalités à travers un système social et fiscal de grande ampleur. Il se contente à ce niveau d’offrir un filet de sécurité minimale pour éviter que les pauvres ne tombent dans la misère. Dans ces sociétés, la vie des moins qualifiés est très difficile et la flexibilité du marché du travail entraîne des cycles économiques marqués mais, globalement, il est vrai que ce mode de fonctionnement donne à ces économies une certaine agilité. Les pays anglo-saxons ont su depuis quarante ans tirer leur épingle du jeu de la mondialisation. Si on considère la crise amorcée en 2008, ils ont réussi à se redresser plus rapidement que les autres.

De l’autre côté, on trouve les pays scandinaves. La situation y est quasiment symétrique. Les inégalités de revenus primaires sont relativement limitées. Ceux qui ont déjà fait l’expérience traumatisante d’aller boire une bière à Stockholm ou à Copenhague le savent : cela coûte très cher, parce que la TVA y est de 25 % afin que les importations financent le système social. Aussi parce que le niveau de salaire d’un barman n’est pas très différent de celui d’un enseignant ou d’un cadre du secteur privé.

Sur cet éventail de revenus primaires limité, s’ajoutent des dépenses publiques très élevées. Avec notamment davantage d’emploi public qu’en France. Mais comme ces dépenses se greffent sur des revenus primaires peu inégaux, elles ont davantage un caractère de mutualisation, entre chômeurs et employés, malades et bien portants, jeunes et retraités, que de redistribution à proprement parler. Ce qui contribue à rendre ces prélèvements relativement consensuels : même quand la droite est au pouvoir, ils ne sont pas fondamentalement remis en cause.

Et malgré un coût du travail très élevé, plus élevé qu’en France en particulier, ces pays parviennent à trouver leur place dans la mondialisation. Comme les pauvres de ces sociétés ont quand même des revenus significatifs et sont plus qualifiés, ils adoptent aussi très rapidement les innovations et forment eux-mêmes un réservoir large d’entrepreneurs potentiels. Comme les inégalités de revenu sont faibles à la base, la volonté et la capacité à coopérer loyalement est relativement forte dans la société, et notamment dans les entreprises. Ce qui constitue un avantage compétitif malgré un coût du travail élevé. Même si la crise des migrants secoue particulièrement plusieurs de ces pays et remet en cause la stabilité de ces modèles sociaux, ils ont jusqu’ici résisté aux crises qui ont marqué les quarante dernières années et servent fréquemment de modèles dans le débat public français, qu’il s’agisse de l’école finlandaise ou de la flexisécurité [1] danoise.

La France écartelée

La spécificité et la faiblesse du modèle social français est d’être écartelé entre ces deux modèles. La France est un pays beaucoup moins égalitaire qu’elle n’a tendance à le croire. Il n’y a guère que dans l’Hexagone par exemple qu’existe la notion de « cadre » pour distinguer les salariés du haut du panier du reste des prolétaires. Nous sommes aussi les seuls à nous être dotés d’un système de grandes écoles qui structure aussi fortement les hiérarchies sociales et les devenirs professionnels. Une caractéristique renforcée par le poids d’un appareil d’Etat qui, bien que républicain, a été créé par les rois pour mater leurs nobles puis consolidé et étendu par des généraux, et notamment sous la dictature de Napoléon Bonaparte, dans une logique très verticale et autoritaire et fort peu participative et égalitaire. Ce fonds inégalitaire n’est pas cependant une spécificité française : c’est une caractéristique commune à tous les pays d’Europe du Sud. Les inégalités sont même plus fortes encore en Italie, en Espagne, au Portugal ou encore en Grèce mais nous sommes sur ce plan beaucoup plus latins que nous ne voulons bien l’admettre.

Sur ce fonds inégalitaire, les Français ont branché un système social et fiscal de taille scandinave. Celui-ci parvient bien d’ailleurs in fine à corriger les inégalités importantes de revenu et à faire de la France un des pays développés où ces inégalités restent les plus limitées, même si elles ont eu tendance à s’accroître comme partout. Mais du coup, ce système social et fiscal s’avère très redistributif, déclenchant un fort mécontentement parmi les couches les plus aisées de la population qui ont le sentiment qu’on leur prend beaucoup d’argent pour le donner aux pauvres. Du côté des pauvres en question, la satisfaction n’est pas non plus au rendez-vous : malgré leur ampleur, ces transferts ne parviennent pas à corriger les inégalités qui se forment à la base, dans l’activité économique réelle. Les politiques du logement et de la ville, quoique coûteuses, se sont révélées incapables de limiter la ghettoïsation de nombreux quartiers et la ségrégation urbaine. Le pire est probablement atteint avec le système éducatif français, l’un de ceux qui, au sein des pays de l’OCDE, reproduit le plus les inégalités sociales de départ…

Bref, malgré l’ampleur indéniable de la redistribution, les pauvres sont eux aussi mécontents parce que la République n’est manifestement pas à la hauteur de sa devise d’égalité et de fraternité. L’efficacité économique n’est pas non plus au rendez-vous : l’élitisme des couches supérieures gêne la coopération au sein des entreprises. La mauvaise qualité de la formation donnée au plus grand nombre freine l’innovation et limite le réservoir d’entrepreneurs potentiels. Les tensions sociales récurrentes et l’instabilité politique effraient les investisseurs… Malgré des niveaux de dépenses publiques et d’inégalités de revenus après redistribution relativement proches, on est donc très loin du modèle scandinave.

Que faire ?

Face à un tel constat, que faire ? On peut être tenté tout d’abord de se rapprocher du modèle anglo-saxon en diminuant drastiquement les dépenses publiques, et particulièrement celles de la protection sociale. On acterait ainsi notre fond inégalitaire en renonçant à faire semblant de chercher à le corriger. C’est ce que la droite dit régulièrement vouloir faire mais, quand elle est au pouvoir elle ne le fait que finalement très peu. Notamment parce que le niveau élevé des dépenses publiques français a aussi un rôle déterminant pour limiter les inégalités territoriales et maintenir la cohésion d’un pays marqué par de profonds déséquilibres géographiques résultant de plusieurs siècles de centralisation.

On peut aussi vouloir évoluer plutôt dans la direction du modèle scandinave en cherchant à devenir plus égalitaire à la base, avant redistribution. C’est plutôt le discours de la gauche politique. Mais elle non plus n’essaie guère de le mettre réellement en œuvre quand elle est aux affaires. Pour une raison simple : les grands perdants d’une telle évolution seraient d’abord sa base sociale. La gauche politique et syndicale est aujourd’hui dominée par les couches moyennes salariées de la fonction publique et des grandes entreprises. Or, si on limitait l’écart qui les sépare aujourd’hui des salariés les moins favorisés comme c’est le cas en Scandinavie, cela impliquerait que les électeurs socialistes perdent du pouvoir d’achat en payant plus cher leur femme de ménage, les gens qui entretiennent leur pavillon de banlieue, leurs repas au restaurant… De quoi refroidir les enthousiasmes. Bref, le malaise français sur les questions d’inégalités et de redistribution a encore de beaux jours devant lui.

Par Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives Economiques et auteur de « La France ne sera plus jamais une grande puissance ? Tant mieux ! » éditions La Découverte, 2015.

Photo / DR

Notes

[1Mélange de flexibilité de licenciement mais aussi d’indemnités plus grandes pour ceux qui sont licenciés.

Date de rédaction le 26 avril 2016

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Le nombre d’internautes ayant installé des « adblocks » a progressé de 20 % en dix mois. Désormais plus d’un tiers d’entre eux utilisent des bloqueurs de pub.

En dix mois, le nombre d’internautes français équipés d’un logiciel bloqueur de publicités (adblock) a progressé de 20 %. C’est l’enseignement principal d’une étude Ipsos commandée par la branche française de l’Interactive Advertising Bureau (IAB), une association du secteur de la publicité numérique, présentée mardi 22 novembre.

Sur un échantillon de 11 701 personnes représentatives de la population internaute française, 36 % ont déclaré, en novembre, utiliser un adblock. Ils étaient 30 % en janvier, sur un échantillon similaire. Cette progression témoigne d’une désapprobation croissante envers certains aspects de la publicité numérique, voire son principe même. C’est une source de préoccupation pour les acteurs du secteur, des annonceurs aux éditeurs de sites, qui vivent souvent des revenus de la publicité.

En dix mois, le phénomène adblock s’est élargi et touche davantage le grand public. Déjà adopté par les plus jeunes – 55 % des 16-24 ans interrogés utilisent un bloqueur –, il s’est répandu dans les autres catégories d’âge et concerne aujourd’hui 45 % des 25-34 ans, 33 % des 35-49 ans et 31 % des 50-59 ans. La progression la plus forte est enregistrée chez les 60 ans et plus : 26 % d’entre eux sont désormais équipés, soit une hausse de 30 % depuis janvier. « On constate un effet d’entraînement, même si on ne peut pas parler de propagation », interprète David Lacombled, président de l’IAB France.

Lire aussi :   Internet : haro sur la publicité !

« Le média Internet paye pour les autres »

L’ordinateur portable est, de loin, l’appareil qui suscite le plus l’adblocking : 70 % des adblockers ont choisi d’installer un logiciel de blocage sur leur laptop, une part qui tombe à 53 % sur les desktop. En revanche, seuls 13 % l’ont fait sur leur mobile et 12 % sur leur tablette, deux écrans sur lesquels les formats publicitaires sont moins impactants, et limités par le recours aux applications plutôt qu’aux navigateurs.

Quelles sont les motivations des adblockers ? Interrogés, 50 % d’entre eux demandent moins de répétition des mêmes publicités, dans une référence aux annonces ciblées qui peuvent suivre en utilisateur de site en site pendant des jours ou des semaines, lorsqu’il a recherché ou acheté un produit en ligne. 40 % souhaitent également « moins d’encombrement », c’est-à-dire des formats moins invasifs. 37 % réclament une « meilleure contextualisation » des annonces, et 28 % « plus d’originalité ».

Enfin, parmi les adblockers comme chez ceux qui n’utilisent pas de bloqueur, 88 % des personnes interrogées se déclarent « dérangées » et « inquiètes » de l’utilisation de leurs données personnelles par des entreprises privées. L’impression est enfin que « le média Internet paye pour les autres », comme le croit M. Lacombled : quand un individu ressent une saturation générale face à la publicité, il agit, pour la limiter, sur le seul média où existent des outils de filtrage.

Un retour en arrière est-il possible ? Si le nombre d’utilisateurs d’adblocks a augmenté, il en va de même pour ceux qui ont cessé d’y recourir : 9 % de l’échantillon déclare avoir renoncé à bloquer les publicités (+ 4 points par rapport à janvier). Parmi les autres, ceux qui désactivent ponctuellement leur bloqueur sont aussi plus nombreux (59 %, + 3 points). Cette désactivation est d’abord le fruit de la contrainte, à 84 % : certains sites ont en effet choisi de fermer l’accès aux navigateurs équipes d’adblocks. 28 % des utilisateurs déclarent aussi désactiver par solidarité avec certains sites.

On peut voir dans ces chiffres le reflet des campagnes de sensibilisation menées sur plusieurs sites, dont celui du Monde, à l’initiative du Geste (groupement des éditeurs de services en ligne). « Il y a davantage d’adblocks, mais aussi plus de débrayages, ce qui témoigne d’une adaptation au contrat de lecture proposé par chaque site », pense encore David Lacombled.

Ces résultats constituent donc une incitation, pour l’industrie publicitaire, à poursuivre ses réflexions pour développer des formes mieux acceptées. L’IAB est membre de la Coalition for Better Ads aux côtés de Google, d’autres organisations du secteur, d’annonceurs et de médias comme le Washington Post. Des consultations sont en cours dans plusieurs pays, dont la France, afin d’aboutir à une homogénéisation des formats début 2017. Une charte est également en cours d’écriture, deux démarches auxquelles contribue l’Union des annonceurs (UDA). En parallèle, d’autres acteurs, comme le SRI et l’Udecam, œuvrent à la création de labels. L’un des enjeux actuels est la convergence entre ces différentes initiatives.

Lire aussi :   AdBlock, le sujet qui fâche les youtubeurs

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La sauvgarde des conditions morales d'une "écologie humaine" authentique. La liberté humaine a de limites! (loué sois-tu) du pape François sur la sauvgarde de la maison commune.

1agld1r.gifLettre encyclique. Détérioration de la qualité de la vie humaine et dégradation sociale. Miser sur un autre style de vie.

Quand les personnes deviennent auto référentielles et s'isolent dans leur propre conscience, elles accroissent leur voracité.En effet, plus le coeur de la personne est vide, plus elle a besoin d'objets à acheter, à posséder et à consommer.Dans ce contexte, il ne semble pas possible qu'un personne accepte que la réalité lui fixe des limites.

1agld1r.gifJe ne crois pas que notre identité soit heureuse, je n'ai pas envie d'une alternance de compromis ou d'une alternance molle.

1agld1r.gifJuppé dénonce la vision "extrêmement traditionaliste" de Fillon??????

1agld1r.gifFillon voit la France affectée d'«une forme de décadence»

1agld1r.gif30 experts pour des solutions concrètes

Et si l’on agissait au lieu de s’agiter ? En matière d’inégalités, l’écart entre les discours et les actes est trop grand. L’ouvrage de l’Observatoire des inégalités donne la parole à des chercheuses et chercheurs qui travaillent au quotidien sur ces questions depuis des années. Certains viennent de publier leurs premiers travaux, d’autres y ont consacré toute leur carrière professionnelle. De l’école aux revenus, en passant par les services publics, la santé ou les inégalités entre les femmes et les hommes, ils dessinent leur champ des possibles.

Économistes, sociologues, juristes, philosophes, démographes : l’ouvrage « Que faire contre les inégalités ? 30 experts s’engagent » rend justice à des travaux trop souvent méconnus des responsables politiques. Des chercheurs qui « trouvent », on en trouve pour peu que l’on cherche. Si ces femmes et ces hommes étaient autant écoutés que les pseudo-experts des plateaux télé, leurs propositions pourraient nourrir des politiques publiques plus conformes aux attentes de la population et redonner du sens à la politique.

A quelques mois de l’élection présidentielle, ce « Que faire ? » n’est pas un bréviaire du militant de l’égalité, un discours-programme de parti politique. Ses contributeurs ne se sont pas concertés, ne sont pas toujours d’accord entre eux et l’Observatoire des inégalités ne partage pas nécessairement chacune des idées avancées. Mais ils partagent le sentiment qu’il est urgent de faire un pas en avant et de débattre sur les moyens d’avancer. Nous avons voulu ouvrir une boîte à idées, qui demande à être complétée au gré de l’avancée des travaux des spécialistes, de l’actualité des inégalités. Ce nouvel ouvrage s’adresse à toutes celles et ceux qui souhaitent plus d’égalité dans les faits. Et, bien sûr, à celles et ceux qui nous gouvernent et qui ont les moyens d’agir.

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