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08/07/2015

Lors du référendum historique du 5 juillet 2015, les Grecs ont envoyé un message de rejet à l’oligarchie politique et financière de l’Europe et un message d’espoir aux peuples du monde.

  1. NON à l’Europe de l’austérité, à l’Europe des banques et de l’oligarchie et à l’Europe égoïste. Les politiques d’austérité sont politiquement coûteuses, économiquement inefficaces et socialement désastreuses. Loin de relancer la croissance, la réduction des dépenses, la diminution des salaires et des pensions de retraite, le démantèlement des services publics, y compris d’éducation et de santé, la destruction du code du travail et des acquis sociaux conduisent inévitablement à une contraction de la consommation.

 

  1. OUI à l’Europe sociale, à l’Europe des peuples et à l’Europe du partage. En temps de crise, les Etats doivent adopter une politique de New Deal et réaliser des investissements massifs afin de relancer l’économie. Les mesures de protection sociale doivent être renforcées afin de protéger les catégories les plus vulnérables de la population. De la même manière, une hausse du salaire minimum enclenchera un cercle vertueux car elle relancera la consommation, remplira le carnet de commandes des entreprises, lesquelles embaucheront de nouveaux salariés pour répondre à cette demande, ce qui permettra à l’Etat d’augmenter ses recettes fiscales grâce à ces nouveaux contribuables et de diminuer ses dépenses d’allocations-chômage grâce à la baisse du nombre de personnes sans emploi. Ces nouvelles sources de revenus pour la nation permettront de renforcer les services publics à destination du peuple.

 

  1. NON à la dictature de la finance, aux ultimatums, au chantage de la Troïka, au terrorisme politique, économique, financier et médiatique et aux menaces en tout genre. Il est inadmissible que la Commission européenne, composée de technocrates non élus – donc sans aucune légitimité populaire – décide de la politique économique et sociale d’une nation souveraine. Il s’agit là d’une atteinte à la démocratie et une remise en cause du droit inaliénable des peuples à l’autodétermination.

 

  1. OUI à l’indépendance, à la volonté sacrée des peuples, à la liberté et à la dignité. En portant au pouvoir un gouvernement progressiste mené par Alexis Tsipras de SYRIZA, les Grecs ont voté pour un programme de relance économique anti-austérité et un renforcement de la protection sociale. Aucune entité ne peut interférer dans cette décision souveraine d’un peuple libre.

 

  1. NON à la dette inique, mathématiquement impayable, destinée à asservir les peuples et à satisfaire l’appétit de la finance internationale. Il est temps de mettre fin au système actuel qui interdit à la Banque centrale européenne de prêter directement aux Etats aux mêmes taux que ceux réservés aux banques privées, c’est-à-dire entre 0 et 1%. La Grèce pourrait résoudre le problème de la dette si une telle réforme était adoptée. Aujourd’hui, lorsque la Grèce a besoin d’un financement, elle est obligée de passer par les banques privées qui lui prêtent à des taux usuraires pouvant atteindre les 18%, des emprunts qu’elles ont-elles-mêmes souscrits à des taux inférieurs à 1% !
 

 

  1. OUI à un audit international des dettes publiques, à la renégociation et à l’annulation des emprunts illégitimes. Selon la Commission pour la Vérité sur la Dette publique grecque, « la dette issue des mesures de la Troïka constitue une violation caractérisée des droits humains fondamentaux des résidents de la Grèce. Ainsi, nous sommes parvenus à la conclusion que la Grèce ne doit pas payer cette dette, du fait de son caractère illégal, illégitime et odieux. […] Le caractère insoutenable de la dette publique grecque était évident depuis l’origine pour les créanciers internationaux, les autorités grecques et les grands médias. Pourtant, les autorités grecques et certains gouvernements de l’Union Européenne se sont ligués pour rejeter une restructuration de la dette publique en 2010, dans le seul but de protéger les institutions financières privées. Les grands médias officiels ont dissimulé la vérité au public en soutenant que le plan de sauvetage allait être bénéfique pour la Grèce, tout en passant en boucle le récit selon lequel la population ne faisait que payer pour ses propres turpitudes ».

 

  1. NON à l’accumulation des richesses, à l’égoïsme et à l’individualisme. L’Europe actuelle est le paradis des nantis et l’enfer des peuples. Elle est l’illustration parfaite de la célèbre maxime voltairienne selon laquelle « une société bien organisée est celle où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne ».

 

  1. OUI à la répartition des richesses, à la solidarité et à la défense de l’intérêt général. La crise actuelle n’est pas due à une question de ressources car l’Europe n’a jamais été aussi riche de son histoire. Il est donc urgent de procéder à une répartition équitable des richesses et de placer la dignité humaine au centre du projet européen.

 

  1. NON à la dictature des puissants. La Grèce, berceau de la démocratie, rappelle à l’Europe et au monde le fameux avertissement de Maximilien Robespierre. Le Héros de la Révolution française qui, dès le départ, avait choisi le camp des pauvres, avait dénoncé « le joug de l’aristocratie des riches, la plus insupportable de toutes » : « Les riches prétendent à tout, ils veulent tout envahir et tout dominer. Les abus sont l’ouvrage et le domaine des riches, ils sont les fléaux du peuple : l’intérêt du peuple est l’intérêt général, celui des riches est l’intérêt particulier ».

 

  1. OUI à la révolte des peuples contre toutes les injustices, à l’insurrection civique et pacifique et à la résistance à l’oppression. Les peuples ne sont pas condamnés à l’indifférence et à l’humiliation et ont le pouvoir de prendre en main leur propre destin. La misère n’est pas une fatalité mais une décision politique imposée par les élites rapaces et insatiables. L’heure est à la révolte de la plèbe, des écrasés et des révoqués contre la brutalité de la finance mondiale.

 

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

07/07/2015

Europe, Grèce : La faillite d’un système clientéliste

Europe

Grèce : La faillite d’un système clientéliste

Grèce :  La faillite d’un système clientéliste

Par Takis Michas

Il ne faudrait pas considérer la débâcle de l’État grec simplement comme le résultat de statistiques budgétaires frauduleuses ou de quelques années de dépenses effrénées. Elle signifie plutôt l’effondrement d’un modèle de développement économique qui, depuis sa création au 19ème siècle, a toujours placé la politique au-dessus des marchés.

PLUS DE CLIENTELISME ET DETAT  EN SUIVANT :

  Le principe central d’organisation de la société grecque a toujours été le clientélisme politique, un système dans lequel le soutien politique est fourni en échange d’avantages matériels. Dans ce contexte, le rôle de l’Etat en tant que principal fournisseur de prestations à divers groupes et individus devient primordial.

Pour l’historien grec socialiste Kostas Vergopoulos,  » la structure fondamentale de la Grèce n’a jamais été de la société civile, mais l’État. Depuis le milieu du 19ème siècle rien ne pouvait être fait en Grèce, sans nécessairement passer par la machine de l’Etat « . 

Dans le monde anglo-saxon, l’État était principalement considéré comme le protecteur de certains droits lockéens, en particulier le droit de propriété privée. Ce concept va de pair avec l’existence d’une classe dirigeante ayant des intérêts dans des grandes propriétés

En Grèce, cependant, le groupe social qui prît la tête du pays après la libération du joug ottoman, était constitué de notables locaux dont le pouvoir ne résidait pas dans leur propriété sur la terre, mais dans le fait qu’ils avaient été des collecteurs d’impôts pour leurs dirigeants ottomans. Ainsi, en Grèce, la classe dirigeante qui a émergé après l’indépendance voyait l’État non comme un instrument pour la protection des biens déjà existants, mais comme sa principale source de revenu. 

Dans le même temps, le contrôle de l’appareil d’État est devenu le principal mécanisme pour la distribution des récompenses et des avantages matériels. Le plus important de ces avantages a été la mise à disposition d’emplois dans la fonction publique. À la fin des années 1880, la Grèce avait déjà l’une des bureaucraties d’État les plus importantes d’Europe: pour 10.000 habitants, il y avait 200 fonctionnaires en Belgique, 176 en France, 126 en Allemagne et 73 en Grande-Bretagne. En Grèce, leur nombre était de 214. Comme le français Arthur Gobinau l’avait observé à l’époque:  » En Grèce, toute une société semble fonctionner sur la devise que dans la mesure où seul l’État a de l’argent, il faut profiter de ce fait et travailler en tant que fonctionnaire.  » 

Beaucoup d’eau a évidemment coulé sous les ponts depuis ce temps-là. La Grèce a connu guerres, occupation, dictatures, révolutions, tremblements de terre etc. Pourtant, une chose est demeurée constante: le clientélisme politique comme doctrine première de la gouvernance. 

Aujourd’hui, il existe trois types de prestations que l’Etat fournit aux divers groupes et individus clients.

La première prestation, et la plus convoitée, est une sinécure dans la fonction publique. Environ un million de personnes, soit un actif grec sur quatre, sont employées par l’Etat. Plus de 80% des dépenses publiques va vers les salaires, traitements et pensions de ces travailleurs du secteur public. 

La deuxième façon dont fonctionne le système d’avantages est par l’octroi de privilèges à divers groupes professionnels, comme les avocats, les notaires, les propriétaires de camions, de chargeuses sur les marchés, les pharmaciens, les opticiens, créant effectivement des professions fermées qui limitent la concurrence au profit des internes. 

La troisième catégorie d’avantages sont les redevances imposées sur les opérations diverses au profit de groupes qui ne sont pas partie à la transaction. Par exemple, si vous démarrez une entreprise en Grèce, vous devez payer 1% du capital de départ à la caisse de retraite des avocats. 

Chaque fois que vous achetez un billet de bateau, 10% du prix va à la caisse de retraite des travailleurs du port. Si vous vendez des fournitures à l’armée, vous aurez à payer 4% de l’argent que vous recevez à la caisse de retraite des officiers de l’armée. Curieusement, des prélèvements sont parfois effectués au profit de groupes qui n’existent plus. Tel est le cas avec les éclaireurs sur l’île de Santorin. La profession de ces opérateurs de bateaux est depuis longtemps éteinte. Or, une partie du prix des billets des passagers des navires qui accostent au port de Santorin profite encore à l’association des éclaireurs (inexistante). Personne ne sait où va l’argent. 

La conséquence de ces mécanismes, plus de 70% de la population grecque reçoit son revenu totalement ou partiellement de taxes ou de prélèvements. Cela implique des luttes acharnées pour la répartition des avantages – ce que les économistes appellent  » la recherche de rentes « . Ainsi, une quantité considérable de ressources, qui pourraient être utilisés pour générer richesse et revenus, est perdue dans la lutte pour des tranches d’un gâteau économique qui va s’amenuisant. 

Malheureusement, aucune étude économique ne s’est penchée sur combien d’argent est gaspillé dans la recherche de rentes. Mais nous pouvons nous faire une idée en regardant ce que les restrictions économiques coûtent en production perdue. Par exemple, certaines études universitaires suggèrent que si la Grèce ouvrait ses professions fermées son PIB augmenterait de 1%, et si elle éliminait les restrictions sur les différents marchés, elle augmenterait sa production de 2%. Si elle alignait les coûts bureaucratiques pour faire des affaires en Grèce avec le reste de l’Union européenne, cela entraînerait une augmentation de 3,5% du PIB

Ces dernières années en particulier, la gauche soutient que le principal inconvénient du capitalisme est qu’il met soi-disant  » les marchés au-dessus des gens « . C’est pourquoi elle estime que l’intervention politique est nécessaire pour apprivoiser les marchés et redonner aux gens la place qui leur revient en tant que  » maîtres  » et non  » esclaves  » du marché.Le modèle grec offre la réalisation parfaite de cette vision. La Grèce a toujours placé les  » gens « , c’est-à-dire des  » clients « , au-dessus des marchés, avec les conséquences tragiques que nous voyons aujourd’hui. 

M. Michas est journaliste à l’Eleftherotypia, un quotidien grec.avril10

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8 replies »

BA

Nous venons d’apprendre qu’il faudrait prêter à la Grèce 120 milliards d’euros en 3 ans. Sur ces 120 milliards, l’Allemagne devrait prêter à elle-seule 25,2 milliards d’euros à la Grèce :

« Sur le volet européen du plan d’aide commun des pays de la zone euro et du FMI, l’Allemagne en supporterait la plus grosse partie, soit 8,4 milliards d’euros sur 30 milliards d’euros cette année. L’aide atteindrait 45 milliards d’euros cette année avec l’apport du FMI.
Un besoin de 120 milliards d’euros sur trois ans se traduirait par une contribution allemande d’au moins 25 milliards d’euros, a indiqué Thomas Oppermann, député social-démocrate qui a participé aux discussions à Berlin. »

http://www.ladepeche.fr/article/2010/04/28/825382-FMI-et-...

Je parie donc une choucroute que l’Allemagne ne prêtera pas 8,4 milliards d’euros à la Grèce cette année, ni même 25,2 milliards d’euros à la Grèce en 3 ans, ni même XXX milliards d’euros au Portugal, ni même XXX milliards d’euros à l’Espagne, ni même XXX milliards d’euros à l’Italie, etc, etc, etc.

L’Allemagne ne prêtera pas un seul euro car elle sait très bien qu’elle ne serait jamais remboursée par tous ces pays hyper-endettés.

Un article à lire absolument, mis en ligne par Lupus ci-dessous :

http://www.lesechos.fr/info/inter/afp_00247948-la-grece-n...

La crise de la dette et la solidarité envers les banquiers, Une thérapie de choc pour rien

Les tutelles américaines fonctionnent selon les mêmes principes

Mais si l'on est réellement curieux et que l'on souhaite savoir comment se déroulent les tutelles non intergouvernementales, il n'y a qu'à regarder comment les choses se passent outre-Atlantique. Le cas le plus récent de faillite municipale aux États-Unis est celui de Détroit. Il a été largement médiatisé en raison du passé de la localité. Il est donc intéressant de voir quelles ont été les mesures appliquées dans cette ville par le gouvernement du Michigan. Sans surprise, les pouvoirs de l'administrateur financier nommés par l'État sont surréalistes. Celui-ci est capable d'aliéner des biens municipaux, de modifier les salaires et les pensions de retraite des agents publics ou encore de modifier les conventions collectives avec les syndicats. Rien de très différent de ce que fait la Troïka finalement, à la différence près que son pouvoir sur la Grèce est un pouvoir de fait et non de droit.

Mais si les bureaucraties européennes ne font rien d'autre que ce qui est fait aux États-Unis, on peut se poser la question de la robustesse du système européen. Après tout, contrairement au système américain, il ne cesse de faire l'objet de remise en question. Mais tout cela ne suffit pas à dire que le fédéralisme financier américain est plus robuste que l'inter-gouvernementalisme financier européen. Le premier est tout aussi pourri et malsain que le second. De la même manière, on pourrait aisément comparer l'autorité intergouvernementale vis-à-vis de la Grèce à l'autorité que l'État français exerce sur ses collectivités territoriales en faillite dont l'autonomie budgétaire et fiscale équivaut à celle d'un enfant en bas-âge (n'allez-donc pas voter aux prochaines élections régionales, cela ne sert strictement à rien).

 

Simplement, ces institutions (autorités américaines et françaises) bénéficient toutes de l'idéologie nationaliste pour légitimer leur domination sur leurs populations respectives, et ce, peu importe les dégâts qu'elles leur infligent. Les institutions internationales, elles, ont une légitimité moins irrationnelle, plus utilitariste. Donc forcément, lorsqu'elles échouent, on pardonne moins. Et ce n'est pas plus mal. Mais il faut encore une fois garder à l'esprit qu'elles n'ont aucune autonomie par rapport aux gouvernements nationaux qui, eux, étrangement, ne voient pas leur existence remise en question quand ces institutions demeurent les principales causes des déboires des populations.

La crise de la dette et la solidarité envers les banquiers

Le problème de la gestion de la crise de la dette ne réside donc pas dans son caractère inter-gouvernemental ou supranational. Le premier problème tient à ce que cette crise n'est d'une part qu'une escroquerie établie de toute pièce par les corporations politiques et financières. La seconde considération tient à ce que les instances politiques n'ont jamais voulu véritablement la résoudre. Toutes les actions gouvernementales n'ont servi qu'un seul but : la déresponsabilisation de l'industrie financière au détriment des populations. Il n'est pas compliqué de voir que les seuls gagnants quelque soit le scénario financier sont ici les banques et les politiciens tandis que les perdants seront les citoyens.

Tout d'abord, il faut remarquer que les banquiers et les politiciens sont les grands bénéficiaires du système monétaire et financier actuel et de la crise de la dette. Le système des réserves fractionnaires couplé au monopole de la création monétaire permet de facto aux banquiers de créer de l'argent ex-nihilo et de percevoir des intérêts, autrement dit se rémunérer sur du faux-monnayage. Les banques se font de l'argent facile sans être financièrement responsables puisqu'elles bénéficient du soutien des États en cas de problème et les politiciens peuvent continuer à entretenir leurs clientélismes tout en appauvrissant discrètement la population par la création monétaire et par une fiscalité toujours plus lourde pour rembourser les "emprunts" contractés auprès des banques.

Ensuite les banques ont réussi une fois de plus avec l'aide des États à socialiser de force les risques qu'elles ont pris. En effet l'écrasante majorité des transferts budgétaires opérés par les gouvernements européens au profit de l'État grec ont servi à rembourser les banques, ce qui n'est qu'un moyen de déplacer le risque financier des établissements bancaires vers le contribuable. Le rôle du fond monétaire international et du mécanisme européen de stabilité a donc in fine constitué un outil de solidarité au profit de banquiers une fois de plus déresponsabilisés par le recours aux contribuables sans que ces derniers aient leur mot à dire. Un cas classique de capitalisme de connivence en somme.

Vient dans un troisième temps la Banque centrale européenne qui se met à intervenir sur les marchés via des programmes de quantitative easing pour racheter des obligations d'État aux banques exposées à des créances douteuses tout en alimentant délibérément une bulle. Bien évidemment, le fait que ces opérations ont commencé lorsque la perspective d'un défaut de paiement est devenue plus plausible n'est qu'une pure coïncidence ! Notons enfin que le mécanisme européen de stabilité avait à la base justement été proposé par la Banque centrale européenne elle-même pour permettre aux gouvernements d'intervenir sur les marchés via la politique budgétaire et non par la création monétaire. Peut-être ce changement d'avis est-il survenu en raison du fait que la politique budgétaire reste pour les États beaucoup trop transparente et contraignante que la création monétaire.

Une thérapie de choc pour rien

Avec toutes ces mesures prises, on est en droit de se demander si les gouvernements européens ont permis à l'État grec de combattre le capitalisme de connivence qui lui était jusque là consubstantiel. Mais lorsqu'on regarde l'état de la politique de privatisation qui a été menée par ceux-ci et que parmi ses bénéficiaires se trouve la nomenklatura économique que l'on connait parfaitement (EDF, SNCF, Vinci, Crédit agricole, BNP Paribas & Cie) il y a lieu de penser que nos politiciens se sont surtout contentés de donner une petite part du gâteau aux copains, comme cela se fait toujours.

On ne peut donc que constater que l'ouverture à la concurrence de l'économie grecque et l'abolition des clientélismes n'étaient pas les principaux objectifs des créanciers. Rien de plus normal. Après tout les États n'ont aucune raison d'appliquer chez leurs voisins ce qu'ils n'appliquent pas chez eux. Autrement dit, ce n'est pas la France, avec ses multiples professions réglementées, ses industries monopolistiques, ses ordres professionnels hérités de la période de Vichy et son administration pléthorique qui va donner à l'État grec de bonnes leçons de gestion. Elle n'a aucun intérêt à le faire. Mais le fait que les États européens, eux-mêmes mal en point, se permettent de conseiller leurs homologues n'est pas le seul comportement culotté.

Le plus hilarant tient à ce qu'ils sont convaincus d'avoir identifié le principal souci de la bureaucratie hellénique : le défaut de fiscalité. C'est effectivement une idée à la mode. Christine Lagarde l'avait elle-même suggérée très tôt. Ainsi les élites gouvernementales considèrent-elles que le problème d'un État n'est jamais ses corporatismes, mais son incapacité à les financer correctement. C'est pourquoi les gouvernements ont généreusement aidé l'État grec à reconstituer un système fiscal digne de ce nom pour opérer une augmentation des prélèvements obligatoires sur une population suffisamment pauvre pour en réclamer.

Et comme tout cela ne suffit pas, l'État grec, pourtant en faillite, ferme en un claquement de doigt toutes les banques et coupe le robinet financier sauf pour certaines catégories de population qu'il cible avec une acuité déconcertante. Sans doute ces mesures ont-elles été prises pour rejouer le scénario chypriote, qui rappelons-le, était en totale contradiction avec les règles européennes supposées protéger les épargnants. Dans la terminologie moderne, on appelle ça un braquage. Ni plus ni moins.

De quoi se dire que si dictature de la finance il y a, son chef n'est pas toujours celui que l'on croit. On oublie en effet trop souvent que les États ont toujours le dernier mot sur les banques tant que celles-ci utilisent les circuits monétaires façonnés par la bureaucratie. D'où, au passage, la volonté de plusieurs gouvernements de limiter la circulation de l'argent en espèce. La perspective d'un système monétaire monopolistique totalement électronique donnerait en effet au pouvoir politique des dimensions inconnues.

Assainir le système financier européen, c'est le dépolitiser

Cette crise financière aux multiples facettes ainsi que les tensions diplomatiques qui en découlent nous rappellent que les mauvais comptes ne font pas de bons amis et que les États sont les pires gardiens de la paix civile, économique et sociale. Au contraire, il n'est pas compliqué d'imaginer à quoi ressemblerait un système financier sain, c'est-à-dire dépolitisé.

Dans un système idéal, tous les prêteurs en dernier ressort bureaucratiques seraient abolis. Exit le fonds monétaire international, les banques centrales monopolistiques - et les emprunts inter-gouvernementaux qui ne sont que des outils qui permettent aux gouvernements de se soustraire au contrôle des contribuables. Les États ne disposeraient que de deux techniques pour palier à leurs déficits budgétaires. La première serait l'emprunt auprès d'une industrie financière concurrentielle qui ne bénéficierait plus du monopole de la création monétaire et de la garantie d'État. La seconde serait le crowdfunding pour solliciter des particuliers, lesquels pourront choisir de prêter ou de donner afin de financer les services publics.

C'est là une exigence primordiale d'égalité juridique. Il n'y a en effet aucune raison pour que la bureaucratie ait recours aux privilèges pour se financer contrairement aux obligations de n'importe quelle association à but non lucratif digne de ce nom. Dans ce système, parce que ses ressources dépendraient uniquement de la confiance accordée par la société et non plus de privilèges financiers, la bureaucratie serait beaucoup plus responsable quant à la gestion des deniers publics et au rapport qualité/prix des biens produits et des services rendus. Cela tombe bien puisqu'une grande opération de crowdfunding a vu le jour afin de permettre aux volontaires de renflouer l'État grec pour rembourser le FMI, une institution qui tire ses ressources de contribuables internationaux. L'expérience est à la fois intéressante et stupide.

Intéressante dans la mesure où elle permet à la société de se rendre compte que les renflouements publics et la fiscalité ne sont pas les formes les plus saines de transferts d'argent et qu'il n'y a rien que la société civile ne puisse pas faire au moins aussi bien que les gouvernements. Intéressante également puisque la difficulté à atteindre la somme nécessaire pour éponger la dette de l'État grec peut aider à inculquer une certaine culture de la responsabilité financière et remettre en question le système actuel de création et de circulation du crédit qui, encore une fois, n'est qu'un jeu de faux-monnayeurs. Mais c'est également un projet stupide puisque si l'on voulait vraiment faire preuve de solidarité envers les populations en Grèce, nous financerions des projets civils, associatifs et entrepreneuriaux pouvant réellement améliorer le sort des citoyens plutôt que de donner une seconde chance à l'État qui les a acculés.

 
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