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25/06/2017

EN IMAGES. Le prince William fête ses 35 ans, William semble plus que jamais prêt à endosser son rôle de futur monarque. 35 ans, l'âge, semble-t-il, de la maturité...

Le prince William fête ce 21 juin ses 35 ans. Le fils du prince et de la princesse de Galles a grandi devant les caméras du monde entier, attendri les jeunes mamans lorsqu'il était enfant et longtemps fait battre le cœur des jeunes filles... Retour en images sur un destin royal. 594aade2cd70e30bb27585f4.jpeg594ab363cd70530690bdd0fa.jpeg594aac91cd70530690bdab6a.jpeg

Son Altesse Royale la princesse de Galles a été délivrée d’un fils à 21h03 aujourd’hui". Le 21 juin 1982, le Royaume-Uni célébrait à l’unisson la naissance de William, le premier enfant de Diana et du prince Charles. "Il est beaucoup plus beau que moi", annonçait non sans humour l'héritier du trône en quittant la maternité de l’hôpital St Mary's, à Londres. Le lendemain, le prince et la princesse de Galles, rayonnante malgré la fatigue, regagnaient le palais de Kensington avec le nouveau-né soigneusement emmitouflé dans un châle en laine blanche. Jamais Diana n’avait paru aussi douce, aussi attendrie, Charles aussi attentionné.

31 ans plus tard, l’image est -presque- la même. William tient dans ses bras son fils, âgé seulement de quelques heures. La même clameur s’échappe de la foule. Le même trait d’humour: "Mon fils ressemble heureusement à sa mère", dit-il. George, né le 22 juillet 2013, aura été tout aussi désiré et attendu que son père. Car tous les deux sont nés pour régner…

C'est pourtant sur l'île d'Anglesey, au pays de Galles, puis à Anmer Hall, dans la campagne du Norfolk, loin de la cour, que William et son épouse, Kate, ont décidé de passer les premières années de leur mariage. Depuis la naissance de sa fille cadette, en mai 2015, le duc de Cambridge se sent libre de mener enfin l'existence qui lui ressemble, d'offrir à George et à Charlotte la quiétude et la stabilité qui lui ont tant manqué lorsqu'il était enfant. 

Épanoui dans son métier de pilote d'hélicoptère pour l'East Anglian Air Ambulance, le petit-fils d'Élisabeth II savoure pleinement les bonheurs sans tapage de sa nouvelle vie, qui prendra un nouveau tournant cet été: William et Catherine ont en effet annoncé leur décision de revenir s’établir à Londres de manière permanente avec leurs deux enfants.

À  l'heure où il s'apprête à se consacrer à plein temps à ses engagements officiels pour mieux seconder la reine Élisabeth et le prince de Galles, William semble plus que jamais prêt à endosser son rôle de futur monarque. 35 ans, l'âge, semble-t-il, de la maturité...

Par Lola Léger et Caroline Lazard

21/06/2017

Limites de l’État-nation, Le renseignement, Les législations d’exception, La doctrine des combattants illégaux, L’arme du droit pénal, L’équilibre entre liberté et sécurité, Le terrorisme djihadiste en perspective, Le droit sans exception...

francewebeglobal-avec-vous3.jpg Le droit sans exception

Comment faire peur à ceux qui ne craignent pas la mort ? Souvent adoptées dans l’urgence, les mesures gouvernementales sont dans l’ensemble inefficaces contre le terrorisme. Pour François Saint-Bonnet, l’État de droit doit bien plutôt réorganiser ses pouvoirs, et réaffirmer la séparation entre le civil et le militaire.

Recensé : François Saint-Bonnet, À l’épreuve du terrorisme. Les pouvoirs de l’État, Paris, Gallimard, 2017, 176 p., 18 €.

Cet ouvrage inscrit les réponses contemporaines face au terrorisme djihadiste dans l’histoire longue de la pensée politique. Le livre, et c’est là son originalité, combine enquête généalogique sur les logiques de guerre sainte et réflexion juridique sur l’organisation des pouvoirs de l’État face au terrorisme. L’intuition de l’auteur est que la prétendue nouveauté du terrorisme djihadiste nous empêche d’identifier les traits constitutifs de l’État moderne, qui ont pourtant permis à l’Europe de sortir des guerres de religion, notamment grâce aux transformations de l’État à partir des Lumières. Ces transformations seraient désormais devenues des obstacles dans la lutte contre le terrorisme, ce qui justifierait un retour aux formes originaires de la raison d’État. Le problème est clairement énoncé :

Que peut l’État de droit contre ceux qui ne respectent aucun droit ? Comment combattre, légalement, le terrorisme qui balaie toute forme de légalité ? Sommé de n’abandonner ni le respect des droits fondamentaux ni l’impératif de sécurité des citoyens, nos dirigeants doivent pourtant faire des choix. (p. 10)

Le terrorisme djihadiste en perspective

L’auteur se confronte d’emblée à la question difficile du « ressort de ce type de terrorisme où la religion, la quête d’éternité, la volonté inébranlable de tuer et de mourir se nouent intimement » (p. 13). Les premières interrogations, d’ordre moral et philosophique, dressent un parallèle assez audacieux : les attentats djihadistes sont-ils des actes de courage ? Qu’est-ce qui distingue les djihadistes des héros antiques qui préféraient une vie glorieuse et courte à une existence longue et anonyme ? Tous recherchent bien une « forme d’éternité » (p. 22) et on pourrait même comparer les eulogies qui visent à glorifier les soldats morts au combat, « qu’elles soient prononcées aux Invalides ou dans un camp d’entraînement au Moyen-Orient » (p. 25). Les premiers chapitres de l’ouvrage poursuivent dans cette veine en cherchant à établir des parallèles entre la situation actuelle et des périodes plus reculées de l’histoire européenne. Le risque assumé d’anachronisme est cependant évité, au prix d’une pensée qui évolue sur un véritable chemin de crête. Si l’attentat suicide a bien des traits communs avec l’idéologie antique de la belle mort, conclut ainsi l’auteur, il s’en distingue sur un point fondamental : l’action héroïque d’Achille s’exerce dans le combat singulier, à armes égales, là où les djihadistes contemporains s’en prennent à des personnes désarmées (p. 28). Dans les chapitres suivants, il montre que l’idéal païen de la « belle mort » a été repris à l’époque médiévale, que ce soit sous la forme du « souffle apocalyptique » des croisades, relayé par la promesse du djihad musulman, ou du « climat apocalyptique » des guerres de Religion. En ce sens,

les djihadistes, dont l’idéologie nous semble si insensée que d’aucuns les considèrent comme fous ou illuminés, réactivent une façon de considérer la mort que l’Occident a connue en son temps. (p. 54)

Cette thèse audacieuse, qui forme le nerf argumentatif de l’ouvrage, implique en creux que nous disposons dans notre histoire lointaine des outils de pensée pour sortir des impasses dans lesquelles veulent nous conduire les terroristes djihadistes en réactivant cet imaginaire commun de la guerre sainte. Pour échapper à ce piège dangereux, il faut donc connaître les outils conceptuel et institutionnels dont se sont dotés les États modernes en réaction aux guerres de religion.

Les frontières rassurantes de l’État

Le premier outil qui fut mis en œuvre pour conjurer la tentation de « mourir pour l’Au-delà » a été de redéfinir le concept de frontières en leur ôtant la dimension religieuse qui les caractérisaient dans la pensée médiévale. Les frontières désignèrent alors une entité matérielle : les territoires séparant les États souverains. Ce concept de frontière permit de distinguer clairement le criminel de l’ennemi, à partir de leur appartenance territoriale, une classification ignorée des croisés du Moyen Âge comme des « dévots des guerres de Religion » ou des djihadistes d’aujourd’hui (p. 56). F. Saint-Bonnet, montre ce que nous avons à perdre, à l’âge de la mondialisation, à abandonner totalement ce concept de frontières pour comprendre a contrario « l’univers mental et spirituel de ceux qui prêchent la guerre sainte » (p. 57). L’horizon du califat dessiné par les djihadistes contemporains est en effet sans frontières, car « il doit rayonner sur une communauté universelle de croyants » (p. 66).

Pour renforcer le côté protecteur de ces frontières terrestres, la peur de mourir devient avec Hobbes le motif central de la fabrique d’un État capable de prémunir ses sujets contre la mort violente en les protégeant à l’intérieur de limites territoriales soigneusement circonscrites. Là encore, nous dit F. Saint-Bonnet, les djihadistes contemporains s’opposent radicalement à l’État moderne en préférant la mort violente à une vie sûre. En résumé, la gestion des frontières et des pouvoirs qui y avaient autorité devint un enjeu fondamental pour l’existence même de l’État. Ce faisant, l’État moderne a opéré une profonde mutation du concept de sécurité, de la tranquillité de l’âme vers « l’intégrité des corps » (p. 83). Cette réduction de l’imaginaire de la sécurité à l’horizon de la mort violente expliquerait donc l’incompréhension contemporaine face aux djihadistes qui préfèrent la mort à la vie et s’élèvent donc, d’un point de vue hobbesien, « au rang de déréglé, d’insensé, de dément » (p. 89).

L’équilibre entre liberté et sécurité

Il faut cependant souligner le coût de cette mutation : « l’absolutisme du prince et l’obéissance inconditionnelle des sujets aux autorités de l’État » (p. 87). L’individu, pierre angulaire des justifications de l’État moderne, devient dès lors l’enjeu des controverses autour de l’organisation des pouvoirs de l’État, notamment dans les écrits des philosophes des Lumières qui vont poser les fondements d’un modèle politique faisant davantage de place à la liberté et aux droits naturels. La notion de « sécurité juridique » vient donc compléter et parachever l’œuvre séculaire de l’État moderne en réintroduisant l’idéal antique de la tranquillité des esprits au cœur des institutions politiques. La figure du juge fut centrale dans ce rééquilibrage des pouvoirs de l’État en faveur des libertés individuelles : il garantit le « sentiment » de paix et de liberté face aux abus des « lettres de cachet » et aux usages arbitraires du pouvoir exécutif (p. 94). Cet équilibre entre sécurité et liberté permet donc de combiner dans l’État moderne la protection face à la mort violente (Hobbes) et la garantie des droits de l’homme (Montesquieu). Ce modèle s’oppose radicalement à celui prôné par les djihadistes, comme par les croisés : « l’un tient la mort à distance ; l’autre la défie » (p. 95).

La dernière partie du livre procède à un bilan critique des mesures prises récemment pour lutter contre le terrorisme djihadiste en montrant les impasses dans lesquelles elles nous ont conduit. Il entend montrer que ces mesures tendent à accélérer la décomposition des pouvoirs de l’État en les déséquilibrant radicalement.

L’arme du droit pénal

La première voie empruntée par les gouvernements consiste à modifier le droit pénal pour l’adapter à la menace terroriste – il s’agit de la voie française héritée de la Révolution (p. 104-110). Depuis la loi Pasqua (1986), la législation française tend à opérer une confusion en élevant la motivation au rang d’élément constitutif de l’infraction. Cette confusion est particulièrement sensible dans l’arsenal législatif mis en place depuis quelques années, notamment dans la loi du 13 novembre 2014 qui accentue cette fuite en avant en qualifiant d’ « acte terroriste » le simple fait de préparer une opération sans qu’un début d’exécution puisse être attesté. Le délit d’apologie du terrorisme ou l’incrimination de la consultation régulière de sites Internet djihadistes relèvent également de ce « relâchement du gouvernement et des parlementaires à l’égard des principes séculaires qui soutiennent la liberté d’expression ». Cette « résignation » pourrait bien nous rapprocher « du temps où l’on pensait qu’il fallait combattre les hérésies par l’Inquisition et les vaincre en dressant des bûchers » (p. 129). Sans même parler de la déchéance de nationalité, une mesure « dérisoire » face à ceux qui ont déjà quitté le contrat social et dont l’insignifiance trahit « un aveu de faiblesse » (p. 132).
Après ce constat implacable, F. Saint-Bonnet noue en quelques pages le raisonnement qu’il tisse depuis les premiers chapitres : l’Europe est sortie de la logique des guerres de religion en faisant de l’État le garant de principes fondamentaux comme la liberté d’expression ou la sécurité juridique. F. Saint-Bonnet ne nous dit pas pour autant qu’il est inopportun de prévenir les meurtres de masse en cherchant à « pénétrer les intentions et, fatalement, pratiquer la suspicion ». Il dit simplement que le droit pénal n’est pas le bon outil pour ce faire (p. 131). L’usage du droit pénal pour lutter contre le terrorisme s’avère donc non seulement dangereux pour nos libertés fondamentales, mais en plus foncièrement inefficace.

La doctrine des combattants illégaux

La deuxième voie empruntée par les États consiste à élargir le statut d’ennemi pour y inclure la catégorie de combattant terroriste sans y associer les droits garantis aux combattants armés. Il s’agit en un mot d’en faire un ennemi qui ne respecte pas la tradition du « juste ennemi » qui impose aux États de conduire la guerre avec loyauté, comme le rappelle les conventions de La Haye (1889 et 1907) et de Genève (1949). Les États-Unis ont été les plus loin dans cette voie en créant la catégorie des « combattants illégaux » (unlawful combatants) à la suite de l’attentat du 11 septembre 2001. Or,

conçus par les néoconservateurs en 2001, ces raisonnements, comme les pratiques qui s’ensuivirent, méconnaissent une règle essentielle : le droit international humanitaire oblige les États, même si leur adversaire ne le respecte pas. (p. 134)

Autrement dit, ce type de réponse constitue une grave violation des principes constitutifs du droit de la guerre.

Les législations d’exception

La troisième voie empruntée par les gouvernements « en lutte contre le terrorisme » a été celle des législations d’exception. Ce fut notamment le cas en France, qui eut recours à l’état d’urgence après les attaques du 23 novembre 2015, au risque de commettre les mêmes distorsions que les gouvernements du XIXe siècle avaient fait subir à la loi sur l’état de siège de 1791. La loi de 1995 avait en effet été mise en place pour combattre le FLN dont les groupes armés cherchaient à prendre le contrôle de territoires spécifiques pour obtenir l’indépendance de l’Algérie. Le terrorisme djihadiste n’ayant pas de frontières précises, que ce soit dans le temps et dans l’espace, une application circonstanciée et proportionnée de la loi de 1955 est impossible.

Or, les législations d’exception, comme l’état de siège ou l’article 16 de la Constitution, ne sont envisageables que dans la mesure où elles peuvent faire l’objet d’un contrôle de proportionnalité – a priori avec un avis du parlement ou des juridictions suprêmes, ou a posteriori grâce au contrôle des juges comme le prévoit par exemple la suspension de l’Habeas Corpus dans la tradition anglo-américaine. En l’absence de tels garde-fous, l’application de l’état d’urgence depuis 2015 a été inopportun et a entraîné de nombreux abus aggravés par l’inefficacité du dispositif (p. 138). 15 ans après la parution de sa thèse de doctorat L’État d’exception (PUF, 2001), F. Saint-Bonnet renouvelle son constat : les législations d’exception ne peuvent pas faire l’objet d’un contrôle judiciaire a posteriori et présentent donc de nombreux inconvénients qui rendent décisif le contrôle a priori de leur mise en œuvre, que ce soit par un juge, un parlement ou tout autre pouvoir concourant à préserver la paix publique.

Le renseignement

Enfin, dans le sillage de la raison d’État, les gouvernement ont eu massivement recours, depuis 2001 et le développement exponentiel d’Internet, aux outils du renseignement. Ces pratiques d’espionnage, dont les pouvoirs ont été décuplés par l’arrivée des nouvelles technologies, fragilisent l’un des principes constitutifs des démocraties modernes : le droit au respect de la vie privée. L’intimité et la conscience individuelle ont été au cœur de la fondation des États modernes qui devaient en assurer la « sanctuarisation » en offrant des frontières stables et une certaine sécurité matérielle. L’intrusion dans la sphère privée est donc « une négation pure et simple d’un des fondements sur lesquels reposent la modernité politique et, aujourd’hui, l’État de droit » (p. 142). Ces activités de l’ombre ont fait l’objet d’une première loi en 1991, portant sur les écoutes et les réquisitions administratives de données de connexion. Cette loi a été révisée et étendue à l’ensemble des activités de renseignement en 2015. Ces lois ont donc participé des programmes d’espionnage à grande échelle de citoyens français ou d’étrangers, semblables à ceux dont Edward Snowden a révélé l’ampleur en 2013. Malgré ses défauts, souligne l’auteur, le renseignement reste un moyen efficace de lutter contre le terrorisme – en comparaison des dispositifs mentionnés précédemment – et ce bien qu’il contribue lui aussi à saper les fondements de l’État de droit.

Limites de l’État-nation

Ce livre est une contribution majeure à l’étude de la lutte contre le terrorisme et vient compléter des analyses qui n’avaient jamais mis en rapport aussi systématiquement les évolutions culturelles de l’idée antique de « belle mort », la généalogie du concept de sécurité et la comparaison juridique des dispositifs de lutte anti-terroriste. Il offre une clarification intellectuelle rigoureuse et stimulante pour comprendre les enjeux contemporains de la lutte contre le terrorisme. Contre la tentation du déni, de l’indifférence ou de la surenchère, F. Saint-Bonnet nous donne les moyens de peser les avantages et les inconvénients des mesures gouvernementales adoptées trop souvent dans l’urgence et la précipitation. Il nous met en garde contre ce réflexe très français consistant à utiliser le droit pénal pour lutter contre le terrorisme, une habitude insidieuse qui met en péril le socle des libertés fondamentales d’un État de droit.

Il propose d’en revenir à ce qui a permis historiquement de sortir des guerres de religion : une organisation des pouvoirs de l’État qui distingue clairement les limites respectives des autorités civiles et militaires, ainsi que les lieux et les conditions dans lesquels elles doivent concourir à assurer la paix publique. De plus, pour garantir l’utilité stratégique du renseignement – l’outil le plus efficace pour prévenir les attaques terroristes – une éthique de prudence doit être combinée à une exigence de responsabilité afin d’éviter le piège tendu par le terrorisme djihadistes : la confusion juridique et l’effacement de la pensée.

Si François Saint-Bonnet nous offre donc des outils efficaces, son livre rencontre néanmoins une limite de taille : l’État-nation. En effet, à trop vouloir s’en tenir aux solutions qui ont permis d’assurer l’équilibre entre sécurité et liberté au XVIIIe siècle – dans le sillage de Montesquieu – nous courons le risque de ne pas comprendre les limites conceptuelles propres à la forme même des États-nations. Peut-être y aurait-il intérêt à prolonger le diagnostic de ce livre par une réflexion sur les outils qui permettraient de dépasser les impasses que rencontre tout État de droit circonscrit aux frontières de l’État-nation. Ce serait certainement l’occasion de réfléchir au rôle croissant des cours régionales ou internationales de justice – comme la Cour européenne des droits de l’homme. Ce serait peut-être aussi l’occasion de se demander – à l’heure du grand retour de la Garde nationale – quel rôle peuvent jouer les citoyens au sein de la force publique, ou encore quelle forme prend la lutte contre le terrorisme dans un État fédéral comme la Suisse ou l’Allemagne – où les pouvoirs locaux assurent une part importante de la sécurité publique. Enfin, ce serait peut-être l’occasion d’enrichir d’une dimension comparative, européenne et transnationale ce tableau historique de l’organisation des pouvoirs de l’État face au terrorisme, afin d’embrasser toutes les forces et les faiblesses des frontières de l’État face à ceux qui se prétendent sans frontières.

Pour citer cet article :

Félix Blanc, « Le droit sans exception », La Vie des idées , 14 juin 2017. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Le-droit-sans-exception.html

Nota bene :

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20/06/2017

La crise humanitaire déclenchée par la sécheresse en Somalie a encore une fois attiré l’attention sur le lien étroit qui existe entre les phénomènes météorologiques extrêmes et la sécurité alimentaire.

SRU-International Researech.gifLe point sur le changement climatique, la sécurité alimentaire et l’adaptation

La crise humanitaire déclenchée par la sécheresse en Somalie a encore une fois attiré l’attention sur le lien étroit qui existe entre les phénomènes météorologiques extrêmes et la sécurité alimentaire. Mais quels sont ces liens exactement ? Et que peuvent faire les agriculteurs des pays en développement pour atténuer les effets négatifs du changement climatique ? Cette série de questions-réponses donne un aperçu général des principaux enjeux, en faisant la part belle aux petits paysans africains.

Qu’est-ce que la sécurité alimentaire ?

On pourrait croire que cette expression n’est qu’un terme spécialisé utilisé dans le jargon humanitaire pour désigner le fait d’avoir assez à manger et de savoir comment se procurer son prochain repas. Mais la sécurité alimentaire est un concept complexe qui a beaucoup évolué avec le temps. Selon la définition actuelle du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies, les populations sont dites en situation de sécurité alimentaire lorsqu’elles « ont, à tout moment, un accès à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de mener une vie saine et active ». Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’être en sécurité maintenant, mais dans un avenir proche ; et il ne s’agit pas non plus seulement de pouvoir se nourrir, mais de pouvoir le faire correctement et de pouvoir préparer ses repas sans risques. Le terme « accès » est fondamental dans cette définition : même lorsque les marchés ou les granges regorgent de denrées, la population peut être en situation d’insécurité alimentaire si elle n’a pas les moyens d’acheter ces produits ou n’a rien à troquer en échange. Il arrive même que des famines surviennent alors que la nourriture ne manque pas, mais qu’elle est tout simplement inabordable.

En 2004, un système a été mis en place pour aider les organisations humanitaires à réagir efficacement à une crise alimentaire en Somalie en définissant et en analysant avec précision l’insécurité alimentaire locale à l’aide d’une grille classant cette insécurité alimentaire en cinq phases : absente/minimale, sous pression, crise, urgence et catastrophe humanitaire/famine. Ce cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire, qui repose sur des observations factuelles, a été mis au point par un ensemble d’agences des Nations Unies et d’organisations non gouvernementales. Il a été complètement remis à jour en 2017 et est aujourd’hui utilisé dans 25 pays du monde.

Quelle est l’incidence du changement climatique sur la sécurité alimentaire ?

Le changement climatique a comme principale conséquence d’augmenter la fréquence et la gravité des phénomènes météorologiques extrêmes tels que les inondations, les sécheresses, les canicules et les variations dans les régimes de précipitation. La hausse du niveau de la mer due au changement climatique entraîne l’érosion des côtes et la perte de terres arables. Quant à l’augmentation des températures, elle favorise la prolifération des mauvaises herbes et des nuisibles et menace la viabilité des zones de pêche.

Tout cela a un impact sur la production agricole, dont dépend la sécurité alimentaire de la plupart des habitants des pays en développement. En effet, ceux-ci pratiquent presque tous une agriculture pluviale, et lorsque les précipitations sont insuffisantes ou surviennent au mauvais moment, ou lorsque de grosses tempêtes éclatent, des récoltes entières peuvent être anéanties, des infrastructures essentielles peuvent être endommagées ou détruites et des ressources communautaires peuvent être perdues. Le changement climatique est donc considéré comme la plus grande menace qui pèse sur les petits paysans, dont on estime le nombre à 500 millions dans le monde.

D’après le PAM, « [l]'évolution des conditions climatiques a déjà une incidence sur la production de certaines denrées de base et le changement climatique à venir menace d’exacerber ce problème. La hausse des températures aura un impact sur les cultures et la modification du régime des précipitations pourrait affecter la qualité et la quantité de la production agricole. »

Ce sont les populations les plus pauvres qui souffrent le plus de la hausse du prix des céréales et du recul des rendements, car ce sont elles qui consacrent la plus grande partie de leurs revenus à l’alimentation. À long terme, le changement climatique pourrait « créer un cercle vicieux de maladie et de faim », avertit le PAM.

À l’horizon 2050, la malnutrition infantile devrait être de 20 pour cent supérieure à ce que l’on observerait en l’absence de changement climatique.

La population devrait alors atteindre les neuf millions. Les mangeurs de viande et de produits laitiers seront probablement plus nombreux et davantage de terres seront consacrées à la culture d’agrocarburants. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime donc que pour satisfaire la demande en 2050, la production mondiale de nourriture devra augmenter de 70 pour cent par rapport à 2005.

Ce rapport (en anglais) de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires analyse avec force détails les effets du changement climatique sur l’agriculture, en mettant l’accent sur les pays en développement.

Pourquoi l’agriculture en Afrique est-elle particulièrement vulnérable ?

En Afrique subsaharienne, les petits paysans génèrent 80 pour cent de la production agricole. La plupart des terres n’étant pas irriguées et les sources d’eau fiables devenant de plus en plus rares, les cultures dépendent généralement des précipitations, que le changement climatique rend de moins en moins régulières et prévisibles.

Sur le continent africain, les activités agricoles ont souvent lieu dans zones marginales telles que les plaines inondables, les déserts et les flancs de coteaux, où les perturbations météorologiques plus fréquentes que jamais détériorent gravement les sols et les cultures. Le climat a toujours connu des variations, mais le rythme et l’intensité actuels de ces changements rendent les méthodes traditionnelles d’adaptation insuffisantes.

Les millions d’éleveurs de bétail des régions d’Afrique les plus arides sont particulièrement vulnérables aux phénomènes météorologiques extrêmes, comme le démontre la sécheresse qui touche actuellement la Somalie et le Kenya. 

Ethiopia drought
©UNICEF Ethiopia/2017/Nahom Tesfaye

Lorsque de tels évènements se produisent et que les cultures sont détruites ou que le bétail meurt, les paysans, souvent victimes de pauvreté endémique, ont rarement assez d’économies et de réserves pour en amortir le contrecoup.

Peu de paysans africains sont propriétaires des terres qu’ils cultivent et il leur est donc difficile d’obtenir des crédits pour les intrants tels que les engrais et les pesticides ou pour des équipements. Ils ont aussi rarement la capacité de stocker leur production et la médiocrité des infrastructures limite souvent leur accès aux marchés. Les techniques modernes d’accroissement du rendement et les assurances sont souvent hors de portée des petits paysans. Même ceux qui en ont les moyens hésitent à investir dans des terres dont ils ne possèdent pas le titre de propriété.

Selon le quatrième rapport d’évaluation de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, « l’Afrique est probablement le continent le plus vulnérable au changement climatique. Le continent risque notamment d’être confronté à une baisse de la sécurité alimentaire et de la productivité agricole — surtout en ce qui concerne l’agriculture de subsistance —, à une hausse du stress hydrique et, à cause de ces deux premiers facteurs et d’une exposition potentiellement plus importante aux maladies et autres problèmes sanitaires, à une plus grande vulnérabilité en matière de santé humaine. »

Pour de plus amples informations sur le changement climatique en Afrique, consultez cette fiche d’info d’Africa Check.

Que peuvent faire les paysans africains ?

On désigne par le terme « adaptation » les ajustements réalisés pour atténuer les effets du changement climatique et les risques que celui-ci implique à l’échelle internationale, nationale ou locale. Les petits paysans qui sont confrontés à des bouleversements météorologiques et autres phénomènes liés au changement climatique utilisent déjà différentes méthodes d’adaptation. Ils diversifient par exemple leurs cultures et pratiquent la rotation des parcelles, ils s’investissent dans des activités non agricoles génératrices de revenus, ils adaptent leur calendrier de semis, préservent l’eau et les sols, façonnent des systèmes d’irrigation et des protections contre les inondations, utilisent davantage d’intrants tels que les engrais, sèment des graines améliorées, plantent des arbres ou associent cultures et bétail.

Les agriculteurs ont besoin de l’aide de leurs États respectifs pour faire les bons choix en matière d’adaptation. Cette assistance peut prendre la forme de prévisions météorologiques plus fiables et localisées, de subventions aux intrants, de conseillers agricoles correctement formés, de meilleurs services vétérinaires, de financements dans la recherche agricole et d’améliorations des infrastructures rurales telles que les réseaux routiers.

Cet article universitaire (en anglais) explique, par le biais d’une étude de cas sur l’Éthiopie, comment les agriculteurs s’adaptent au changement climatique. Celui-ci est davantage axé sur l’Ouganda.

Notre propre projet spécial sur le changement climatique et la sécurité alimentaire comprend des reportages de terrain sur des initiatives locales d’adaptation au Kenya, au Nigeria, au Sénégal et au Zimbabwe.

Ce document analyse en détail comment les pays cherchent à favoriser l’adaptation agricole dans le cadre de l’UNFCCC.

Quid des financements ?

Bien que l’agriculture concerne directement les moyens de subsistance de milliards de personnes, elle ne bénéficie que d’une petite fraction des financements de l’action climatique. D’après ce rapport de la banque mondiale, seuls 6 à 8 milliards des 391 milliards de dollars consacrés en 2014 au financement de l’action climatique dans le monde ont été consacrés à l’agriculture, à la foresterie et aux autres types d’utilisation des terres. L’atténuation — c’est-à-dire la réduction des émissions et la transition vers des économies sobres en carbone — bénéficie traditionnellement de trois fois plus de fonds que l’adaptation.

L’importance d’investir dans une agriculture résiliente face aux aléas climatiques gagne cependant en reconnaissance, notamment dans les Objectifs de développement durable et dans l’Accord de Paris de la CCNUCC, adoptés en 2015.

La plupart des pays engagés dans la CCNUCC ont intégré au moins quelques estimations des coûts de l’adaptation agricole à leurs propres plans d’action sur le changement climatique. Les détails de ces contributions prévues déterminées au niveau national peuvent être consultés ici et une analyse plus poussée est disponibleici.

La source de financement de la lutte contre les changements climatiques la plus récente et la plus importante, à savoir le Fonds vert pour le climat, doté d’une enveloppe de 10 milliards de dollars, vise à répartir équitablement ses fonds entre l’atténuation et l’adaptation. Il est encore difficile de déterminer précisément quelles seront les conséquences du retrait du président américain Donald Trump de l’Accord de Paris et du Fond vert pour le climat sur le financement de l’adaptation agricole, mais les experts sont pessimistes.

Il existe à l’échelle mondiale plus de 50 fonds destinés aux projets d’adaptation. Nous avons consacré un article aux plus importants d’entre eux.

À lire également : notre compte-rendu sur le financement de l’action climatique (en anglais).

am/ag-ld

Dossier

Changement climatique et sécurité alimentaire

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