Avertir le modérateur

07/03/2019

Occupez-vous de vous-même d’abord.Prenez du temps pour vos loisirs,Concentrez-vous sur votre but et votre raison d’être. Vous êtes bien plus précieux que ce que vous possédez. Ne l’oubliez pas

citation-stefan-raducanu-1306973.pngOccupez-vous de vous-même d’abord

Regarder la vidéo – Lancer la playlist

Pour pouvoir s’occuper de vos proches, qu’il s’agisse de votre famille, de vos amis ou de vos collaborateurs, commencez donc par vous occuper de vous-même. Quand on ne s’occupe pas de soi, il devient très difficile de s’occuper des autres. Alors, suivez ces quelques préceptes :

– Enrichissez vos relations humaines

– Planifiez votre vie avec rigueur

– Appréciez la vie que vous vivez

– Prenez du temps pour vos loisirs

– Concentrez-vous sur votre but et votre raison d’être

– N’hésitez pas à mettre en œuvre des rituels quotidiens pour mieux vivre.

Vous êtes bien plus précieux que ce que vous possédez. Ne l’oubliez pas.

A découvrir en moins de 4 minutes…

Prenez le temps de vous installer confortablement

pour savourer en plein écran ces images  prises par drone.

A la fin de la séquence vous pourrez  visionner les suivantes

toutes plus belles les unes que les autres.

1agld1r.gifC'est tout simplement ma..gni..fique

Sites_mondiaux_vus_d_1_drone1-131.pps

Dans le monde avec ''MyNewsCenterNavigator''

Je suis pisciacais, français,  citoyen du monde

NEWS CENTER in 3 clicks

Global4.gifmegaphone-clip-art-9cp4KXRcE.jpegRegardez avec moi

Imaginez ce que nous pouvons faire ensemble

FRANCEWEB group

FranceWeb Planète

FranceWebSelection

Créateur des espaces de travail collaboratif , assurant la communication des exposants et partenaires, FranceWeb illustre la volonté du Réseau.

Batisseurs du Web>FranceWeb c'est à Vous !>Communication, Exposants, Partenaires,

Produire de l’intelligence collective au bénéfice de l’économie sociale et de la vie associative et impulser les changement nécessaires par l’évolution de notre société.

S’exprimer, rêver à un monde meilleur n’est pas interdit. Encore faut-il communiquer avec les autres pour que ce rêve ait une chance de convaincre, de devenir un jour réalité.

PoissySmartCity,: il existe à Poissy une volonté pour concrétiser nos projets, grâce à un esprit collectif au service d'une vision de la ville. Et chacun est à sa place. C'est l'expression directe tout simplement. Nous devons assumer cette réalité, cette attente, ce besoin de proximité. 2019 doit être une année où nous retrouvons nos repères , où il nous faut imaginer à nouveau un projet ensemble dans le respect de la diversité démocratique.

Sensibiliser, informer, promouvoir...

un projet collaboratif

Groupe d'intérêts.jpgPour Vous et avec Vous!

Un projet ambitieux, humain, imaginatif, hors normes, réunit 3 pôles est sera tourné vers une approche de bien-être collectif et individuel, grâce à son architecture, à l'intégration de la nature et aux services proposés. Laisser les groupements d'opérateurs faire preuve d'imagination. Même s'il s'agit d'un exercice difficile, nous invitons les groupements à laisser libre cours à leur imagination tout en leur demandant d'intégrer ce modèle de société.

A la rencontre d’initiatives positives au niveau humain, économique, culturel, technologique… 

« Avec cette grande campagne, nous souhaitons donner un coup de projecteur sur les aspects positifs de notre vie quotidienne en donnant vie à l’optimisme et au bonheur, des valeurs auxquelles FranceWeb aspire depuis 17 ans. Nous ne pouvons pas changer le monde mais nous pouvons encourager les lecteurs à croire en de meilleurs lendemains. Là est toute la promesse de cette nouvelle campagne. Cette signature sera récurrente tout au long de l’année 2019 » rappelle Stefan Raducanu, Président  FranceWeb.

IMG_20190216_140633_BURST002.jpgIMG_20190216_140321.jpgIMG_20190216_142425.jpgIMG_20190216_145725.jpgIMG_20190217_140632_BURST002.jpg

IMG_20190217_153938_BURST002.jpgIMG_20190217_161010.jpgIMG_20190217_155914.jpgIMG_20190221_142127.jpgIMG_20190221_141531.jpgIMG_20190227_145622.jpgIMG_20190227_145656.jpgIMG_20190227_170417.jpgIMG_20190128_142809.jpgIMG_20190128_144629.jpgIMG_20190203_141532.jpgIMG_20190203_144331.jpgIMG_20190213_155854.jpgIMG_20190226_172421.jpgIMG_20190224_160703.jpgIMG_20190226_171401.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous sommes là pour que vos envies prennent forme..

LIEU DE RENCONTRES D’INITIATIVES POSITIVES AU NIVEAU HUMAIN

Partagez ce qui vous inspire : Brisez la routine et faites quelque chose de différent aujourd'hui, cela vous fera du bien

Production de valeur, mutualisation, confiance et réciprocité...

StefanV.Raducanu, > La Vie, La Vie!

“Fouille en dedans. C'est en dedans qu'est la source du bien et elle peut jaillir sans cesse si tu fouilles toujours.”

PoissySmartCity,Une façon originale d'aborder l'économie de l'immatériel.

FranceWebAsso,Inventons la ville de demain,

Unique,Bonheur en un clic de souris,

SocSav21,The secret of the success, We are the human Network,

MyNewsCenterNavigator@WorldNewsFranceWeb®, Human Network,

Infos mises en ligne sur FranceWeb,eGlobalNetWork

06/03/2019

Les cartels de l’attention ou ces nouveaux barons qui nous droguent.Internet est devenu comme un distributeur géant de sucre et de mauvais gras destiné à nous faire perdre toute notion de satiété.

Une chronique du pionnier du Web français Bruno Walther.L'Internet était une promesse utopique, il est devenu notre cauchemar contemporain,

Oui, Internet conspire à nous rendre cons, très cons, de plus en plus cons

Et ça fait flipper ! Heureusement... on commence à prendre conscience du problème, et quelques solutions émergent...

Google nous rend-il stupides ?

En 2008, dans un article fameux paru dans The Altantic, Nicholas Carr posait la question. Il avait préféré la forme interrogative. Il n’était pas certain de la réponse. Bien sûr, le journaliste américain, essayiste et geek de la première heure, avait réuni une somme étrangement concordante de soupçons.

« Me plonger dans un livre ou un long article a toujours été facile. Mon esprit était saisi par le récit ou les méandres de l’argumentation, et je passais des heures à flâner dans ces longues proses. C’est rarement le cas désormais. Ma concentration dérive après deux ou trois pages. Je deviens nerveux, perds le fil, commence à chercher autre chose à faire. J’ai l’impression de devoir toujours ramener mon cerveau rebelle au texte. La lecture profonde qui me venait naturellement est devenue une lutte. »

En essayiste scrupuleux, il avait confronté ses intuitions à celles de confrères et de quelques experts. Tous ressentaient les mêmes effets. Maryanne Wolf, professeure de psychologie à l’Université Tufts, confirmait : « Nous ne sommes pas seulement ce que nous lisons. Nous sommes comme nous lisons. » Dans cette ère pré-règne-absolu de Facebook, elle aussi s’inquiétait du style de lecture promu par le Net : « Quand nous lisons en ligne, nous avons tendance à devenir de “simples décodeurs d’informations”. Notre capacité à interpréter le texte, à créer les riches connexions mentales qui se forment lorsque nous lisons profondément et sans distraction, reste largement désengagée. »

L’article avait soulevé l’ire rageuse de tous les ardents précurseurs du Net. Depuis, beaucoup de like ont coulé sur nos news feeds, mais la question de Nicholas n’a pas pris une ride. Au contraire. Force est de le constater. Nicholas avait raison : Internet conspire à nous rendre cons, très cons, de plus en plus cons.

GAFAM : les bandits manchots de la guerre de l’attention

Tristan Harris connaît bien l’arrière-boutique des géants de la tech. Il sait comment et pourquoi les nouvelles technologies orientent nos pensées, nos actions et nos relations. Il a appris les techniques de manipulation au Persuasive Tech Lab de Stanford, sous la direction de B.J. Fogg, un psychologue comportementaliste. Beaucoup de ses étudiants ont poursuivi une carrière prospère dans la Silicon Valley, et Tristan a été quant à lui Design Ethicist chez Google.

« J’étais à l’intérieur. Je sais ce que ces entreprises mesurent. Je sais comment ils parlent, et je sais comment leur ingénierie fonctionne », aime-t-il à souligner. Un insider donc, qui, avec quelques brillants résiliants de la Valley, anciens de chez Facebook, Apple ou Google, a lancé en janvier 2018 le Center for Humane Technology. Leur objectif ? Dénoncer les pièges de ces systèmes qu’ils ont contribué à fabriquer, et lancer l’alarme : les géants de la tech ont déchaîné la guerre de l’attention, et leur principal but est de nous tenir scotchés à nos écrans. Pour ce faire, chacun a sa méthode. Des systèmes de notifications qui vous interpellent sans cesse, des vidéos qui s’enclenchent automatiquement et qui enquillent direct sur la suivante, un news feed sans fin, des systèmes de bonification… Rien de tout cela n’engage beaucoup de votre temps. Lire un commentaire, compter vos like ou scroller sur votre mur… ne prend pas plus de quelques secondes. En principe.

Mais toute l’économie de l’attention repose sur la mécanique des machines à sous. Si la mise de départ n’est jamais bien conséquente, quelques secondes de votre temps, l’addiction, elle, emporte la mise tout d’un bloc… À la manœuvre : notre angoisse de manquer quelque chose – Fear of Missing Out, le fameux FOMO – et notre goût immodéré du jeu qui active notre archaïque besoin de récompenses et nous gorge de dopamine. Les géants de la tech l’ont bien compris. Efficaces et sans scrupules, ils raffinent sans cesse la bonne vieille recette du bandit manchot.

Mais que fait l’Internet à nos cerveaux ?

Les sollicitations permanentes – combien de petits cœurs sur votre nouvelle photo de profil ? – vous paraissent innocemment ludiques ? Les vidéos qui s’enchaînent les unes après les autres vous semblent bien pratiques ? Que nenni. Le temps sur nos écrans éparpille notre attention façon puzzle, parce que tout clignote dans ce but, parce que tout est fait pour nous hypnotiser dans cet objectif.

Et les effets commencent à être visibles et massifs. En 2000, la mémoire immédiate permettait de capter un message durant douze secondes. En 2013, cette durée chute à huit secondes quand l’attention d’un poisson rouge est estimée, elle, à neuf secondes. Les troubles de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDHA) touchent 11  % des jeunes entre 4 et 17 ans et 20  % des étudiants aux États-Unis, et sont la deuxième cause de maladie chez les jeunes Américains, après l’asthme.

Mais hélas, l’attention n’est pas la seule victime. Plusieurs études soulignent le lien entre le sentiment de solitude, la dépression, la baisse de l’estime de soi, et le temps passé sur les réseaux sociaux. Last but not least… Facebook et consorts nous servent volontiers des contenus agressifs et bas de plafond. Dans une enquête détaillée parue dans The Guardian le 2 février 2018, le développeur français Guillaume Chaslot, fondateur de l’association AlgoTransparency, démontre que les algorithmes de YouTube valorisent systématiquement les vidéos les plus clivantes. Pourquoi ? Parce que l’humain réagit très bien à ce type de stimulations… Même s’il sait que ce n’est ni bon, ni intéressant, il lui est difficile de ne pas cliquer.

Ainsi, Internet est devenu comme un distributeur géant de sucre et de mauvais gras destiné à nous faire perdre toute notion de satiété. Une comparaison que ne renie pas Nir Eyal, un des gourous de l’expérience utilisateur, auteur du best-seller international Hooked: How to Build Habit-Forming Products. « Tout comme nous ne devrions pas blâmer le boulanger de vendre de délicieuses friandises, nous ne pouvons pas reprocher aux fabricants de technologies de rendre leurs produits si attractifs que nous ne pouvons que les utiliser. Bien sûr, c’est ce que les entreprises technologiques veulent faire. Et franchement : voudrions-nous qu’il en soit autrement ? »

Pourquoi en est-on arrivé là ?

Pour une histoire de sous ! Si les géants de la tech ont disrupté certains modèles, il est une chose qu’ils n’ont pas changée. Leur modèle d’affaires est strictement le même que celui de la télévision à la papa : ils vivent de leurs recettes publicitaires. Ils vendent notre fameux « temps de cerveau disponible ». En 2004, la formule avait été édictée par un ancien patron de chaîne de télévision, Patrick Le Lay. Elle avait fait hurler. Aujourd’hui, habitués à trouver Internet si indispensablement pratique, nous peinons à la trouver gênante.

Si l’objectif est strictement identique, les méthodes pour l’atteindre s’avèrent nettement plus sophistiquées. Internet peut tabler sur des audiences qui se comptent en milliards, les cibler 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, en visant le profil individuel de chaque internaute, ses habitudes, ses centres d’intérêt, ses réseaux, ses états d’âme… Maintenant que l’on peut prédire les comportements, et personnaliser toutes les interactions, le ciblage publicitaire est devenu un missile à tête chercheuse, et il a bien l’intention de ne pas vous lâcher le train… Et dans ce cadre, il serait tellement plus simple que vous arrêtiez de bouger.

Les cartels de l’attention ou ces nouveaux barons qui nous droguent

Est-ce que les grands patrons de la tech ont conscience des dérives de leurs système ? Aucun doute là-dessus. « Les technologies que nous utilisons sont devenues des compulsions, sinon des addictions à part entière, écrit Nir Eyal dans son ouvrage. Rien de tout cela n’est un accident. Tout est “juste comme leurs concepteurs l’ont voulu”. »

En novembre 2017, lors d’une conférence organisée à Philadelphie, Sean Parker, premier président de la compagnie créée par Mark Zuckerberg, le raconte également sans l’ombre d’une nuance. « Le truc qui motive les gens qui ont créé ces réseaux c’est : “Comment consommer le maximum de votre temps et vos capacités d’attention ?” »

Et ils ont trouvé la seule dope qui ne coûte pas un rond. « Il faut vous libérer un peu de dopamine (sorte de récompense que reçoit l’organisme quand il est satisfait), de façon suffisamment régulière. D’où le like ou le commentaire que vous recevez sur une photo, une publication... Cela vous pousse à contribuer de plus en plus, et donc à recevoir de plus en plus de commentaires et de like, etc. C’est une forme de boucle sans fin. »

Les barons des géants de la tech ont si bien compris le caractère addictif et abrutissant de la mécanique qu’ils interdisent formellement à leur progéniture de mettre le nez dedans. Dans les établissements scolaires de la Valley, ils sont purement et simplement prohibés. « Je n’ai pas de gosses, mais j’ai un neveu auquel j’impose des limites. Il y a certaines choses que je ne lui autorise pas. Je ne veux pas qu’il aille sur un réseau social », déclarait Tim Cook en janvier 2018 dans The Guardian.

Comment lutter ?

« J’ai essayé pendant deux ans et demi de faire changer Google de l’intérieur. Il n’y a aucun moyen de les faire bouger », déclarait Tristan Harris à Ezra Klein dans Vox en février 2018.

Il ne baisse pas les bras pour autant. Avec les membres de Center for Humane Technology, en lobbyistes patients, ils ne cessent d’enjoindre les gouvernements de contraindre les modèles d’affaires des GAFAM. Ils vont aussi sensibiliser leurs anciens collègues – salariés des acteurs de la tech – pour les engager à pratiquer un « design éthique ». « La plupart des développeurs souhaitent construire des produits qui améliorent la société, et refusent de participer à un système qui la ruine », prétend le site de l’association.

Par ailleurs, avec l’ONG Common Sense Media, le Center for Humane Technology a lancé une campagne de sensibilisation. Baptisée « The Truth About Tech » (la vérité sur la technologie), elle est déployée depuis début 2018 dans 55 000 écoles publiques des États-Unis afin d’expliquer aux plus jeunes les mécanismes auxquels ils sont soumis. D’autres voudraient aller plus loin. On commence à parler des néoluddistes (en référence au luddisme, conflit qui opposa entre 1811 et 1812 en Angleterre des artisans aux manufacturiers qui favorisaient l’emploi de machines à tisser). Le mouvement est encore informel, mais on sent planer parmi les geeks ce désir d’une déconnexion maîtrisée. Même le forum économique et social de Davos invite à cette prise de conscience. En mars 2017, le DQ Institute a lancé l’opération #DQEveryChild. L’opération milite pour une éducation qui formerait aux pièges du numérique aussi bien en termes de protection de nos données personnelles, que de cyberattaques, d’économie de l’attention…

L’institut veut forger la notion d’intelligence digitale. Après le QI, le quotient intellectuel, le QE, le quotient émotionnel, le QD, le quotient digital, intégrerait la connaissance fine de ces sujets. L’idée paraît plus qu’intéressante. Elle permettrait à chacun de ne plus être l’objet d’un Internet devenu prédateur, mais de redevenir sujet en capacité de comprendre les règles du jeu dans un écosystème où chacun joue la carte de ses intérêts. Alors, à l’heure où l’on fantasme beaucoup sur les potentiels ravages d’une intelligence artificielle devenue omnisciente, il est plus que temps de nous intéresser au combat d’aujourd’hui qui consiste à protéger une forme d'intelligence nativement organique : la nôtre.


Cet article est paru dans la revue 14 de L'ADN. Pour vous la procurer, cliquez ici.


POUR ALLER PLUS LOIN : 

Tendance Non-Sco : ils ne mettent plus leurs enfants à l'école

Le crowdfunding nous rend-il (totalement) con ? Démonstration avec les pires projets financés

Cette artiste exprime notre facilité à nous perdre sur le Web

Découvrez les dark patterns, ces attrape-couillons qui vous carottent sur le web

Les 4 règles à respecter pour réussir à se concentrer et (re)gagner en productivité

24/02/2019

Macron>équation impossible à résoudre>eCitoyen>Un pour Tous>Tous pour Un>Chacun pour Soi>Solution ?:>SocSav21,> C'est Moi, C'est Vous, C'est Nous ! > Modèle d'un monde auquel chacun souhaite appartenir> L'objet social d'une société

Groupe d'intérêts.jpgappel à contribution - Copie.gif“Les hommes ont inventé le destin afin de lui attribuer les désordres de l’univers, qu’ils ont pour devoir de gouverner.”

Romain Rolland a dit...

“Même sans espoir, la lutte est encore un espoir.”

“Tu ne vivrais pas, si tu ne croyais pas. Chacun croit.” “Le métier des intellectuels est de chercher la vérité au milieu de l’erreur.” “La vie n’est pas triste. Elle a des heures tristes.” “En voulant, on se trompe souvent. Mais, en ne voulant pas, on se trompe toujours.” “La vérité, c’est de chercher toujours la vérité.” “Un héros, c’est celui qui fait ce qu’il peut. Les autres ne le font pas.” “Rien n’est fait tant qu’il reste quelque chose à faire.” “Peu importe le succès, il s’agit d’être grand, non de le paraître.”

Le plus grand danger pour la plupart d’entre nous n’est pas que notre but soit trop élevé et que nous le manquions, mais qu’il soit trop bas et que nous l’atteignons.”De Michel-Ange

Michael Doyle : le libéralisme, entre guerre et paix

À quelles conditions une démocratie doit-elle faire la guerre ?

par Marieke Louis , le 22 février

traduit par Catherine Guesde
La guerre et la démocratie sont-elles compatibles ? Comment penser les conditions des interventions armées au niveau international ? Au cours de cet entretien, Michael Doyle convoque différents théoriciens du libéralisme afin d’éclairer les relations internationales contemporaines.
Michael Doyle est Professeur des Universités à Columbia, New York. Il enseigne les relations internationales au département de Science politique, à l’Ecole supérieure des affaires publiques et internationales, et de la faculté de droit. Ses recherches portent sur les théories des relations internationales, le droit international, l’histoire internationale et, plus particulièrement, sur la consolidation de la paix sur le plan international et les Nations Unies. Il a enseigné à l’Université de Princeton, à John Hopkins, ainsi qu’à l’Université de Warwick au Royaume Uni. Entre 2001 et 2003, il a été conseiller spécial au Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan sur les questions de planification stratégique (les « objectifs du Millénaire pour le développement »), de responsabilisation des entreprises au niveau international (le Pacte Mondial ou Global Compact).

Publications mentionnées au cours de cet entretien :
- Ways of War and Peace : Realism, Liberalism, and Socialism, W.W. Norton, 1997.
- Striking First : Preemption and Prevention of International Conflict, Princeton University Press, 2008.
- Liberal Peace : Selected Essays, Routledge, 2012.

- The Question of Intervention : John Stuart Mill and the Responsibility to Protect, Yale University Press, 2015.

La Vie des Idées : Le libéralisme est une thématique centrale et récurrente de vos travaux sur la guerre et la paix. Des penseurs tels que Kant considèrent que les États libéraux sont plus pacifiques que les autres. Comment justifient-ils cette position, et dans quel contexte historique et politique cette thèse a-t-elle émergé ?
Michael Doyle :
Je me suis passionné pour la question du libéralisme depuis les années 1980. Certes, ce courant de pensée est profondément ancré dans la culture américaine. Mais c’est surtout en tant que théorie ou philosophie qu’il m’intéresse. L’idée centrale selon laquelle les États libéraux sont différents des autres tranche nettement avec la théorie la plus en vogue aux États-Unis, à savoir le réalisme international. Pour les réalistes, tous les États sont, sur le plan fonctionnel du moins, les mêmes : ils sont pris dans l’anarchie, dans un « état de guerre », et recherchent l’équilibre des puissances. Pour les libéraux, au contraire, il peut y avoir des différences essentielles entre les États ; les États libéraux sont capables d’établir entre eux des liens pacifiques, et n’ont pas besoin de se contre-balancer en permanence.

Ces deux écoles de pensée sont complexes et variées. Chez les réalistes classiques, on trouve un grand nombre de figures – de Thucydide à Hobbes et Rousseau en passant par Machiavel. Ensuite il y a les réalistes modernes, tels que Carr, Morgenthau, Aron et Waltz. De même, chez les tenants du libéralisme, on trouve plusieurs lignées : de l’individualisme lockéen au pacifisme fondé sur le marché chez Smith et à l’internationalisme de Kant – cette dernière option étant la plus intéressante et la plus compliquée à mon sens. Il n’y a pas « un » libéralisme. Les théoriciens du libéralisme se rejoignent sur la question des droits de l’homme et du gouvernement représentatif, ils s’accordent pour dire que les États libéraux sont, de ce fait, différents des autres ; en revanche, ils sont en désaccord lorsqu’il s’agit de dire ce qui, précisément, fait leur différence.

Le libéralisme constitue un monde intellectuel complexe. On ne peut pas identifier une caractéristique qui soit absolument dominante dans le libéralisme : c’est un camp, composé d’une pluralité de membres. Par exemple, de nombreux penseurs du libéralisme estiment que les États libéraux sont intrinsèquement pacifiques. L’un des plus marquants d’entre eux est Joseph Schumpeter qui, dans sa « Contribution à une sociologie des impérialismes » (1919) [1], défend l’idée que les sociétés démocratiques à économie de marché sont en elles-mêmes pacifiques, simplement parce que les ressources dont une société a besoin peuvent être obtenues à travers des échanges, là où la guerre, au contraire, est inefficace, coûteuse et nocive. Schumpeter répond par là aux attaques marxistes-léninistes relatives à la nature intrinsèquement agressive des économies et États capitalistes. En tant qu’économiste attaché au marché, Schumpeter a à cœur de laver le capitalisme des accusations d’impérialisme. En cela, il n’est pas si éloigné des thèses de Francis Fukuyama sur la « fin de l’histoire » formulées à la fin de la Guerre Froide : d’après lui, le consumérisme et la démocratie rendent les États intrinsèquement pacifistes. Ces idées font partie de la tradition libérale, mais pour moi elles ne sont pas très convaincantes, dans la mesure où elles ne rendent pas compte du bilan historique des États libéraux existants.

D’un autre côté, Kant nous aide à comprendre la manière dont se comporte réellement un État libéral. Il affirme que les États libéraux ne sont, de manière générale, pas pacifiques, même s’ils sont aussi réticents à faire la guerre. Leur caractéristique principale est qu’ils devraient être, peuvent être et sont pacifiques entre eux. Il s’agit d’une paix séparée c’est-à-dire propre aux États démocratiques entre eux. Cela ne signifie pas qu’ils ne font pas la guerre. Il peut y avoir de nombreuses guerres s’ils sont entourés d’États non libéraux. Certaines de ces guerres sont défensives ou préventives – si ces États non libéraux les attaquent ou les menacent notamment. Cependant – et c’est tout aussi important –, ces États libéraux sont traversés par des pressions pouvant conduire à la guerre : des guerres commerciales, visant à protéger la propriété privée, et des guerres idéologiques. Il s’agit là d’actes que Kant condamne sur un plan éthique, car il les juge mauvais et imprudents, mais il les comprend comme étant inscrits dans la nature des États qui pratiquent le commerce. Et ce sont-là des logiques effectivement à l’œuvre dans les relations internationales des États libéraux.

Surtout, les États libéraux sont parvenus à établir une paix entre eux, et ce depuis plusieurs siècles. Mais ils ont aussi été très actifs comme impérialistes. La paix existe entre les États-Unis, la Grande Bretagne, le Canada ou la France, mais cela ne les empêche pas de déclarer la guerre à d’autres – d’une manière parfois très imprudente, comme cela a été le cas lorsque les États-Unis sont intervenus en Irak en 2003.

La clef de la version kantienne du libéralisme réside dans cette idée de paix entre les États libéraux – paix qui ne s’étend pas nécessairement aux relations entre États libéraux et États non libéraux. Il s’agit d’une paix séparée, et non d’une pacification générale.

Kant écrit son Projet de paix perpétuelle en 1795. A l’époque, les systèmes qui s’approchent le plus du libéralisme sont les cantons suisses, et le régime initié par la Révolution française de 1789. Kant écrit en réaction à la Révolution, à l’émergence de la souveraineté populaire et à la doctrine des « droits de l’homme ». Comme beaucoup d’autres intellectuels, il considère qu’un développement progressiste est à l’œuvre. Au moment où il écrit, la France traverse pourtant la Terreur, mais il en fait abstraction : pour lui, il s’agit d’une aberration provisoire. On est encore avant la réaction thermidorienne, et avant l’ère napoléonienne. Pour Kant, la France révolutionnaire et républicaine incarne l’espoir d’un gouvernement libre. Il tient compte de la solidarité de ses pairs à l’égard de la France républicaine, et se dit qu’une paix durable entre républiques est possible. L’arrière-plan intellectuel de Kant, lorsqu’il écrit ce texte, est le Contrat social de Rousseau (1762), auquel il cherche à répondre. Rousseau était, lui aussi, conscient de la nécessité d’expliquer comment un contrat social juste, et une république juste, pourraient survivre au milieu d’autres États. Rousseau s’était engagé à rédiger un deuxième volume du Contrat social, qui expliquerait la relation entre la démocratie telle qu’il la concevait, et la paix. Il ne l’a jamais écrit. Il a cependant publié des essais très intéressants sur la Corse et sur la Pologne, et la critique de l’Abbé de Saint-Pierre était une déclaration en ce sens, mais il n’a jamais formulé sa propre réponse à la question de savoir comment une petite république démocratique pouvait garantir sa sécurité et établir la paix sans être écrasée par ses voisins. Kant prend donc connaissance du Contrat social et y voit l’essai de philosophie politique le plus profond qu’il ait jamais lu. Il s’interroge néanmoins : comment obtenir la paix ? Les contrats sociaux et les démocraties de Rousseau présupposent des républiques de petite taille, fortement participatives, et autonomes selon les communautés. Comment ne pas finir écrasées par les États qui les entourent ? Et quelles relations peuvent-elles entretenir les unes avec les autres ?

Kant explique que si nous envisageons les républiques autrement – c’est-à-dire comme de véritables républiques fondées sur la séparation des pouvoirs et sur l’idée de liberté –, nous serons en mesure de résoudre le problème de la paix : ces républiques s’imposeraient en effet d’elles-mêmes des restrictions, et respecteraient l’autonomie des autres États – autonomie reflétant celle des citoyens qui les contrôlent. Ce sont là les bases du Projet de Paix perpétuelle et les trois conditions d’une paix républicaine : les États doivent être républicains, il faut qu’ils signent un traité de paix, et qu’ils créent un ordre cosmopolite qui autorise les contacts de part et d’autres des frontières. Selon lui, un tel monde nous permettrait d’être libres au sein de notre pays, de respecter les droits cosmopolites et d’être en paix avec les autres républiques. Pour lui, Rousseau n’avait fait que la moitié du travail en envisageant une république démocratique ; il n’avait pas résolu le problème de la paix. Kant considérait qu’il pouvait faire les deux.

La Vie des Idées : Quelle différence faites-vous entre un État libéral et un État démocratique ?
M.D. : Ces deux notions – ce que nous appelons les démocraties consolidées et les États libéraux – se recoupent en grande partie. Aujourd’hui, elles sont pour ainsi dire équivalentes, mais cela n’a pas toujours été le cas. Certains États ont pu remplir les critères d’un État libéral sans pour autant être démocratiques. Par exemple, les États-Unis au sortir de la guerre de Sécession pouvaient être considérés comme un État libéral, mais pas comme un État démocratique : les femmes n’y avaient pas le droit de vote. En France, je dirais que l’État était libéral entre 1830 et 1848, entre 1790 et 1793, pendant la Première République, puis après 1870, mais là encore, les femmes n’avaient pas le droit de vote, donc on ne peut pas vraiment parler de démocratie. La réciproque est vraie : un État peut être démocratique sans être libéral. Sur le plan de l’analyse, si on adopte une lecture stricte de la démocratie comme règne de la majorité, alors il y a un risque de la tyrannie de cette dernière. Qu’en est-il d’une démocratie qui se conçoit en des termes racistes, ou qui ne se préoccupe pas de la protection des droits des minorités, ou encore, qui est communiste et totalitaire ? On ne pourrait pas la qualifier de démocratie libérale. Encore une fois, et j’insiste : j’effectue ces distinctions en choisissant délibérément d’être inclusif. Cela me permet d’englober à la fois les États libéraux et les États quasi-libéraux, et de mieux tester certaines propositions théoriques. Le fait que la Suède ne soit plus en guerre contre la Norvège est une bonne nouvelle, mais cela ne nous permet pas de mettre à l’épreuve la thèse libérale dans sa généralité.

La Vie des Idées : Votre dernier ouvrage en date, The Question of Intervention, est consacré à la pensée de John Stuart Mill et à sa doctrine de la non-intervention (1859), dont vous envisagez les implications pour la période d’après 1990. Pourquoi avoir choisi d’entamer ce dialogue avec Mill ?
M.D. : La première raison pour laquelle je me suis tourné vers Mill est que, dans mon premier cours de relations internationales, l’essai de Mill sur la « non-intervention » faisait partie des lectures obligatoires. La plupart des étudiants en relations internationales lisaient – comme je l’ai fait à 18 ans – cet essai de Mill comme un classique sur l’intervention. La deuxième raison est que, lorsque l’on s’intéresse au libéralisme – comme c’est mon cas –, la question de l’intervention est très importante. Elle est même cruciale dans la mesure où l’auto-détermination, c’est-à-dire la capacité d’un individu à décider de son propre destin dans le domaine politique, est au cœur de la légitimité États libéraux. Le dilemme est donc : comment un État peut-il intervenir de manière juste dans les affaires d’un autre État alors même que le fondement de la vie politique et de la légitimité de chacun réside précisément dans l’auto-détermination ? La réponse de Mill est « n’intervenez pas » – d’où le titre, « Quelques mots sur la non-intervention ». Mais d’emblée il pointe de nombreuses exceptions. Cette question est essentielle pour les tenants du libéralisme. Si vous êtes Hobbesien, vous intervenez lorsque c’est dans votre intérêt – si cela accroît votre puissance, votre richesse ou votre prestige. Pour les libéraux, l’intervention est un problème moral et politique.

La troisième raison pour laquelle j’ai décidé d’écrire sur Mill est qu’il a souvent été mal compris. La plupart du temps, son essai est lu comme une condamnation de l’intervention au sein du monde « civilisé », mais comme un blanc-seing pour intervenir au sein des colonies – dans le monde « non civilisé ». C’est l’interprétation néo-coloniale de Mill. Mais il s’agit là d’une lecture simplificatrice. Mill énonce en effet des raisons (qui ne sont pas très convaincantes) pour justifier l’impérialisme et j’en fais d’ailleurs la critique. Mais il défend également l’intervention au sein du monde civilisé si cela permet de libérer un peuple du joug d’une puissance extérieure – comme c’était le cas de la Belgique en 1830 – ou de mettre fin à un massacre ou à une guerre civile – telle que celle qui a eu lieu au Portugal. Et les raisons qu’il évoque pour justifier une telle intervention au sein du monde civilisé ne sont pas sans lien avec les excuses qu’il donne pour intervenir dans le monde colonisé.

La Vie des Idées : Pendant longtemps, l’idée de souveraineté nationale impliquait qu’aucun État ne pouvait s’immiscer dans les affaires intérieures des autres. En 2001, les Nations Unies ont autorisé le Conseil de sécurité de l’ONU à demander une intervention extérieure lorsqu’un un État ne protège pas son peuple – cette nouvelle norme s’appelle la « responsabilité de protéger » (ci-après R2P [2]). En quoi réside la nouveauté de cette doctrine ?
M.D. :
La grande avancée de la responsabilité de protéger (R2P) est qu’elle permettait de résoudre un certain nombre de problèmes. D’une part, une interprétation restrictive de l’article 39 du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies interdit toute intervention dans un pays, à moins qu’elle ne soit destinée à neutraliser une menace « internationale » transfrontalière pesant sur un autre pays. Si on adopte une lecture stricte de la Charte, alors les génocides ne figurent pas au rang des événements qu’une intervention serait autorisée à empêcher. C’est la preuve qu’il manque à l’ONU et à la communauté internationale une doctrine adéquate sur le plan éthique qui permette de savoir quand intervenir. D’autre part, les États sont, dans les faits, très interventionnistes. Ils se considèrent légitimes à intervenir pour défendre leurs intérêts nationaux, répandre la démocratie, protéger les droits de l’homme ou faire cesser des atrocités (sans toujours définir ce qu’est une atrocité). Ces doctrines – la doctrine Blair-Clinton pour le Kosovo, la doctrine Bush pour le Moyen-Orient, ou encore la doctrine Poutine – rendent possibles beaucoup trop d’interventions. L’intérêt de la R2P était de fournir un cadre à l’intervention permettant d’aller au-delà d’une lecture restrictive de l’article 2 et du chapitre 7 de la Charte des Nations Unies (voir l’encadré ci-dessous) limitant le recours à la force au seul cas de légitime défense, qu’elle soit individuelle ou collective.

La charte des Nations Unies et la question de l’intervention.
- Article 2.4 : Les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.
- Article 2.7 : Aucune disposition de la présente Charte n’autorise les Nations Unies à intervenir dans des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un État ni n’oblige les Membres à soumettre des affaires de ce genre à une procédure de règlement aux termes de la présente Charte ; toutefois, ce principe ne porte en rien atteinte à l’application des mesures de coercition prévues au Chapitre VII.

CHAPITRE VII : ACTION EN CAS DE MENACE CONTRE LA PAIX, DE RUPTURE DE LA PAIX ET D’ACTES D’AGRESSION
- Article 39 : Le Conseil de sécurité constate l’existence d’une menace contre la paix, d’une rupture de la paix ou d’un acte d’agression et fait des recommandations ou décide quelles mesures seront prises conformément aux Articles 41 et 42 pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales.

Etant donné qu’une lecture stricte de la Charte n’autorise pas à intervenir pour empêcher un génocide – comme celui qui a eu lieu au Rwanda – ou pour mettre fin aux crimes d’atrocités commis en ex-Yougoslavie et au Cambodge, il nous fallait donc un cadre autorisant l’intervention pour mettre fin aux crimes les plus atroces. D’un autre côté, des garde-fous sont nécessaires pour nous protéger des décisions unilatérales à la Blair, Clinton, Bush, Poutine et autres, trop prompts à l’intervention.

La première version de la R2P est apparue juste après le Kosovo. Mais la version de l’époque était trop large et invoquait à peu près n’importe quelle forme de violation des droits de l’homme comme motif d’intervention. Cela a semé la panique, en particulier dans les pays en développement dont les dirigeants craignaient de perdre leur souveraineté. Ensuite, la Commission internationale de l’intervention internationale et de la souveraineté des États (ICIISS) a tenté de répondre à ces préoccupations en améliorant la doctrine afin qu’elle ne concerne plus que les cas de violations extrêmes. Elle a également précisé que les États devaient demander l’autorisation du Conseil de Sécurité de l’ONU. En cas de refus du Conseil de Sécurité, les États pouvaient toujours intervenir de manière unilatérale. En 2001, le document a été présenté publiquement par Gareth Evans (Australie) et Mohamed Sahnoun (Algérie). Kofi Annan voulait organiser une grande réunion publique avec le Conseil de sécurité des Nations Unies et l’Assemblée générale afin d’entamer les discussions et d’obtenir un soutien en faveur de cette nouvelle idée. Kofi Annan m’a notamment demandé – j’étais son conseiller spécial à l’époque – d’examiner les possibilités d’un lancement de la doctrine dans l’une des salles de réunion des Nations Unies. Après consultation du chef de cabinet du président de l’Assemblée générale (Ban Ki Moon à l’époque), nous apprenons qu’aucune salle ne pouvait être libérée. Il s’est en fait avéré que les États du G77 (le groupe des pays en développement à l’ONU) étaient franchement hostile, trouvaient cette nouvelle doctrine inacceptable et y voyaient une menace pour leur souveraineté. Qu’a-t-on fait ensuite ? Evans et Sahnoun ont passé les trois années suivantes à parcourir le monde, à aller dans les capitales, pour défendre la R2P. Ils ont si bien œuvré qu’en 2005, la version reformulée de la « RtoP » proposée par Kofi Annan a été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée générale. Cette nouvelle version de la doctrine s’en tenait aux quatre grands crimes – génocide, nettoyage ethnique, crime de guerre et crime contre l’humanité – et nécessitait l’aval du Conseil de Sécurité. Ces quatre crimes ont été définis par le Statut de Rome (1998) – le traité instituant la Cour pénale internationale. Tel qu’elle a été conçue dans cette version remaniée par Annan, la R2P désigne d’abord la responsabilité qu’ont les États de protéger leur population. Elle désigne ensuite la responsabilité qu’ils ont de demander et de recevoir l’aide de la communauté internationale en cas de manquement à cette obligation de protection. Enfin, si et seulement si l’auteur du crime refuse l’aide ou continue de persécuter sa population, la communauté internationale peut intervenir en passant par le Conseil de Sécurité. Voilà l’essentiel du compromis trouvé par Kofi Annan, et qui a abouti au document final qu’est la résolution unanime de l’Assemblée générale, laquelle fait de la responsabilité de protéger une doctrine de l’ONU. Il ne s’agit pas de droit international stricto sensu, ni d’un traité ni encore d’une révision de la Charte. Mais ce texte autorise en tout cas le Conseil de Sécurité à user de son pouvoir discrétionnaire conféré en vertu de l’article 39 et à intervenir pour mettre fin à ces quatre types d’atrocités, et ce, avec l’appui du reste des membres des Nations Unies.

Cela a été vu comme un grand pas en avant, qui comblait une lacune importante de la Charte des Nations Unies, tout en corrigeant l’interventionnisme excessif qui avaient caractérisé plusieurs États pendant la guerre froide et encore après.

La Vie des Idées : Dans votre livre, vous écrivez : « L’expérience de la Libye et, à présent, de la Syrie sera décisive pour renforcer ou affaiblir la doctrine » [3]. Au vu de la situation actuelle, la doctrine de la responsabilité de protéger a-t-elle été affaiblie ou renforcée ?
M.D. :
À mon sens, il ne fait aucun doute que la doctrine de la responsabilité de protéger a été affaiblie par ces deux cas, et ce de manière significative. On pouvait espérer que la Libye s’impose comme une nouvelle jurisprudence du Conseil de Sécurité, et qu’elle fournisse des indications sur la manière de rendre la doctrine opérationnelle. Cela ne s’est pas passé ainsi. La résolution 1970 (adoptée en février 2011) du Conseil de Sécurité a autorisé les sanctions avec un renvoi devant la Cour pénale internationale afin d’arrêter Kadhafi, qui tuait des centaines de ses concitoyens et menaçait d’aller plus loin. Fait significatif, la résolution 1970 a été adoptée à l’unanimité – même la Chine et la Russie l’ont approuvée. Puis, alors que les forces de Kadhafi déferlaient à travers la Libye en direction de Benghazi, dominant le champ de bataille avec leur artillerie, leurs chars et leur aviation, Kadhafi et ses fils ont proféré des menaces de plus en plus alarmantes.
Depuis Paris et Londres, on avait l’impression que le massacre était imminent. Les États-Unis étaient sceptiques à l’époque : refroidis par les impasses rencontrées en Afghanistan et en Irak, ils ne voulaient pas intervenir. Mais notamment sous la pression d’un groupe constitué au sein du gouvernement américain et surnommé "les Valkyries" parce qu’il était entièrement constitué de femmes – Hillary Clinton (secrétaire d’État), Samantha Power (directrice principale des Affaires multilatérales), Susan Rice (ambassadrice à l’ONU) – Obama s’est laissé convaincre en faveur de l’intervention. Les États-Unis sont alors même allés au-delà du Royaume-Uni et de la France en parrainant la résolution 1973 du Conseil de Sécurité (mars 2011) qui autorisait à « prendre toutes les mesures nécessaires » (ce qui est le « nom de code » aux Nations Unies pour désigner le recours à la force), à condition qu’il n’y ait pas de soldats déployés sur le terrain et que seules les forces aériennes soient utilisées pour protéger les civils. La Russie et la Chine ont accepté de s’abstenir. C’est ainsi que la R2P a été appliquée pour la première fois, en recourant à des moyens militaires.

Malheureusement, l’intervention a outrepassé son mandat en déployant des opérateurs sur le terrain, sous prétexte d’éviter des erreurs lors des bombardements. En fin de compte, les forces aériennes en intervention sont devenues les forces aériennes tactiques des rebelles aboutissant au renversement de Kadhafi et à un changement de régime (le fameux « régime change ») et allant donc bien au-delà de la seule protection des civils. A Washington, Londres et Paris, on défendait l’idée qu’il valait mieux mettre fin au conflit plutôt que de le laisser durer et se transformer en une guerre civile prolongée. Les alliés en étaient venus à croire que ni Kadhafi ni les rebelles ne voulaient négocier. Il s’est avéré qu’une intervention ciblée et sans tache était impossible. L’anarchie en ayant découlé a discrédité la R2P.

L’autre cas qui a affaibli la doctrine est celui de la Syrie, et le fait que les Russes et les Chinois ont refusé et refusent toujours que des pressions soient exercées sur Assad. À l’exception du couloir humanitaire (qui n’a pas été très efficace), les crimes de guerre d’Assad sont restés impunis.

Pourtant, le vocabulaire et le discours de la R2P restent opératoires dans de nombreuses autres zones de conflit, telles que la République centrafricaine et la Somalie, parfois même avec le soutien de la Russie. On parle à présent de « protection des civils », mais c’est la même visée humanitaire qui sous-tend ces actions. Le Brésil a fait des efforts pour « réparer » la R2P avec l’initiative « Responsibility While Protecting » (qu’on pourrait traduire par « protéger avec responsabilité »)qui visait à mettre davantage l’accent sur la prévention, à introduire plus de responsabilité dans le déroulement des opérations et à assurer un réel contrôle multilatéral par l’ONU afin que les opérations ne soient pas détournées par des États individuels.

La Vie des Idées : Récemment, les Nations Unies ont été critiquées pour leur passivité en Syrie, essentiellement liée au blocage du Conseil de sécurité de l’ONU. Est-ce que selon vous seule une intervention sous les auspices de l’ONU serait légitime ? N’est-il pas possible pour une coalition d’États d’entamer une « guerre juste », surtout si l’on tient compte du fait que les Nations Unies peuvent être paralysées par les intérêts nationaux de grandes puissances ?
M.D. :
C’est là une proposition très difficile, à laquelle je m’attelle dans mon livre sur les guerres préventives. Les guerres préventives, par exemple, sont parfaitement légales si elles sont approuvées par le Conseil de Sécurité des Nations Unies et totalement illégales sans son approbation. Je pense qu’il faut être très clair sur le fait que le Conseil de Sécurité des Nations Unies doit être la première étape, afin d’encourager un effort diplomatique qui permette de mobiliser une coalition d’États membres. Il est donc essentiel que le Conseil de sécurité des Nations Unies dispose d’une nouvelle règle de procédure qui enregistre les votes sur ces questions et qui demande des comptes sur ces derniers. Ces explications peuvent être bonnes ou mauvaises, mais il faut qu’elles rendues de manière transparente. En d’autres termes, il faut être très clair sur le fait que les États doivent avant d’abord passer par là, et qu’une véritable délibération est indispensable. Ensuite, s’ils échouent dans cette première étape – comme cela a été le cas avec la Syrie, où la Chine et la Russie s’opposaient de manière persistante – si une intervention est jugée inévitable pour éviter un massacre, et si les États ont rassemblé une coalition prête à intervenir, alors une intervention peut être considérée comme légitime même sans l’accord du Conseil de Sécurité. Cette possibilité doit rester ouverte. Est-ce légal ? Pas nécessairement. Cela dépend de l’interprétation que vous faites de la Convention des Nations Unies sur le génocide de 1948, par exemple. Mais cela peut être légitime et cela signifie qu’une « guerre juste » en dehors de l’ONU est possible.

Je ne suis pas sûr que la Syrie soit un bon exemple d’intervention légitime, malgré les atrocités qui y sont manifestement commises. D’abord parce qu’il n’y a pas de volonté politique ni de coalition internationale permettant d’assurer une intervention efficace. Mais même si cette volonté existait, le cas syrien reste profondément compliqué. Trente pour cent de la population syrienne soutient toujours Assad parce qu’elle est terrifiée par les extrémistes sunnites de l’opposition. Le cas de la Syrie requiert des pressions concertées pour forcer Assad et les rebelles légitimes à la table des négociations, et non une intervention armée pour renverser le régime d’Assad.

La Vie des Idées : Est-ce qu’en tant que chercheur, vous avez été sollicité pour conseiller l’ONU au sujet de ces situations ?
M.D. :
Je n’ai été impliqué ni dans le cas de la Libye ni dans celui de la Syrie. J’étais conseiller spécial de Kofi Annan à l’époque, et son équipe et lui ont travaillé d’arrache-pied pour ralentir le processus de la guerre en Irak en 2003 en essayant de convaincre le gouvernement américain qu’il serait très difficile de se débarrasser de Saddam Hussein. De manière assez ironique, malgré mon intérêt de longue date pour le maintien de la paix, j’ai été davantage impliqué dans des sujets sur lesquels je n’avais pas nécessairement une grande expertise : le développement, le secteur privé et le Pacte mondial, ou encore les migrations. Être universitaire vous prépare très bien à la préparation des politiques parce que vous savez vous appuyer sur des idées et mobiliser une équipe. Mais cela ne signifie pas qu’on vous sollicite toujours en rapport avec votre expertise.

La Vie des Idées : De manière générale, les classiques de la théorie politique nous permettent-ils de mieux comprendre la politique internationale ?
M. D. :
Je reviens souvent aux théoriciens classiques. D’abord, et c’est la raison la plus évidente, parce que pendant mes études, on exigeait de nous que nous soyons des théoriciens du politique. Pour obtenir un doctorat, il fallait montrer notre maîtrise des classiques de la théorie politique – des Anciens comme des Modernes. La théorie politique faisait partie de notre formation à l’époque – ce qui n’est plus le cas. Mais ce n’est là qu’une raison personnelle. L’autre raison, plus profonde, est que les théoriciens classiques énoncent les problèmes fondamentaux de la politique internationale d’une manière qui échappe à de nombreux auteurs modernes. Par exemple, je suis un grand admirateur de Kenneth Waltz (1924-2013). Mais pour comprendre les questions fondamentales du réalisme, il faut avoir lu Hobbes et Rousseau qui traitent des questions les plus difficiles : quel type d’État peut être considéré comme un acteur unitaire ? Pourquoi faudrait-il le considérer comme légitime ? Revenir aux classiques permet d’aller plus loin dans la réflexion. Les réalistes contemporains ont tendance à négliger les hypothèses de base qui font que leur théorie fonctionne ou non. Et pour aborder des questions encore plus complexes – les origines de la guerre, par exemple – il n’y a pas mieux que Thucydide. Sa grande qualité a notamment été de parvenir à rassembler une grande variété de facteurs et à les faire coexister. Peu d’universitaires modernes y parviennent. Je n’ai pas toujours pris les classiques comme point de départ, mais il est vrai que j’ai souvent essayé de comprendre les questions fondamentales en revenant à leurs travaux. Ce que je fais – et cela agace parfois mes amis en théorie politique – c’est que j’isole certaines de leurs propositions qui peuvent être testées, comme je l’ai fait avec Kant et Mill. Cela ne fait donc pas de moi un anti-positiviste.

Aller plus loin

Cet entretien est la version abrégée et traduite de l’entretien initialement paru dans booksandideas.net en deux parties.

Pour citer cet article :

Marieke Louis, « Michael Doyle : le libéralisme, entre guerre et paix. À quelles conditions une démocratie doit-elle faire la guerre ? », La Vie des idées , 22 février 2019. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Michael-Doyle-le-liberalisme-entre-guerre-et-paix.html

Nota bene :

Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article, vous êtes invité à proposer un texte au comité de rédaction (redaction@laviedesidees.fr). Nous vous répondrons dans les meilleurs délais.

 

ChinaQuickLink  
China Related English Language Online Sources

 A Day in the World & Discover the World

 MyNewsCenter

Dipl.Ing.StefanV.RaducanuWebCollection>The secret of the success" 
Know why, Know who, Know where, Know what.
 Institut for International Research>SRU-Electronics ...

 China News Sources

Domestic News Sources
Xinhua News
China Daily
People's Daily
China Central TV
China Radio International
Global Times
Beijing Review
Shanghai Daily
East Day

North East Network
Media's China Coverage
New York Times
Guardian
Telegraph, UK

CNN
Times of India

Washington Times
MSNBC
USA Today
The Star
The Age
ABC News
Rand
China Business Reports
The Economist 
Financial Times
Bloomberg
China Economic Review
BizChina-Update
Market Watch
Caijing
China Stakes
Blogs
Reuter China Blogs
Danwei
China Travel Blogs
Beijingology
China Business Blog
Angry Chinese Blogger
General Information
Wikipedia: China
CIA World Factbook - China
ChinaToday.com

 

 

Blogs

James Reynold's Blogs   Angry Chinese   Beijing Boyce   Danwei    China Best   Beijingology   TIME Blogs   Reuter  Blogs   Silicon Hutong   China Business Blog  ChinaBlogList   Peter Foster's Blog   China Power (More Blogs...)

Bank

People Bank of China (Central Bank)   Agricultural Bank   Bank of China   Bank of Communications    Construction Bank   Everbright Bank   Huaxia Bank    Industrial & Commercial Bank   Merchants Bank   Shanghai Pudong Development Bank   Xiamen International Bank  

Business

China Import and Export Fair (Canton Fair)   Alibaba   Made-in-China   China Business Directory   China Business Blog

Culture

China Culture   China Books  

Entertainment

Music from China   China Music Radar   Chinese Music Blog

Events

Canton Fair

Food

ChineseFoodDiy   Chinese Food Made Easy   Chinese Recipes   Learn to Cook Chinese Dishes   How to Read Chinese Food Menus

Friends

ChinaTodayFriends   ChineseLoveLinks

Investment

China Invest Guide   Shanghai Stock (SSE)    Shenzhen Stock (SZSE)   Hong Kong (HKEx)  

Jobs

 MeiJob   China Job   Job China   eChina Jobs   Chinese Staff

Language

Speck Chinese   ChineseVoice   FreeChineseLessons   SpeakMandarin   Chinese Hour 

Law

LawInfoChina   China Law & Practice   Yale China Law Center   China Law Digest   China Law Blog   Chinese Law Professor Blogs   China Business Law Blog China Esquire   China Law Insight

Living

LaoNei   Living in China (official guide)   ChinaSmack (China's Internet World)

Local

Beijing  Chongqing   Dongguan   Guangzhou   Hubei   Liaoning   Shanghai   Shenzhen  Tianjin

Media

Xinhua News   China Daily   Global Times   People's Daily   Beijing Review   Shanghai Daily   China Economic Net   China Central TV   China Radio International   China.org.cn   ChinaSmack

Military

SinoDefence   GlobalSecurity (China)   PLA Daily    Chinese Military Blogs

People

 Youth   Women

Photos

China Through a Lens   Asia News Photo   China Funny Pictures

Properties

SouFun

Search

Ask   Google   Yahoo   Bing   Altavista   Rediff   Mamma   Search

Shops

China Books   China Maps   Chinese Clothing

Sports

China Sports Review   China Sports Today

Travel

 Ctrip   Elong   Tour Packages  SinoHotel Visa   Weather   China Travel Blogs   Google Maps   MSN Atlas    

Video 

 China on Video   CCTV Video  

Weather 

 China Meteorological Administration   China Weather    WeatherChannel (China)   Yahoo China Weather   Weather China.org.cn
 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu