Avertir le modérateur

06/04/2019

Comment Finfrog, la plateforme mobile de microcrédits entre particuliers, développe son activité Lancée en 2016, la fintech Finfrog - qui propose une plateforme mobile de microcrédits entre particuliers destinée aux freelances, salariés en CDD, intérim

  Usine Digitale

 

Best of

FranceWeb : C'est Moi, C'est Vous, C'est Nous !

 C'est notre capital !

 

06 avril 2019

 

Suivez nous

 
Twitter   Facebook   Linkedin   Flux RSS

 

 

 

 

À LA UNE

 

Qui est Cédric O, le remplaçant de Mounir Mahjoubi au poste de Secrétaire d'Etat au Numérique...
 

Qui est Cédric O, le remplaçant de Mounir Mahjoubi au poste de Secrétaire d'Etat au Numérique...

Ancien conseiller de Dominique Strauss-Kahn, Cédric O remplace Mounir Mahjoubi, qui se consacre désormais à la conquête de Paris, à la tête du secrétariat d'Etat au Numérique. Retour sur le[…]

 

Lire la suite

 

...et ce qu’il faut retenir de sa première apparition publique
 

...et ce qu’il faut retenir de sa première apparition publique

Cédric O, a fait ses premières apparitions publiques ce mercredi 3 avril 2019. Après un discours à Station F à l’occasion de l’annonce des Capitales et Communautés French Tech labellisées,[…]

 

Lire la suite

 

INTERVIEW

 

Slack n'a pas été pensé comme un outil professionnel, c'est sa force, explique Guillaume Gombert
 

"Slack n'a pas été pensé comme un outil professionnel, c'est sa force", explique Guillaume Gombert

Guillaume Gombert est lead strategist chez Fabernovel. Avec Jérémy Taieb, il a supervisé l'étude consacrée à Slack que le cabinet de conseil publie dans sa "collection" Gafanomics. Après[…]

 

Lire la suite

 

MOBILITÉ

 

Face aux start-up, le spécialiste de la livraison Star Service s'est digitalisé
 

Face aux start-up, le spécialiste de la livraison Star Service s'est digitalisé

La société de livraison trentenaire Star Service a digitalisé sa solution. Grâce à une connaissance en temps réel des commandes et la possibilité d'analyser les flux de livraison sur toute[…]

 

Lire la suite

 

Data, m-ticketing et taux de remplissage des bus : 3 solutions de mobilité pour les territoires
 

Data, m-ticketing et taux de remplissage des bus : 3 solutions de mobilité pour les territoires

A l'occasion du salon InOut qui s'est tenu à Rennes du 28 au 31 mars 2019, L'Usine Digitale a rencontré trois start-up proposant des solutions contribuant à améliorer la mobilité sur un territoire :[…]

 

Lire la suite

 

DIGITAL RETAIL

 

Pourquoi (et comment) laposte.fr bascule vers la marketplace
 

Pourquoi (et comment) laposte.fr bascule vers la marketplace

A l’occasion de la première édition du SAP Customer Experience Revolution, qui s’est tenue à Paris le 3 avril 2019, Le Groupe La Poste est revenu sur son projet de place de marché, sur laquelle il s’est[…]

 

Lire la suite

 

Sap.iO Foundry Paris intègre 8 nouvelles start-up retail. Voici ce qu'elles font !
 

Sap.iO Foundry Paris intègre 8 nouvelles start-up retail. Voici ce qu'elles font !

Pour la deuxième promotion de son accélérateur parisien, un comité d'experts composé de collaborateurs SAP et de clients retailers a sélectionné 8 start-up de la retail tech. Toutes centrées[…]

 

Lire la suite

 

Intermarché lance un service de commerce vocal avec Google Assistant, bientôt disponible sur Alexa
 

Intermarché lance un service de commerce vocal avec Google Assistant, bientôt disponible sur Alexa

L’enseigne du Groupement Les Mousquetaires a annoncé lundi 1er avril 2019 le lancement officiel en France de son service de commande vocale sur Google Assistant. Les clients d'Intermarché, qui y ont accès depuis[…]

 

Lire la suite

 

FRENCH TECH

 

Voici la liste des 13 Capitales et 86 Communautés French Tech
 

Voici la liste des 13 Capitales et 86 Communautés French Tech

Suite à l’appel à candidatures lancé en décembre 2018, la Mission French Tech a dévoilé ce 3 avril 2019 le nom des 13 capitales French Tech, des 38 communautés French Tech en France et des 48[…]

 

Lire la suite

 

[Ubimobility 2019] Voici les 8 start-up de la French Tech en partance pour les Etats-Unis
 

[Ubimobility 2019] Voici les 8 start-up de la French Tech en partance pour les Etats-Unis

Pour la cinquième année consécutive, Bpifrance et Business France emmèneront, du 2 au 14 juin 2019, 8 start-up françaises aux Etats-Unis dans le cadre du programme d'immersion Ubimobility. Après une phase[…]

 

Lire la suite

 

LES EXPERTS

 

5 applications de la 5G au service de la mobilité dont on ne parle jamais !
 

5 applications de la 5G au service de la mobilité dont on ne parle jamais !

La 5G, tout le monde en parle, mais à quoi cela va-t-il vraiment servir ? Dans cette tribune, Pascal Ehrsam, Chief Brand Officer chez Connecthings, présente applications concrètes. En termes de technologie, la 5G est[…]

 

Lire la suite

 

[La vigie avec Artefact] Hommage à la concurrence, bots du troisième type et automatisation de la modération
 

[La vigie avec Artefact] Hommage à la concurrence, bots du troisième type et automatisation de la modération

Chaque quinzaine, L'Usine digitale et l'agence Artefact vous proposent une veille à l'intersection de la tech et de la création. Ou comment la technologie est intégrée dans la publicité et la[…]

 

Lire la suite

 

De l’importance de la fiabilité des Systèmes d’archivage électronique
 

De l’importance de la fiabilité des Systèmes d’archivage électronique

Cette semaine, Pascal Agosti, du cabinet d'avocats Caprioli & Associés, revient sur la réglementation en matière d'archivage électronique au travers d’une décision de la Cour d’appel de Paris[…]

 

Lire la suite

 

ET AUSSI

 

Bâtiment connecté, entreprise augmentée, maison sensible… Orange dévoile ses dernières innovations
 

Bâtiment connecté, entreprise augmentée, maison sensible… Orange dévoile ses dernières innovations

L’opérateur télécom  a présenté ses dernières innovations technologiques mercredi 3 avril 2019, à l’occasion du salon de la recherche Orange. Encore à l'étude, ces[…]

 

Lire la suite

 

Comment Finfrog, la plateforme mobile de microcrédits entre particuliers, développe son activité
 

Comment Finfrog, la plateforme mobile de microcrédits entre particuliers, développe son activité

Lancée en 2016, la fintech Finfrog - qui propose une plateforme mobile de microcrédits entre particuliers destinée aux freelances, salariés en CDD, intérimaires ou jeunes actifs -, a le vent en poupe. Elle compte[…]

 

Lire la suite

 

Quel programme numérique pour les 5 candidats français aux élections européennes ?
 

Quel programme numérique pour les 5 candidats français aux élections européennes ?

Cinq candidats aux élections européennes représentant France Insoumise (FI), Les Républicains (LR), Place Publique et Parti Socialiste (PS), La République En Marche (LREM) et Europe Ecologie Les Verts (EELV) ont[…]

 

Lire la suite

 

Un poisson d'avril en réalité augmentée pour les 50 ans des blagues Carambar
 

Un poisson d'avril en réalité augmentée pour les 50 ans des blagues Carambar

Des blagues en réalité augmentée, vous en rêviez ? Carambar et Snapchat l'ont fait. Pour fêter les 50 ans de la blague Carambar, les deux entreprises s'associent pour lancer les "Blagues 2.0"  […]

 

Lire la suite

 

 

 

 

 

Suivez l’Usine Digitale

 

Twitter   Facebook   Linkedin

 

 

Pour suspendre votre réception d'e-mails provenant de l’Usine Digitale, rendez-vous sur ce lien.


TVA : 2,10%. GISI - Service Abonnements - Antony Parc 2 - 10 place du Général de Gaulle - La Croix de Berny - BP 20156 - 92186 Antony cedex. Conformément aux lois du 06/01/1978 et LCEN du 22/06/2004, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, les rectifier et vous opposer à leur transmission éventuelle en écrivant au Service Abonnements. Vous recevez cet email de la part de l’Usine Digitale.


Pour exercer ces droits, vous pouvez écrire à notre contact CNIL.

Pour consulter nos CGV, rendez-vous sur cette page.

 

 

Infopro Digital

 

 

04/04/2019

Agence de l’innovation industrielle: une mauvaise solution à un vrai problème?Images correspondant à "Pourquoi les experts se trompent-ils plus .Restituer les "biens mal acquis" aux populations concernées : une occasion manquée au Sénat

FranceWeb : C'est Moi, C'est Vous, C'est Nous !

 C'est notre capital !

L’innovation en France: un système en échec? Une autre logique est possible

L’institut Terra Nova vient de produire une note très intéressante sur le système d’innovation français. Ecrite par Nicolas von Bülow, associé fondateur du fond d’investissement Clipperton  Finance, la note dresse un triste constat de l’état de l’innovation en France en égrenant les statistiques déprimantes. Notre pays est en retard, et continue de perdre du terrain. Entre autres choses, la note souligne que les résultats de la politique industrielle française menée depuis de nombreuses années sont particulièrement pauvres. Elle observe que l’écosystème d’innovation est au cœur du déficit français mais conclut que toute intervention directe et brutale de l’Etat en la matière serait peine perdue, voire destructrice. Il faudrait sans doute passer le message à Arnaud Montebourg.

Sur la base de ce constat que tout le monde partagera hélas sans difficulté, la note fait plusieurs propositions intéressantes: renforcement de la recherche, développement du financement, stabilité juridique, suppression de droit, sinon de fait, des pôles de compétitivité, et enfin création d’un véritable « small business act » à la française, forçant l’ouverture de marché publics aux petites entreprises, peut-être plus controversée.

Ce qu’il y a de déprimant, c’est que cette note vient à la suite de nombreuses autres. Au fil des années, notes et rapports se succèdent, dressent grosso-modo le même constat alarmant, font des recommandations parfois intéressantes et rien ne change. La vraie question est donc la suivante: Pourquoi le système d’innovation français reste un échec malgré l’attention continue dont il est l’objet de la part de l’administration française? Une partie de la réponse se trouve peut-être dans la question-même: Plutôt que de se demander ce que peut faire l’Etat, ou comment il peut agir mieux, peut-être la note aurait-elle pu poser la question-même du rôle de ce dernier en se demandant en quoi l’Etat français est-il un obstacle à l’innovation. La note se révèle en effet frustrante au sens où son auteur ne semble pas tirer la conclusion logique de son diagnostic: Et si, au final, le problème de l’innovation française, c’était précisément l’Etat colbertiste et ses ambitions industrielles?

La note reste en effet complètement dans le paradigme économique français au sens où, malgré un constat sans appel d’échec de quarante années de politique industrielle française, elle continue à raisonner en termes de politique publique. Ainsi, l’un des principes retenus dans la note, celui de « concentrer autant de ressources que possible sur quelques régions, réseaux, institutions et plus généralement ‘systèmes’ de pointe. » est une scorie pompidolienne dont l’auteur a pourtant souligné l’échec au début de sa note. Certes, il reconnait avec raison que les interventions directes de l’Etat sont à éviter – il n’y a pas d’appel à une économie dirigée, c’est déjà ça-, mais comme ses prédécesseurs, il persiste à voir en l’Etat la solution au problème de l’innovation française – l’économie doit être guidée par un acteur supposé sage, l’Etat. Ainsi, la logique de base de la note consiste en une réflexion sur le rôle de l’Etat et de ses modes d’action. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il y a fort à parier, dès lors, que nous nous retrouvions au même point dans cinq ans.

On aurait au contraire souhaité, si la question de l’innovation française doit être posée, que soit plus évoqué le rôle de l’entrepreneuriat. Car s’il est une chose que montrent les exemples américain et allemand, cités à loisir par la note, c’est que le dynamisme économique d’un pays repose en grande partie sur une forte capacité entrepreneuriale, celle qui fait cruellement défaut à notre pays. Il y a 7 ans, j’écrivais: « La solution au manque d’innovation ne réside probablement pas dans une nouvelle approche technocratique, mais bien plutôt dans le développement d’une culture entrepreneuriale. » (ici) Je pense que c’est toujours vrai.

Un écosystème d’innovation ne se décrète pas, et il ne se construit pas par l’Etat, c’est même la leçon des échecs français dans le domaine, depuis le plan calcul aux pôles de compétitivité en passant par la pathétique agence française de l’innovation industrielle créée par Jacques Chirac et Jean-Louis Beffa, dont l’expérience a peut-être un peu vite été oubliée. En conséquence, la création d’un centre national de l’innovation recommandée par la note, même si l’auteur se défend de vouloir ajouter une nouvelle entité bureaucratique, est étonnante. Elle serait une erreur fondamentale. Elle ne servirait une nouvelle fois qu’à payer des chargés de mission qui multiplieraient les études inutiles, ajoutant au parasitisme étatique qui caractérise le système français d’innovation. Il existe suffisamment d’observatoires et de laboratoires de recherche pour tout savoir sur l’état de l’innovation en France. Ce n’est ni observer ni étudier ni guider ni diriger ni concentrer ni choisir qu’il faut faire. C’est laisser faire; c’est créer les conditions de marché pour inciter et permettre; c’est enlever les obstacles à l’éclosion et à la croissance.

La question n’est donc pas colbertiste – « Que peut faire l’Etat? » – mais schumpeterienne: Comment recréer une dynamique entrepreneuriale? Et dans cette logique schumpeterienne, c’est à encourager le neuf, quitte à faire mourir l’ancien, qu’il faut s’attacher. Ainsi, si l’Etat doit faire quelque chose, c’est libérer la voie aux petites entreprises. Par exemple, cesser de soutenir les grands groupes. Les grands groupes français par leur approche malthusienne et leur hostilité aux petites entreprises sont un des principaux obstacles à l’innovation française. Les ressources considérables consacrées à leur aide sont improductives et défavorisent les petites entreprises. Ils vont mal? Qu’ils meurent et laissent la place aux autres! L’Etat doit aussi supprimer les oligopoles et favoriser l’entrée de nouveaux concurrents sur les différents marchés. L’ouverture à une concurrence plus grande forcera les acteurs en place à innover plus et ouvrira la voie à de nouveaux « champions » prêt à affronter la concurrence internationale. L’exemple de Free, dans le domaine des télécoms, est significatif à cet égard. En somme, l’Etat doit lutter contre le capitalisme de copinage et encourager un vrai capitalisme entrepreneurial.

Mais ne nous y trompons pas: une grande partie du problème français est culturel. Peur de l’avenir, peur de l’étranger, obsession de la protection, recherche de la rente, nos compatriotes semblent pétrifiés par le monde qui vient, incapable d’essayer de la construire. Nous sommes un pays qui respecte plus un sous-préfet qu’un chef d’entreprise, qui trouve normal qu’un footballeur analphabète gagne 800.000 euros par mois pour taper droit dans un ballon mais crache sur un entrepreneur de province qui a réussi, et qui se gausse lorsqu’un ministre fraîchement nommé livre un industriel en difficulté à la vindicte publique. Nous sommes un pays qui a inscrit le principe de précaution dans sa constitution, décourageant explicitement la prise de risque. Et nous avons un problème d’innovation?

La note de Nicolas von Bülow le montre bien: Il n’y a pas de solution simple à l’échec du système français d’innovation. Mais un premier pas utile serait de cesser de poursuivre des chimères. Le colbertisme, y compris sous une forme modernisée, est l’une des principales.

Voir la note sur le site de Terra Nova ici. Voir également l’article de Nicolas von Bülow sur le Huffington Post.

Pour mémoire, voir mon billet sur la défunte Agence Française de l’Innovation Industrielle (AFII): Agence de l’innovation industrielle: une mauvaise solution à un vrai problème?

30/03/2019

Historiciser la pensée du libre marché...La dictature en entreprise

Historiciser la pensée du libre marché

Figé depuis le XVIIIe siècle, le discours économique dominant est incapable de reconnaître que le marché, jadis considéré comme un vecteur d’égalité, menace aujourd’hui à la fois l’égalité et la liberté des individus.

Comme beaucoup d’idéaux, l’idéal du libre marché s’est construit contre le modèle de société au sein duquel il a vu le jour. Les égalitaristes, définis comme ceux qui «  promeuvent une société dont les membres interagissent en tant qu’égaux  », prônaient jadis l’expansion des relations marchandes, car elles permettaient aux individus considérés comme inférieurs d’échanger des biens indépendamment de leur statut social. De fait, la montée du commerce permet aux agriculteurs de quitter une vie de «  dépendance servile  » auprès de leurs seigneurs pour devenir artisans ou commerçants indépendants (p. 20).

Pour le mouvement des niveleurs (levellers) par exemple, qui émerge pendant la guerre civile anglaise au milieu du XVIIe siècle, la défense de la société de marché est considérée comme un prolongement logique du combat pour l’égalité des droits, l’abolition des privilèges et la tolérance religieuse (p. 16). En fait, l’opposition aux monopoles économiques s’intègre à une lutte plus vaste contre toutes les monopolisations : celle de l’économie par les guildes, de la morale par l’église, du droit de vote par les riches, du pouvoir familial par les hommes, etc. (p. 17). De même, la fascination d’Adam Smith pour le mode d’organisation sociale marchand découlait avant tout des promesses «  d’ordre et de bon gouvernement, et avec ceci, la liberté et la sécurité des individus  » (p. 18). L’horizon rêvé de tous ces penseurs s’apparentait à une société de «  masterless men  » qui, étant leur propre employeur, sont enfin libérés du joug de la féodalité et de son modèle d’ordre social hiérarchique - tout cela grâce au marché. Le marché était bel et bien une cause égalitariste (p. 17), il était «  de gauche  » (p. 1).

Cependant, ces promesses dépendent du développement du travail indépendant et volent en éclats avec la révolution industrielle, suscitant une vaste désaffection des égalitaristes vis-à-vis de l’idéal du libre marché. D’abord, l’indépendance des hommes repose sur le travail domestique de leurs femmes (p. 32). De surcroît, la création de grandes usines et les économies d’échelle qui en découlent submergent totalement l’économie des petits producteurs (p. 32), réduisant drastiquement les opportunités d’emploi indépendant. La division du travail et l’avènement du salariat à grande échelle accentuent le fossé entre employés et employeurs. Les égalitaristes assistent avec écœurement à la destruction du modèle de l’artisan indépendant au profit de «  l’esclavage salarié  ».

E. Anderson insiste sur la nécessité d’évaluer les concepts dans leur contexte social d’apparition. Les nombreux exemples qu’elle offre de situations vécues par les employés dans le monde du travail actuel montrent que l’idéal du libre marché, qui incarnait auparavant un projet politique émancipateur, sert aujourd’hui de prétexte à bafouer la dignité des travailleurs : le libre marché menace ce qui jadis légitimait son instauration. E. Anderson s’attaque donc aux discours qui le présentent encore aujourd’hui comme un vecteur de justice. Cette vision s’ancre dans un contexte radicalement différent du nôtre et s’est trouvée invalidée par l’histoire : le marché n’a rempli que partiellement ses promesses. Pour l’auteure, lutter contre les abus de pouvoir dans le monde du travail implique de mettre fin à la rhétorique de liberté issue du XVIIIe siècle, qui travestit des rapports de subordination contemporains en rapports égalitaires.

Le salariat, relation intrinsèquement hiérarchique

Le discours public aux États-Unis, relève E. Anderson, reste profondément imprégné de «  l’illusion de la liberté des travailleurs  » (p. 50). Cette illusion est notamment entretenue par les théoriciens de la firme H. Demsetz, A. Alchian, qu’elle cite, ou par des libertariens comme T. Cowen, dont la réponse aux conférences se trouve dans l’ouvrage. En effet, d’un point de vue libertarien, la tentative de réglementer le monde du travail est une atteinte au droit de contracter, une atteinte paternaliste au droit des travailleurs sur leur corps et, enfin, une atteinte à la propriété des employeurs et au droit de gérer leur entreprise comme bon leur semble. Pour E. Anderson, cela signifie que les modèles économiques sont incapables de rendre compte des contraintes dans le privé, puisque tout ce qui relève de la sphère privée est associé à la liberté, tandis que la contrainte est toujours liée au public (p. 44).

Cette tendance n’est pas étrangère au vieux continent. En France, par exemple, les récents débats à propos du Code du travail illustrent bien l’aveuglement croissant face aux relations de pouvoir au sein de l’entreprise et témoignent de la volonté de réglementer par des négociations «  horizontales  » ce qui, auparavant, faisait l’objet de lois [1].

Or, explique E. Anderson (et tous ceux qui, avec elle, demandent une régulation des rapports de travail), réduire la création de normes à des négociations, c’est abandonner beaucoup d’employés à un face-à-face inégal avec leur employeur. L’auteure mobilise ici les théories sur la naissance de la firme. D’après des économistes comme R. Coase, les grandes entreprises dominent l’économie car elles sont plus efficaces que des agrégats de contrats ponctuels entre autoentrepreneurs. Ce qui se cache toutefois derrière la réactivité et la flexibilité supérieures de l’entreprise, explique E. Anderson, c’est la capacité de ses dirigeants à modifier leurs attentes envers les salariés de manière plus ou moins arbitraire et changeante (p. 56). Le salariat, en assurant une collaboration de long terme et relativement floue en termes de prestation à effectuer, est infiniment plus efficace qu’une relation égalitaire devant être renégociée régulièrement. Les hiérarchies et la subordination, conclut-elle, sont au principe de la création d’entreprises et inhérentes à leur fonctionnement actuel. Les modéliser par un échange marchand entre égaux serait absurde.

Par ailleurs, E. Anderson fustige l’argument selon lequel, si les individus sont libres de quitter une relation, il ne peut exister d’autorité en son sein :

Cela revient à dire que Mussolini n’était pas un dictateur car les Italiens pouvaient émigrer. (p. 55)

La pression économique, la rareté des emplois et l’absence d’entreprises organisées de manière différente compromettent la possibilité de résilier un contrat de travail quand bon nous semble.

Pour E. Anderson, protéger l’égalité et la liberté des employés implique donc de tourner le dos à une vision contractualiste et marchande du travail salarié. Pour mieux penser et interroger l’asymétrie des relations de pouvoir au travail, elle développe la notion de gouvernement privé.

Du gouvernement privé à la gestion démocratique des entreprises ?

Le but de ces conférences est certes de mettre en évidence un phénomène effrayant, mais aussi d’expliquer pourquoi il n’est pas perçu comme tel et de donner des outils conceptuels pour lutter contre lui. C’est en ce sens que l’élaboration du concept théorique de gouvernement privé est presque plus cruciale que l’énumération effarante des situations concrètes vécues par les employés.

D’après elle, le gouvernement «  existe partout où certains ont l’autorité d’émettre des ordres et d’infliger des sanctions dans un ou plusieurs domaines de la vie  » (p. 42). La nature du pouvoir exercé par les entreprises sur leurs employés est donc bien de nature gouvernementale. Elles ont effectivement l’autorité d’émettre des ordres et contrôlent plusieurs pans de la vie des employés (E. Anderson s’appuie sur des cas où les employeurs états-uniens s’immiscent dans les relations amoureuses, la santé ou l’activité en ligne des employés). L’entreprise est source de normes contraignantes, et tant que le discours public ne l’aura pas intégré, ces normes seront arbitraires et antidémocratiques, car incontestées. En effet, ce gouvernement reste «  privé  », dans le sens où les personnes affectées par les décisions, donc les employés, ne peuvent en questionner la légitimité et sont contraintes de subir ce pouvoir arbitraire (ou d’émigrer). Anderson montre qu’en tant qu’État, déréglementer ou ne pas réglementer revient en fait à élargir le champ de réglementation du gouvernement privé.

La notion de gouvernement a toujours été étroitement liée à des interrogations concernant sa légitimité. L’idée de faire le parallèle entre les structures décisionnelles de l’État et celles de l’entreprise pour pointer du doigt la tension entre nos principes démocratiques et la condition de subordination subie par les salariés n’est d’ailleurs pas une idée nouvelle. Dans les années 1830, un slogan socialiste visant à détruire «  la nouvelle féodalité  » qui s’installait dans les usines revendiquait déjà de «  faire descendre la République dans l’atelier  » [2]. Cette idée sera également reprise par les catholiques sociaux du mouvement Le Sillon, à la fin du XIXe siècle, qui affirmaient qu’on ne pouvait «  pas avoir la république dans la société tant qu’on avait la monarchie dans l’entreprise  » [3].

Dans sa critique du livre d’E. Anderson, Abraham Singer se demande si l’ubérisation du monde du travail et l’émergence d’une gig economy en réseau ne rendent pas désuets le vocabulaire du salariat et l’idée de monarchie dans l’entreprise. Cependant, les contrats entre plateformes et «  collaborateurs indépendants  » donnent probablement plus de pouvoir aux entreprises sur les travailleurs qu’une relation salariale traditionnelle, notamment via la mise en compétition de différents partenaires [4]. C’est d’autant plus vrai que ces nouveaux emplois ne sont pas accompagnés des garanties sociales et juridiques qui caractérisent les emplois salariés traditionnels [5]. Par ailleurs, l’économie des plateformes et le travail indépendant restent pour l’instant des phénomènes statistiquement marginaux : en France par exemple, seul 1 actif sur 10 n’est pas salarié. La multitude des exemples mobilisés par E. Anderson montre bien que le salariat et les abus de pouvoir sont encore une réalité au XXIe siècle : dans les entreprises de la première puissance mondiale, les employés sont exposés à des conditions de travail indignes, menaçant leur intégrité physique même.

Au fil du livre, E. Anderson prouve qu’en l’absence de régulation, les droits de propriété privée, notamment dans le monde du travail, deviennent un terreau fertile pour des hiérarchies de tout genre. Un lecteur d’Europe occidentale acquiescera sans doute. Il se félicitera que son État ait plus ou moins suivi la voie qu’elle appelle de ses vœux pour les États-Unis, et se demandera comment le droit des employés d’un poulailler à aller aux toilettes une fois dans une journée de 8 heures peut être remis en question, au nom de quelque principe que ce soit.

Pourtant, le même lecteur s’étonnera sans doute que cet argumentaire cinglant contre le pouvoir «  dictatorial  » des entreprises se termine par… un éloge du «  modèle allemand de codétermination  » (p. 70). Quand on sait qu’un nombre croissant de chercheurs allemands tire la sonnette d’alarme devant l’augmentation de la précarité des travailleurs dans leur pays et annonce l’émergence d’une conflictualité de nouvel ordre entre partenaires sociaux [6], la fin des conférences d’E. Anderson nous laisse sur notre faim. La condition alarmante des employés qu’elle s’attache à décrire ne mérite-t-elle pas des contre-mesures plus radicales ? Ses propositions - faciliter la défection, régler les rapports par un véritable rule of law, donner des droits subjectifs aux employés, augmenter leur voix au sein de l’entreprise via des mécanismes participatifs - déçoivent tant par leur manque de concrétude que par leur timidité.

En ce qui concerne sa première solution, par exemple, la défection, elle cite des barrières contractuelles, comme les clauses interdisant aux salariés de travailler pour des entreprises du même secteur (p. 66). La suppression de ces clauses apparaît cruciale, mais, comme elle l’indique d’ailleurs, elle est totalement insuffisante : dans un contexte de raréfaction des emplois, l’option de défection est d’emblée compromise par l’absence de vraies alternatives.

Sa proposition de mieux faire entendre la voix des employés manque également de radicalité. Consulter ponctuellement les salariés sur leurs conditions de travail ne remplacera jamais une co-élaboration des règles [7]. Après avoir démontré que l’entreprise était un gouvernement, E. Anderson écarte toute possibilité de la démocratiser pour de bon. Régler la question de la nature antidémocratique des entreprises contemporaines en donnant plus de voix aux employés, c’est par ailleurs nier que les agissements d’une entreprise, même s’ils sont soutenus par tous ses membres, affectent souvent une pléthore d’autres personnes à qui on ne demande rien. Démocratiser l’entreprise impliquerait sans doute d’instaurer des mécanismes de contrôle citoyen qui permettent aux salariés et aux représentants du capital, mais aussi à d’autres acteurs de la société intéressés par l’activité de l’entreprise et affectés par ses décisions (associations d’usagers, ONG, etc.) d’avoir leur mot à dire dans son gouvernement.

Recensé : Elizabeth Anderson, Private Government : How Employers Rule Our Lives (and Why We Don’t Talk About It), Princeton, Princeton University Press, 2017, 224 p.

Pour citer cet article :

Léna Silberzahn, « La dictature en entreprise », La Vie des idées , 21 mars 2018. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-dictature-en-entreprise.html

Nota bene :

Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article, vous êtes invité à proposer un texte au comité de rédaction (redaction@laviedesidees.fr). Nous vous répondrons dans les meilleurs délais.

 
 

par Léna Silberzahn , le 21 mars 2018

 
 

Notes

[1Alain Supiot, Le Droit du Travail, PUF, Que Sais-je, 2016 ; «  La contractualisation de la société  », in Y. Michaux (dir.) Qu’est-ce que l’humain ? Travaux de l’Université de tous les savoirs, vol. 2, Paris, O. Jacob, 2000, p. 157-167.

[2Cité par Pierre Rosanvallon dans La Démocratie inachevée : Histoire de la souveraineté du peuple en France, Paris, Gallimard, 2003, p. 340.

[3Ibid., p. 342.

[4Fabien Mariotti, Qui gouverne l’entreprise en réseau ? Paris, Presses de Sciences Po, Paris, 2005.

[5Olivia Montel, L’économie des plateformes, enjeux pour la croissance, le travail, l’emploi et les politiques publiques, Document d’études de la DARES, n° 213, août 2017.

[6Sur l’érosion du modèle rhénan et l’émergence de nouveaux conflits entre partenaires sociaux, voir Wolfgang Streeck, «  Von Konflikt ohne Partnerschaft zu Partnerschaft ohne Konflikt : Industrielle Beziehungen in Deutschland  », Industrielle Beziehungen, n° 1 (2016). Pour un aperçu en français, voir Ingrid Artus, Allemagne. La vague gréviste de 2015 - causes, résultats, perspectives, Chronique internationale de l’IRES, n° 157 (mars 2017). Sur l’augmentation des travailleurs pauvres, voir par exemple Arm trotz Arbeit : in Deutschland hat sich Erwerbsarmut seit 2004 verdoppelt - stärkster Anstieg unter 18 EU-ländern, Hans-Böckler-Stiftung, 7 juin 2017.

[7Alex Gourevitch, From Slavery to the Cooperative Commonwealth : Labor and Republican Liberty in the Nineteenth Century, New York, Cambridge University Press, 2015.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu